Bilan

Début d'année prometteur pour le marché de l'art

Le marché de l'art a baissé de 10,6% en 2015, mais son rebond sur les sept premières semaines de 2016 (+7,2%) laisse présager un renversement de tendance, selon Artprice, spécialiste du secteur.

Le collectionneur Liu Yiquian a déboursé 170,4 millions de dollars - un record - pour un Modigliani ("Nu couché") destiné à son propre musée à Shanghai.

Crédits: AFP

Le marché de l'art a baissé de 10,6% en 2015, mais son rebond sur les sept premières semaines de 2016 (+7,2%) laisse présager un renversement de tendance, selon Artprice, spécialiste du secteur.

Le "réajustement du marché chinois" est la principale raison de ce tassement des ventes aux enchères, passées de 17,9 milliards de dollars en 2014 à 16 milliards en 2015, indique le rapport annuel d'Artprice, leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art.

Hors Chine, le produit des ventes est équivalent à celui de 2014 (11,2 milliards de dollars), précise ce rapport communiqué à l'AFP en exclusivité.

Après une année 2015 en demi-teinte, le marché de l'art s'est nettement redressé depuis le début 2016 et s'affirme comme "un véritable placement alternatif" face aux turbulences des marchés financiers, estime Thierry Ehrmann, président-fondateur d'Artprice.

"Les taux d'invendus sont d'ailleurs bas et de nouveaux records sont battus", souligne-t-il.

Dernier exemple, lors d'une vente privée à l'automne dernier, un tableau de l'Américain Willem De Kooning aurait été cédé 300 millions de dollars par Christie's au financier Kenneth Griffin, selon plusieurs médias anglo-saxons.

Facilités techniques d'internet, extension du réseau des grandes sociétés de ventes, taux d'intérêt proches de zéro: "toutes les conditions sont réunies pour que les niveaux de prix croissent encore", selon Artprice.

Etats-Unis en tête

"Après avoir cédé leur première place à la puissance chinoise pendant cinq ans, les États-Unis reprennent leur position dominante grâce à des adjudications new-yorkaises explosives", relève Thierry Ehrmann. Outre les dix meilleures enchères de l'année, ils réalisent 38% des recettes mondiales pour seulement 12% des lots, avec un prix moyen de 107.000 dollars contre 43.000 dollars pour la Chine.

Les résultats de la Chine, Hong Kong et Taïwan ont chuté de 6,6 milliards de dollars en 2014 à 4,8 milliards l'an dernier (- 27%), selon le rapport, réalisé en partenariat avec la société chinoise AMMA (Art Market Monitor of Artron), filiale du groupe chinois Artron.

Le deuxième semestre a toutefois marqué une amélioration (+3%) et les riches collectionneurs chinois ont continué de miser sur des grands noms: Monet et le "Bassin aux nymphéas, les rosiers" pour l'homme d'affaires Wiang Jianlin (20,4 millions de dollars) ou Van Gogh et "L'allée des Alyscamps" pour un groupe d'acheteurs (66,3 millions).

Avec la Grande-Bretagne, en troisième position avec 2,9 milliards de dollars en 2015, les Etats-Unis et la Chine génèrent à eux trois 87,5% des transactions. Londres représente désormais 19% du marché mondial.

La France est quatrième avec 576 millions de dollars seulement (4% du marché), soit l'équivalent d'une vente importante à Londres ou New York.

Le marché est tiré par la demande des musées, toujours plus nombreux (700 créés par an en moyenne) et plus avides. Souvent aidées par de riches collectionneurs ou des fonds spécialisés, ces institutions recherchent les chefs d'oeuvre, produit d'appel indispensable pour garantir la fréquentation. Le collectionneur Liu Yiquian a déboursé 170,4 millions de dollars - un record - pour un Modigliani ("Nu couché") destiné à son propre musée à Shanghai.

Avec 5,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 2015 est une année historique pour l'art moderne (artistes nés entre 1860 et 1920). 622 oeuvres ont dépassé le million de dollars et trois ont franchi la barre des cent millions : "Les Femmes d'Alger" de Picasso, nouveau record mondial à 179,4 millions, "L'Homme au doigt" de Giacometti (141,2 millions) et le "Nu couché" de Modigliani.

Dix artistes - des hommes nés entre 1840 et 1928 en Europe et aux Etats-Unis et tous décédés - réalisent à eux seuls 18% des ventes mondiales. Un top ten où ne figurent plus cette année d'artistes chinois, le premier apparaissant à la 12e place.

Picasso règne en maître avec 650 millions de dollars de chiffre d'affaires pour 2.875 oeuvres vendues (huit par jour). Viennent ensuite Andy Warhol, leader en 2014 (523 millions), Monet (338 millions), Modigliani (251 millions), talonné par Giacometti (247 millions). Francis Bacon, Cy Twombly, Mark Rothko, Lucio Fontana et Roy Lichtenstein complètent le classement.

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