Bilan

Dans les coulisses des grands congrès médicaux

Plus de 800 personnes sont attendues dès demain à Genève pour un grand congrès sur l'imagerie. Comment ces événements dédiés aux professionnels de la médecine sont organisés et financés?
  • Certains congrès ont une envergure impressionnante : « Je me rend régulièrement au plus grand congrès sur l’imagerie qui est organisé à Chicago et attire entre 30'000 et 40'000 personnes », précise Nigel Howarth.  

    Crédits: Pixabay
  • «Je participe en général à quatre voire six congrès par an, ce qui, entre la préparation, le voyage et les jours de conférences, peut occuper environ un mois sur l’année », estime le Dr Nigel Howarth. 

Leurs noms sont souvent inconnus des profanes, de même que leurs acronymes. Très spécialisés, les congrès médicaux attirent pourtant de nombreux spécialistes du monde entier. L’un d’entre eux se tient à Genève cette semaine. Près de 800 personnes sont attendues à un congrès portant sur l’imagerie thoracique et cardiovasculaire, qui a lieu du 24 au 26 mai au CICG (Centre International de Conférences Genève). D’autres congrès sont planifiés dans les mois à venir dans la région, notamment sur le pied et la cheville, l’oncologie ou encore le pancréas. 

Objectif de ces congrès, essentiellement fréquentés par des médecins: échanger sur les dernières recherches et techniques médicales. «Je participe en général à quatre voire six congrès par an, ce qui, entre la préparation, le voyage et les jours de conférences, peut occuper environ un mois sur l’année », estime le Dr Nigel Howarth, médecin radiologue à la Clinique des Grangettes à Genève notamment. 

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Celui qui est également président de la Société Européenne d’Imagerie Thoracique (ESTI), a participé activement à l’organisation du congrès qui se déroule à Genève. « Pour la première fois, nous avons organisé un congrès joint entre deux sociétés européennes d’imagerie, à savoir l’ESTI et l’ESCR, centrée sur l’imagerie cardiovasculaire. Cela permet de faire le lien entre le coeur et les poumons, important pour le diagnostic du patient et favorisant l’avancée de nos spécialités », ajoute le radiologue. 

D’après Nigel Howarth, le nombre de congrès médicaux serait en hausse, suivant ainsi la croissance du secteur de la santé dans l’économie. Certains, même spécialisés, ont une envergure impressionnante : « Je me rend régulièrement au plus grand congrès sur l’imagerie qui est organisé à Chicago et attire entre 30'000 et 40'000 personnes.» 

Quatre ans de préparation

Ce type de congrès est souvent organisé par les professionnels eux-mêmes, avec l’appui de prestataires spécialisés. Nigel Howarth travaille sur ce congrès genevois depuis quatre ans. « Le président de l’ESTI prépare généralement un dossier de candidature pour montrer les points forts de la ville qu’il a choisie. A Genève, les facilités d’accès, la densité des réseaux de transports public et la proximité des différents lieux d’accueil sont un atout.».

Il collabore également avec un organisateur de congrès local et un organisateur international, basé à Vienne et sélectionné sur appel d’offres. « Nous travaillons aussi beaucoup avec le monde académique et la fondation Genève Tourisme et Congrès ». La participation dépasse déjà les attentes, avec plus de 800 inscrits, qui sont quasi exclusivement des médecins. « Nous avons une centaine de médecins en provenance de Suisse, puis vient ensuite l’Italie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Corée, l’Allemagne etc, Au total plus de 50 pays sont représentés ». 

Facteur d’attractivité non négligeable pour ces congrès : le label de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’organisation onusienne basée à Genève. « Nous avons réussi à obtenir ce label et un co-sponsoring de l’OMS. Pour cela, il faut que le congrès aborde des questions de santé publique », précise encore Nigel Howarth. 

Un financement encadré 

Le financement de ces congrès provient essentiellement des frais d’inscription réglés par les participants, à plus de 80%. Les 20% restants sont issus de partenaires, souvent des entreprises en lien avec le thème du congrès. En l’occurrence, il s’agit ici de fabricants dans l’imagerie, qui sont leaders sur ce segment. « Le financement de ces événements médicaux est encadré par des règles strictes de l’Union Européenne, ajoute le médecin. Ce n’est pas le forcément le cas dans d’autres régions du monde». 

Pour les participants, les frais d’inscription pour ce congrès se situent entre 400 et 600 euros, en fonction de la date de réservation et de la position (les internes bénéficient d’un tarif avantageux). Pour le règlement, tous les cas de figure sont possibles. Certains médecins règlent la totalité à leurs frais, d’autres bénéficient d’un fonds dédié à la participation de ces congrès dans leur établissement, d’autres encore peuvent être sponsorisés pour l’hébergement ou le transport par exemple. 

A l’heure du digital, quid des séminaires en ligne? « Nous avons réalisé plusieurs webinars, mais l’expérience n’a pas été très convaincante. Les coûts restent élevés et la participation est relativement faible. Dans les congrès, les participants apprécient d’échanger en direct sur leurs problématiques et de développer leurs relations. Certains profitent aussi du déplacement pour rencontrer d’autres confrères ou venir visiter un nouveau pays en famille ». 

Facteur attractif du tourisme ?

Pour Gilles Rufenacht, directeur de la Clinique des Grangettes, ces événements participent aussi au rayonnement de Genève et de la Suisse romande. « Nous aimerions aller encore plus loin pour mieux mettre en valeur tout le secteur de la santé, mais aussi les medtechs, les startups et la Health Valley, pour donner une image moderne et inclusive de la santé dans notre région. Quand je participe à des délégations économiques à l’étranger, je mets en avant toute la Health Valley ».  

Pour le directeur, ces congrès engendrent également des retombées économiques directes et indirectes pour la région, que ce soit en termes d’hébergement et de restauration, mais aussi de rayonnement pour Genève. Ce tourisme professionnel peut aussi se transformer en tourisme privé, les congressistes restant en Suisse plusieurs jours, parfois accompagnés de leurs familles. 

L’objectif est-il aussi d’attirer des clients étrangers dans l’établissement de santé genevois ? « Ce n’est pas un objectif premier. Dans les cliniques genevoises, les clients en provenance de l’étranger ne représentent que 2 à 3% des patients. Le but est vraiment le rayonnement et l’attraction des talents, médecins et chercheurs dans notre région. »

Genève pourrait accueillir encore davantage de congrès médicaux dans les années à venir. Mais la croissance du nombre de congrès va aussi de pair avec une plus grande compétition, et Genève n’est pas toujours très bien placée au niveau des coûts et des infrastructures. « A mon sens, il manque à Genève une salle de congrès moderne et high-tech, à l’image du SwissTech Convention Center de l’EPF Lausanne », conclut Gilles Rufenacht.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Marjorie Thery
Marjorie Théry

JOURNALISTE À BILAN

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