Bilan

Destinations déconnectées, le grand frisson du «off»

Tout au long de l'été, Bilan explore les tendances du tourisme: sciences, musique, pèlerinages, architecture, oenologie, agritourisme, vélo,... Des focus à retrouver deux fois par semaine sur notre site web.

Couper ses accès et partir loin, libéré des écrans, c’est le rêve que l’on nourrit chaque été. Mais se couper du monde digital ne va pas de soi. Mettre le doigt sur le bouton «éteindre», c’est pointer du doigt l’impossible. Alors, agences de voyages, hôtels et organismes spécialisés dans les cures et retraites «detox» sont là pour proposer toujours plus de séjours spécialisés et mener vers le grand frisson du «off».

Couper avec les sollicitations intempestives du monde contemporain pour se ressourcer: une tendance de plus en plus forte dans le tourisme, avec des séjours sur mesure (ici au Beau Rivage Palace Lausanne).

Crédits: DR

Au bout du monde, sur les routes du Ladakh, en Patagonie, à cheval en Mongolie, à moto pour une Transhimalaya, au fin fond de l’Ecosse, dans un fort en Bretagne, mais aussi et surtout en Suisse, les propositions de séjours hors des circuits abondent. D’ailleurs, Suisse Tourisme cette année a décidé d’axer sa campagne de communication sur les bienfaits de la nature et les besoins croissants de la population à se retrouver loin des réseaux. La faîtière du secteur s’appuie sur une étude mandatée à l’institut d’études d’opinion Sotomo intitulée «La nature, lieu d’évasion et de régénération dans le contexte d’une société toujours plus compétitive et digitalisée – La Suisse en comparaison internationale».

En Suisse, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, 5'340 personnes ont été interrogées sur la signification de la nature et des activités en pleine nature dans leur vie quotidienne.  Et le rapport est clair: «Le fait de toujours rester joignable est, en Suisse comme en Allemagne, un facteur de stress majeur au quotidien. Un tiers des personnes interrogées expriment le désir occasionnel de ne pas être joignables. Nombre d’entre elles éteignent leur téléphone portable en randonnée, voire ne l’emmènent pas. De plus, une grande partie des personnes interrogées considèrent l’absence prolongée de signal téléphonique lors d’une randonnée comme positive. Au lieu d’avoir peur de manquer quelque chose (Fear of Missing Out), il semblerait que c’est la joie de manquer quelque chose qui prévale ici (Joy of Missing Out). Se rendre dans la nature constitue une forme de désintoxication numérique», établissent les auteurs de l'étude.

En Suisse, les chiffres du «tourisme en pleine nature» sont au vert

En Suisse, les trésors qu’offre la nature sont aujourd’hui un bien précieux qui vaut de l’or. Martin Nydegger, directeur de Suisse Tourisme: «La découverte de la nature et des paysages suisses est l’une des principales motivations de voyage de nos hôtes, d’où qu’ils viennent. Sous le slogan «la nature te veut!», nos campagnes promotionnelles estivales montrent, dans le monde entier, combien la nature suisse, dans toute sa diversité, est source de plaisir et de régénération pour le corps et l’esprit. Nous constatons que, dans une société toujours plus compétitive et digitalisée, la possibilité de s’évader dans la nature devient un bien toujours plus précieux.»

Les hôtels se lancent dans les offres bien-être et yoga, ici le thérapeute Antonia Sarris à l'hôtel Alpina de Gstaad. (DR)
Les hôtels se lancent dans les offres bien-être et yoga, ici le thérapeute Antonia Sarris à l'hôtel Alpina de Gstaad. (DR)

En chiffres, le nombre de nuitées en région de montagne attestent de cet engouement pour le grand saut dans le vert. En été 2018 (mai-octobre en comparaison de la même période en 2017), les nuitées des touristes suisses dans les deux grandes régions de montagne que constituent le Valais et les Grisons ont augmenté respectivement de 2,8% et de 5,7%, soit en moyenne plus fortement que l’augmentation enregistrée dans toutes les régions de Suisse (2,4%) à cette période.

Quant à la plateforme de location de chalets d’alpage et de mayens, elle a enregistré une excellente saison d’été 2018: à fin octobre 2018, le chiffre d'affaires réalisé était supérieur de 74% à celui de l'année précédente (CHF 1'049'000 contre CHF 604'200). Les nuitées des clients enregistrées en 2018 ont également dépassé celles de 2017 d’env. 30% (21'400 contre 27'700)*. 

