Bilan

Délaissés, les détaillants suisses doivent mettre les bouchées doubles

Entre l'e-commerce et le tourisme d'achat, les détaillants suisses doivent faire face à une concurrence de plus en plus féroce, selon le dernier rapport de l'Observatoire BCV. Seul l'alimentaire et les produits de niche sont pour le moment épargnés.

Depuis 2008, les ventes des commerces de détail se sont repliées de quelques 12% rien que sur la région vaudoise.

Crédits: Keystone

Cela ne vous aura pas échappé en vous promenant dans les rues des centres-villes, de plus en plus d’enseignes arborent des pancartes «surface commerciale à louer» ou tout simplement gardent leur rideau métallique baissé. Les chiffres confirment cette impression. Depuis 2008, les ventes se sont repliées de quelques 12% rien que sur la région vaudoise, impliquant la perte de 3'800 emplois, comme le précise la dernière étude de l’Observatoire BCV. A l’heure d’internet et des vols low cost, les détaillants helvétiques font face à une concurrence féroce, mais ceux-ci n’ont pas dit leur dernier mot.

Les «nouveaux barbares» du e-commerce

Nous connaissons leur nom, nous connaissons leur marque, mais nous ne voyons jamais de magasin à leur effigie. Ce sont les «nouveaux barbares» du web, aussi appelés Amazon, Digitec ou Alibaba. Encore dans l’ombre il y a 25 ans, ces géants du e-commerce se sont appropriés en quelques années, 10% des ventes de détail en Suisse. «Une croissance phénoménale», selon Jean-Pascal Baechler,

conseiller économique de la BCV. « Leur progression n’a pas faibli, précise-t-il, avec un gain de parts de marché d’environ un demi-point de pourcentage par année.»

Tandis qu’autrefois, le commerce en ligne était adopté par les jeunes, il concerne aujourd’hui l’ensemble de la population suisse. Néanmoins, son influence ne touche pas encore tous les produits de manière uniforme. L’alimentaire par exemple, échappe pour le moment à cet engouement pour l’achat à distance. Représentant 2,5% des achats, comparés au 16% du non-alimentaire qui comprend l’habillement, l’électronique…ce secteur évolue. «Avec des plateformes de e-commerce comme CoopatHome ou Leshop, les ventes web dans l’alimentation pourraient progresser à l’avenir», analyse Jean-Pascal Baechler.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont les opérateurs basés en Suisse qui captent de loin la plus grande part du e-commerce sur le territoire. Mais alors pourquoi un tel attrait pour les emplettes sur le net ? Le rapport de la BCV avance que si au début des années 2000 cette pratique était réservée aux geeks, désormais elle fait partie des mœurs et se place en cinquième position de l’utilisation d’internet chez les helvètes.

Le tourisme d’achat toujours plus fort

Autant la concurrence en ligne est un phénomène nouveau qui prend de l’ampleur, autant celle du tourisme d’achat ne date pas d’hier. Prix de l’essence, proximité des frontières, abandon du taux plancher, les raisons de déserter durant son shopping pour la population sont nombreuses. Mais si auparavant les suisses prenaient leur voiture le samedi pour remplir leur coffre, à présent les distances parcourues et le temps consacré pour cela s’est allongé, selon une étude de 2018 de l’Université de Saint-Gall.

En effet, bien que les achats depuis chez soi explosent, les consommateurs se sont redirigés vers des commerces plus lointain. Principalement dû à l’essor des vols low cost depuis cinq ans et l’augmentation du parc automobile. Le montant des acquisitions à l’étranger de la population suisse s’élève désormais à environ 9 milliards de francs, soit un dixième du chiffre d’affaires du commerce de détail.

Le commerce de détail a encore un bel avenir

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, le commerce de détail souffre de cette concurrence. La tendance n’est plus au service à la clientèle et à la proximité, mais bien à l’autonomie. Cette même mode qui nous pousse à chercher, choisir et à nous encaisser tout seul. Malgré tout, d’après un sondage réalisé par la BCV en collaboration avec la Fédération patronale vaudoise, les entreprises du domaine alimentaire et les commerces de niche, semblent moins ressentir les effets de cette évolution de la consommation.

Pour s’en sortir les détaillants ont donc le choix: se spécialiser et proposer des articles qu’on ne trouve pas en masse ou s’adapter. Certains ont tenté de se mettre à la vente en ligne mais malheureusement les coûts sont encore trop élevés. Aussi, pour le moment le recul de l’emploi observé en Suisse est davantage localisé dans les villes qu’en périphérie, où poussent à foison de grands centres commerciaux tel que celui d’Aubonne.

«En tant que branche importante de l’économie, le commerce de détail bien qu’affaibli, a encore de belles années devant lui», rassure Jean-Pascal Baechler. Approvisionnement des ménages, animation des villes mais aussi en tant qu’employeur (6% des emplois vaudois), il est nécessaire qu’il joue des coudes pour se faire sa place fasse aux deux mastodontes que sont le e-commerce et le tourisme d’achat.

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Julie Müller

Journaliste

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour réaliser un stage chez Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourt pas le monde, elle se débrouille pour dégoter des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, Newsexpress ou encore Le Temps lui ont déjà ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle tente peu à peu de se spécialiser dans la presse écrite économique.

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