Bilan

Des montres à contretemps

A Baselworld, plusieurs maîtres horlogers font le pari de l’inédit. Leur objectif: montrer l’heure différemment pour changer notre rapport avec le temps.

Baselword est le sanctuaire du temps qui passe. Pourtant, à l’intérieur des halles d’exposition, les heures paraissent comme suspendues. La beauté des montres exposées et l’immobilité de leurs aiguilles feraient presque oublier l’angoissant écoulement des grains de sables dans le sablier. Beaucoup rêvent de posséder le temps, mais il ne s’achète pas. Et s’il suffisait de le regarder différemment pour se l’approprier? Des marques en avance sur leur temps. A la grand-messe de l’horlogerie de Bâle, alors que les grands noms exposent leurs modèles dans la halle principale, un pavillon un peu à l’écart de la manifestation abrite des créations innovantes de marques plus modestes. Cinq d’entre elles présentent des montres inédites qui promettent de modifier notre perception du temps.

Le temps des poètes. Lorsque les temps sont durs, rien de tel qu’un brin de poésie. Le duo de designers allemands Biegert und Funk propose une montre qui indique l’heure avec des mots. Finis les tours du cadran monotones, le temps se raconte comme une histoire. Conçue pour les amoureux de la prose et du design, la Qlocktwo W est disponible en anglais et en allemand. Une version française est également prévue. Seul bémol, l’heure poésie n’est pas universelle.

La mécanique des fluides. Pour la marque HYT, le temps s’écoule comme un long fleuve tranquille. Sept brevets ont été déposés pour la H1, garde-temps hybride et inédit, qui combine la mécanique avec la technique de l’horloge à eau. Un mouvement actionne des pistons qui poussent un liquide fluorescent dans un tube hermétique disposé en arc de cercle. La progression du liquide signale les heures qui passent. Ce garde-temps s’adresse à une clientèle masculine, virile et férue d’innovation. Une bague-montre issue du procédé hydromécanique est en cours de création. De quoi séduire la gente féminine.

L’heure «écologique». La montre prototype Eco-drive Nova, imaginée par Citizen Watch, est capable de transformer n’importe quelle source de lumière en énergie. Des points lumineux virevoltent sur le cadran. Il suffit de presser un bouton pour que ces derniers se regroupent en forme d’aiguilles et désignent l’heure. Selon Kyosuke Hiramatsu, responsable des ventes de la marque: «Proposer une montre inédite, c’est aussi proposer un nouveau lifestyle.»

Prendre le temps de ralentir. Telle est la devise de Martin Frei et Félix Baumgartner. Les deux concepteurs d’Urwerk ont mis sur pied une montre qui prend en compte la relativité du temps. Selon Martin Frei: «Le temps n’est pas une mesure scientifique, tout dépend comment on le remplit.» Trois satellites pivotent sur eux-mêmes pour afficher l’heure. Les minutes s’écoulent sur un demi-cercle à droite du cadran. Cette disposition a pour ambition de ralentir le rythme de vie. Ainsi, la Urwerk UR-110 pousse à accorder de l’importance à chaque heure qui passe.

La montre qui ne montre pas l'heure. Le garde-temps créé par Beat Haldimann permet d’oublier le temps qui défile. Adressée aux individus libres d’esprit, la H9 est animée par un tourbillon et recouverte d’un verre saphir noir et opaque. La seule indication du temps qui tourne est la mélodie du mouvement. Réduire le concept du temps à son maximum, tel est l’objectif du maître horloger. Une philosophie qui plonge le porteur de la montre dans le présent immédiat. «Nos montres sont des sculptures avant d’être des garde-temps», précise Beat Haldimann. Le temps devient une œuvre d’art que chacun peut interpréter à sa façon.

Les montres qui indiquent l’heure autrement sont-elles à la base d’une réflexion philosophique sur les rapports qu’entretient l’humain avec le temps? Ou simplement une tentative pour se démarquer de la concurrence? Selon Vincent Perriard, CEO de HYT, il faut innover, interpeller, peu importe que cela plaise ou non, car il n’y a rien de pire pour une marque que de rester dans «la zone grise». Jean-Pierre Guéry, dessinateur industriel pour Cartier, pense quant à lui que, si l’innovation est l’apanage des fabricants modestes, les grandes marques ne sont pas prêtes à se détourner des modèles traditionnels. Citizen Watch, géant de l’horlogerie japonaise, est l’exception qui confirme la règle. Cette entreprise semble avoir flairé le potentiel des créations qui sortent de l’ordinaire. Avec son prototype Eco-drive nova, elle tâte le terrain et part à la conquête de consommateurs plus jeunes. Comme l’explique Kyosuke Hiramatsu, «les nouvelles idées et les nouveaux lifestyles proviennent de la fusion entre innovation et tradition».

 

A la conquête de l’Est!

Cette année, pour les horlogers suisses, il faut conquérir le marché asiatique, et plus particulièrement le marché chinois. En effet, avec son fort pouvoir d’achat, la Chine pointe actuellement à la troisième place du classement des pays les plus friands de montres helvétiques. En 2011, elle a importé des produits de l’horlogerie suisse pour un montant total de 715,1 millions de francs (une augmentation d’environ 48% par rapport à l’année précédente). Mais quels sont les modèles favoris des Chinois? Aux dires d’un ressortissant en visite à Baselworld, ses compatriotes aiment les montres classiques qui affichent l’heure d’une manière exacte. Autrement dit, un cadran symétrique, deux aiguilles et des chiffres précis. Est-ce que les PME qui innovent en matière d’horlogerie ont la moindre chance de percer sur le marché de ce pays? Il est permis d’en douter. Les Chinois accordent beaucoup d’importance à la marque, plus qu’à la qualité ou qu’au savoir-faire. Les entreprises qui tentent un coup marketing pour faire parler d’elles avec des montres originales ont peu de chances de créer un buzz commercial en Asie. Ceci se confirme avec l’expression sans équivoque d’une touriste japonaise devant la montre Haldimann qui n’indique pas l’heure: «I don’t like this watch».

 

 

Les articles de ce dossier:

Comment Baselworld sévit contre les contrefaçons Les salons: lieux de consécration de la femme objet ? Un salon à deux vitesses «Je voulais briser les chaînes de l’horlogerie classique» Éric Giroud, le designer caméléon Slyde, la montre qui ne suit pas le mouvement  

Crédit photo: Dr

Karin Baumgartner

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