Bilan

Devenez un pro de la sécurité

Un MAS en sécurité globale et résolution de conflits démarre en 2018 à Genève. Le programme doit former des experts qui peuvent à terme même devenir agents de renseignement.
  • Pouvoir répondre aux cyberattaques constitue aujourd’hui un enjeu majeur.

    Crédits: Peopleimages/Getty images
  • Lors de la signature de la convention entre l’Etat et l’Université de Genève.

    Crédits: Harley Anderegg

Comment réagir en cas de cyberattaque? De quelle manière coopérer avec les autorités en cas de catastrophe ou de contamination? Quels dispositifs prévoir face au risque terroriste? Voilà ce que vont apprendre les participants au MAS (Master in Advanced Studies) en sécurité globale et résolution de conflits qui démarre en janvier 2018 à l’Université de Genève. 

«Pendant de nombreuses années, les fonctions liées à la sécurité étaient souvent exercées par d’anciens policiers qui entamaient une nouvelle carrière dans le secteur privé. Mais aujourd’hui, les risques et les menaces sont beaucoup plus divers et complexes», analyse Alexandre Vautravers, coordinateur du programme. Spécialiste du renseignement, expert en sécurité à l’Université de Genève, ce colonel de l’armée suisse travaille depuis plusieurs années sur ce projet d’études postgrades. «De grandes entreprises et des multinationales nous ont notamment approchés avec la demande de former des professionnels aux nouvelles exigences de la sécurité. Ces contacts, assortis à d’autres réflexions, ont débouché sur ce programme.»

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Placée sous la direction du professeur René Schwok, directeur du Global Studies Institute (GSI) à Genève, la formation consiste en 16 modules. Un premier bloc de trois semaines, ouvert à toutes les personnes intéressées même sans un titre universitaire, permet d’obtenir un CAS (Certificate of Advanced Studies). Durant cette période, les cours portent notamment sur l’évolution des conflits, l’analyse des risques et la prospective. «Les participants apprennent à anticiper, à prévoir, à bâtir des scénarios. L’objectif est de lier les grandes tendances de l’actualité mondiale, parfois abstraites, aux réalités quotidiennes et au terrain», souligne Alexandre Vautravers. 

L’obtention d’un MAS demande six semaines supplémentaires d’études. A son terme, le participant doit être en mesure de gérer des situations complexes en tenant compte de la multiplication des acteurs locaux, régionaux et internationaux. La rédaction d’un projet de diplôme compte pour un quart de la note finale. Ce travail peut être réalisé en entreprise pour les personnes qui suivent la formation parallèlement à leur emploi. Le MAS en sécurité globale et résolution de conflits équivaut à 60 crédits ECTS (European Credits Transfer Scale), reconnus au niveau européen dans le cadre du processus de Bologne. 

L'essor des activités cybercriminelles

Parmi les multiples problèmes contemporains liés à la sécurité, la protection des outils digitaux a pris une énorme importance. «La réponse aux cyberattaques constitue aujourd’hui un enjeu majeur. On constate actuellement dans le monde une diminution des violences physiques et un transfert vers des actions cybercriminelles. Il peut s’agir de déprédation de données, de divulgation de documents confidentiels, de vol de codes d’accès et de numéros de cartes de crédit.

Les polices et la justice ont de la peine à suivre l’évolution de ces menaces, d’autant plus que les enquêtes, qui impliquent généralement plusieurs pays, sont lentes et coûtent cher», reprend Alexandre Vautravers. La formation doit répondre à un contexte où les conflits armés se multiplient et se rapprochent des frontières européennes. L’Europe connaît d’ailleurs en son sein de nombreuses fissures, malheureusement propices à la criminalité, aux trafics et à la violence. L’enseignement porte ainsi sur l’étude de solutions et de politiques adéquates.

En tant que titre académique, le MAS en sécurité globale valorise et crédibilise les compétences liées à la sécurité. «Le souhait des entreprises est de fidéliser les collaborateurs experts dans ce domaine. Le diplôme leur permet de continuer à gravir les échelons hiérarchiques et de participer à la prise de décision stratégique», poursuit Alexandre Vautravers. Pour pouvoir être admis, le participant doit être titulaire d’un bachelor universitaire ou d’un équivalent, d’une expérience professionnelle adéquate et témoigner de sa motivation. Les cours sont dispensés en français et en anglais par des intervenants universitaires et des experts provenant d’organisations internationales, des forces armées, de la police ou de la protection de la population.

 Selon les initiateurs du projet, Genève a dans le domaine de la sécurité une carte importante à jouer en tant que carrefour de la paix, du désarmement, des droits humains et des relations internationales. Marquées par cette identité, les études sur la sécurité proposées dans la Cité de Calvin seront forcément différentes d’un programme similaire donné à Washington, aux Etats-Unis ou ailleurs.

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«On me demande souvent comment faire pour travailler dans le domaine du renseignement. Ce MAS est une passerelle idéale d’abord par son contenu théorique, mais aussi parce qu’elle donne accès à un réseau de spécialistes. La formation permet de développer des personnes capables d’œuvrer efficacement dans un véritable réseau national de sécurité», pointe Alexandre Vautravers. 

Le programme s’adresse en premier lieu aux cadres de l’armée suisse, dont la formation peut être reconnue comme trois ou six crédits ECTS. Les cadres de la police et de la protection de la population constituent également un public cible. Le MAS doit aussi ouvrir de nouvelles perspectives aux responsables et experts de la sécurité dans des entreprises, les administrations nationales et les ONG. Le programme se déroule de janvier à décembre 2018. Son coût est de 15  000 francs et 13  500 francs pour les cadres de l’armée.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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