Mais sans forcément partir sur un alpage, les bords du lac peuvent déjà offrir un premier pas «détox». Nathalie Seiler-Hayez, directrice générale du Beau-Rivage Palace Lausanne, instigatrice du concept «The Art of Slow» raconte: «Nous sommes dans un bouleversement du tourisme déconnecté. Le grand mal-être provient d’une déconnexion de soi. Se recentrer passe par un besoin de se retrouver en famille ou dans la nature. C’est une dimension holistique. Nous sommes en train de totalement repenser notre concept wellness. Dès le printemps 2020, une vraie offre de retraite ayurvédique thérapeutique (sans rentrer dans le médical) sera disponible au Beau-Rivage Palace. Après s’être beaucoup occupé du corps, il faut s’occuper de l’esprit. Et rentrer dans une autre dimension temporelle. Notre concept The Art of Slow amène cette autre dimension du temps, ce «mindfulness» tant recherché, et propose des activités qui poussent à être dans le moment présent. Nous avons acheté des e-bikes, pour que les clients partent à la découverte des vignes, pour un pique-nique ou visiter un vigneron, dans le domaine du Daley ou chez Bovy, ou simplement pour observer le lac, la vue sur les montagnes ou les étoiles. Ce sont des temps pour soi. Nous avons également disposé des bibliothèques dans le parc de l’hôtel. Les clients ont adoré se poser sur l’herbe à la découverte d’un roman. Le but : que le client parte de l’hôtel enrichi d’une nouvelle sensation, celle d’avoir goûté à un autre temps.»

Débrancher complètement ou pas?

Des agences de voyages spécialisées offrent aujourd’hui des séjours «déconnectés» durant lesquels la transition se fera en douceur, selon le degré choisi. L’agence française «Out of Reach» propose divers stades de déconnexion: sans téléphone, sans 3G ou sans wifi. Et pour les soucieux, l’agence prévoit de donner des numéros de téléphone à transmettre à l’entourage ou offre un service de conciergerie téléphonique.

Quintessence Retreats propose aux clients de moduler leur détox. (DR)
Quintessence Retreats propose aux clients de moduler leur détox. (DR)

D’autres organismes, comme Quintessence Retreats, préfèrent ne pas obliger leurs clients à la déconnexion totale de leur portable, le processus de reconnexion à la nature, aux sensations de  bien-être physique et de plaisir de la table faisant déjà office de prise de conscience. Christine d’Incau Décrevel, co-fondatrice de Quintessence Retreats: «C’est au client de décider s’il veut débrancher ses appareils digitaux. Le concept de Quintessence Retreats est d’offrir un séjour qui permet d’explorer un retour à l’essentiel, ce fameux cinquième élément dont s’inspire le nom Quintessence. Nous proposons des retraites estivales en pleine nature, en montagne, dans des lieux d’exception, où le sport, le bien-être et la nutrition (sans gluten, sans lactose, ni sucre raffiné) sont à l’honneur. Notre programme d’entraînement sportif complet est encadré par une équipe d’experts, adapté à chacun des clients, incluant une évaluation fitness le premier et le dernier jour du séjour. Nos offres sont pensées pour de courts séjours dès deux nuits ou pour une semaine. Cette année, c’est à Megève, dans une ferme exceptionnelle du début du XXe siècle de 650 m2 (avec spa et piscine intérieur) restaurée dans le plus grand respect du patrimoine que nous accueillons nos hôtes.»


*Source: e-Domizil


Quelques destinations «off»:

Les séjours:

L’Hôtel Waldhaus dans l’Aletsch Arena propose un forfait «bains de forêt» et méditation face au glacier d’Aletsch.

Les retraites Peak Health du Capra***** à Saas-Fee, où la nature et la randonnée sont partie intégrante de l'expérience d'amélioration de la condition physique et mentale.

L’Arosa Kulm Hotel & Spa propose un forfait pour apprendre à gérer le stress et les sollicitations digitales.

L’Alpina à Gstaad propose divers forfaits, dont le yoga détox durant tout l’été ou la semaine tibétaine du 22 août au 26 août 2019, accompagnée du thérapeute en chef Antonis Sarris et le Lama tibétain Tenzin Kalden. 

Débrancher pour quelques heures:

Une chasse aux herbes dans le Jura, pour partir à la découverte d’une flore variée et de nombreuses herbes comestibles avec la guide de montagne et éducatrice Thais Cornaz.

Sentir la force de la nature sur le circuit guidé à travers le domaine de découverte de Sattel-Hochstuckli dans les Préalpes schwytzoises. Le sentier comprend plusieurs stations énergétiques où l’on fait halte pour les ressentir: du portique de pierre à l’arbre en passant par le yin-yang, les cercles de pierre et le chemin des veines pierreuses.

Pratiquer le yoga sous les mélèzes à Ovronnaz tous les mercredis matins du 15 juin au 27 octobre.

Cristina d'Agostino

RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE EN CHARGE DE BILAN LUXE

Lui écrire

Licenciée en Sciences politiques à l’Université de Lausanne puis spécialisée en marketing et économie à HEC Lausanne en 1992, Cristina d’Agostino débute sa carrière dans l’industrie du luxe, et occupe les fonctions de responsable marketing et communication pour diverses marques horlogères. En 2008, elle décide de changer radicalement d’orientation, et débute une carrière de journaliste. En freelance d’abord, elle collabore aux titres Bilan, Bilan Luxe, Encore, avant d’intégrer la rédaction de Bilan en 2012. Depuis 2012, elle occupe la fonction de rédactrice en chef adjointe et responsable des hors-série Bilan Luxe.

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