Bilan

Davos se concentre sur l'Europe, ses maladies et ses remèdes

Brexit, montée des populismes, fossé entre pays membres, crise migratoire. Si les "maladies" de l'Europe sont facilement identifiables, les remèdes sont beaucoup plus difficiles à trouver.

Pour M. Moscovici, les gens ne se sentent pas assez protégés, socialement, économiquement et sur le plan sécuritaire.

Crédits: AFP

Les turbulences que traverse l'Union européenne sont nombreuses: Brexit, montée des populismes et nationalismes, fossé entre pays membres, crise migratoire. Si les "maladies" sont facilement identifiables, les remèdes sont beaucoup plus difficiles à trouver. C'est ce qui est ressorti d'une table ronde de réflexion sur le sujet mercredi à Davos.

Si l'on considère la politique comme la recherche de remèdes à des maux ou des problèmes, il faut d'abord identifier la maladie et ses causes, a imagé l'animateur de la table ronde au Forum économique mondial (WEF), le rédacteur en chef du magazine américain Politico.

Ses interlocuteurs représentaient quatre domaines d'influence: pour la politique, le commissaire européen en charge de l'économie et des finances Pierre Moscovici, pour le monde des affaires, la présidente du groupe pétrolier italien ENI Emma Marcegaglia, pour les syndicats le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (ETUC), Luca Visentini.

Seul représentant non européen, le professeur et prix Nobel d'économie, l'Américain Joseph Stiglitz a apporté son point de vue de vieux routier des évolutions économiques.

Si tout ce monde était d'accord pour pointer le chômage, la perte de confiance dans les politiques et les désaccords entre les pays membres de l'Union comme problèmes majeurs, les explications sur les causes divergent: pour M. Moscovici, les gens ne se sentent pas assez protégés, socialement, économiquement et sur le plan sécuritaire.

Manque de volonté politique 

Dans une autocritique des institutions européennes, il a souligné que celle-ci devait faire un effort pour plus de transparence et de démocratie, et moins de bureaucratie. Mme Marcegaglia a plaidé pour plus de compétitivité, la lutte contre les inégalités, des visions à long terme associées à des mesures pragmatiques.

Sur les questions de migration et des frontières extérieures, elle a réclamé "plus d'Europe". En revanche, elle recommande que sur le plan national, les pays investissent moins dans l'aide sociale et davantage dans la formation.

Du côté syndical, M. Visentini a d'abord réfuté l'argument de l'arrivée en nombre des migrants pour justifier les problèmes d'emplois. Il a plutôt fustigé les responsables politiques des pays membres pour leur "manque de volonté à oeuvrer à un projet commun".

L'euro: un caillou dans la chaussure

Pour le professeur Stiglitz en revanche, un des éléments du problème se situe dans la monnaie unique: le manque de flexibilité qu'implique l'euro empêche les pays d'utiliser les taux pour relancer leur croissance. "Il faut des institutions qui font fonctionner l'euro", a-t-il lancé.

"Si vous ne pouvez pas les mettre sur pied", pourquoi pas renoncer à la monnaie unique, a-t-il suggéré. "Les monnaies vont et viennent" dans l'histoire, a-t-il encore tenté de dédramatiser. Mais ses arguments n'ont pas fait mouche auprès de ses voisins de tribune.

L'économiste a identifié d'autres facteurs qui jouent un rôle dans la "croissance presque stagnante" de l'UE, mais jamais à eux seuls: la globalisation et l'évolution technologique, sur lesquelles on ne peut pas vraiment revenir en arrière. Mais aussi la réduction de la protection sociale et la perte de souveraineté économique des nations à travers l'endettement.

Malade, mais pas moribonde

Mais aucun des quatre intervenants ne veut voir l'Europe comme moribonde: dans 10 ans, l'Union européenne sera toujours là, affirment-ils en choeur. A combien? Au moins 27 pays membres pour M. Moscovici, sûrement davantage selon M. Visentini, optimiste.

Quant au professeur Stiglitz, il a plutôt dit son espoir de voir l'Union perdurer pour défendre des valeurs. "L'Europe est importante pour nous", a-t-il conclu, en allusion à l'arrivée au pouvoir vendredi de Donald Trump dans son pays.

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