Bilan

Des quartiers pensés pour leurs habitants

L’Etat met davantage à contribution les constructeurs privés. Ceux-ci s’appuient sur des sociologues pour anticiper les besoins des nouveaux résidents, et rendre les quartiers plus vivants.

Le nouveau quartier genevois de la Chapelle. A terme, il comprendra une crèche, une école et des commerces.

Crédits: Abensur/TDG

Les cités-dortoirs? Du passé! Depuis les années 1960, toutes les opérations d’extension urbaine sur Genève ont été façonnées à l’aide d’un outil appelé «plan localisé de quartier» (PLQ). Ce dernier fixe l’aire d’implantation des bâtiments dans un périmètre donné, leur hauteur maximale, la surface brute de plancher et la répartition des affectations. Avec le temps, ce système a montré ses limites et abouti à la construction de grandes «barres». L’actuel président du Conseil d’Etat, François Longchamp, a voulu redonner l’envie «d’inventer la vie» et réformé pour ce faire le PLQ en plaçant les espaces publics au centre du processus. 

«La planification d’un quartier nécessite de maîtriser l’art d’anticiper. Il s’agit d’un processus très long. L’Etat sollicite les particuliers pour faire les préétudes et les études avant d’élaborer un PLQ, relève Arnaud Vaujour, directeur du développement immobilier dans la région valdo-genevoise chez Losinger Marazzi. Cela nous pousse à raisonner à l’échelle d’un quartier et non plus d’un immeuble. C’est ce que l’on a fait sur le site de la caserne des Vernets. Cela nous met dans la situation d’être responsables de la vie future du quartier concerné. Les gens y vivront avec les hypothèses que nous aurons prises. Il y a désormais des sociologues qui nous accompagnent pour définir le profil de la population attendue pour parvenir à proposer des lieux de vie et d’échange.»  

Autre exemple cité par Arnaud Vaujour: l’écoquartier Eikenott à Gland (VD). «Nous y avons même embauché une personne qui a été chargée d’animer le quartier pendant une année en y favorisant la création d’une association de quartier. Elle s’est notamment occupée de l’attribution des lots de jardins potagers, de créer une fête des enfants durant l’été ou encore une bourse d’échange.»

Prenons le cas du nouveau quartier genevois de la Chapelle qui commence à sortir de terre, mais dont le PLQ est très ancien. Trois promoteurs vont y réaliser 18 bâtiments, soit 680 appartements, en collaboration avec l’Hospice général, la Fondation Berthe Bonna-Rapin et la Fondation privée pour des logements à loyers modérés. La Compagnie financière de promotion immobilière (CFPI) a notamment eu le mandat de gérer les parties communes.

«Nous avons voulu créer des lieux de rencontre communs, notamment une esplanade. Mais à la suite d’oppositions du voisinage, il a fallu regrouper les places visiteurs sur l’emplacement qui aurait dû accueillir l’esplanade. Malgré cela, une crèche de 100 places sera construite en bordure du bâtiment existant du Centre d’animation pour retraités. Une école primaire ainsi que des commerces (notamment un tea-room et une pharmacie) et des bureaux verront le jour», détaille Romain Lavizzari, de la CFPI. 

Les usages évoluent

Membre de l’Association des promoteurs constructeurs genevois (APCG), Romain Lavizzari ajoute: «A Genève, il faut grosso modo quinze ans pour faire aboutir un projet. Or, en quinze ans, la technologie et les usages évoluent. Si l’on prend le plan de quartier de la Petite-Prairie à Nyon, ce dernier ne serait plus réalisable aujourd’hui. Ce nouveau quartier est lui aussi très dense avec des barres de logement très proches les unes des autres. Pour la réalisation de la seconde étape, bien que nous n’ayons pas le pouvoir de modifier le plan de quartier, nous allons essayer d’améliorer ce qui peut l’être. Notamment en favorisant les relations intergénérationnelles et l’évolution de la connectivité.»   

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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