Bilan

Daniel Rossellat: «Paléo amène plus de 40 millions de francs à l’économie locale»

Le plus grand festival musical de Suisse romande est contraint d’annuler pour la deuxième année consécutive. Le président de l’événement et syndic de Nyon Daniel Rossellat, revient sur les conséquences économiques de cette décision sur le festival et l’économie locale.

Daniel Rossellat, organisateur du Paléo et syndic de Nyon.

Crédits: Keystone

Bilan: Est-ce que cette deuxième annulation est plus pénible financièrement que la première?

Daniel Rossellat: C’est trop tôt pour le savoir. Pour l’année 2020, nous avons eu des aides du Canton et de la Confédération et des soutiens de nos partenaires et sponsors. Le déficit n’est pas encore exactement déterminé mais il sera de quelques centaines de milliers de francs.

Le déficit de l’année 2021 dépendra des aides publiques. À ce jour, nous évaluons la perte à 3,1 millions (le budget habituel se situe aux alentours de 30 millions de francs NDLR). En ayant arrêté suffisamment tôt, nous pouvons toucher des RHT pour nos employés. Cette opération permet de limiter la casse.

Est-ce que des sponsors qui ont accepté d’être solidaires avec vous l’année passée sont moins généreux cette année?

L’année passée, nous avons eu la chance de bénéficier du soutien de nos partenaires. Cela nous a permis d’amortir les 5,5 millions de frais que l’on avait engagés. Maintenant, une deuxième annulation consécutive rend la situation plus compliquée.

Ce que nous espérons, c’est de proposer à nos partenaires de nous soutenir pour d’autres projets concrets et pas uniquement par solidarité. Ces idées pourraient se concrétiser indépendamment des contraintes sanitaires. Par exemple, nous imaginons réaliser un livre et un film. Si nous pouvons compter sur un soutien de nos partenaires, nous avons une chance de pouvoir faire travailler nos équipes et en même temps d’apporter des idées nouvelles pour l’année prochaine.

Vous craignez que ces deux annulations consécutives vous fassent perdre des partenaires?

C’est difficile à dire. Certains d’entre eux peuvent évidemment décider d’entamer une réorientation stratégique. Nous avons proposé à tous nos partenaires de prolonger nos contrats d’une année. Il n’est cependant pas exclu que certains refusent. Mais je pars de l’idée que ça va bien aller. Nous avons une tradition de fidélité avec nos partenaires et je ne vois pas de nuage à l’horizon.

Est-ce que les pertes financières vont se répercuter sur les prochaines éditions du festival, soit par une diminution des dépenses ou par une augmentation du prix?

L’histoire de Paléo est longue. En 44 éditions, nous avons eu le temps de constituer un fond de réserve. Nous allons pouvoir l’utiliser pour couvrir ces deux années déficitaires. Ce n’est évidemment pas confortable, mais cela ne met pas en danger la pérennité du festival. Cela aurait été le cas si nous avions persisté à vouloir organiser un festival.

Par ailleurs, nous n’allons pas augmenter le prix des billets, sauf si on nous imposait des tests obligatoires à la charge des organisateurs ou d’autres contraintes similaires. Nous allons peut-être devoir économiser un petit peu mais le but n’est pas que le spectateur soit moins bien traité ou qu’il doive payer plus.

Doit-on craindre des licenciements parmi les employés du festival?

Non. Nous nous sommes engagés à ne licencier personne. Cependant, nous n’avons pas renouvelé nos contrats à durée déterminée. Notre équipe est donc moins importante que d’habitude. Nous sommes actuellement 50 contre 65 habituellement.

On observe l’arrivée du passeport Covid et l’avancée de la vaccination qui doivent faciliter la tenue d’événements culturels. Malgré cela vous annulez même la version réduite du festival. Est-ce que c’est simplement parce qu’elle aurait coûté trop cher?

Le coût n’était pas la question centrale. Notre projet aurait pu s’auto-financer. Mais nous n’avions pas de garantie qu’en cas d’annulation de la part de l’autorité, nous puissions bénéficier d’une assurance. La version réduite pouvait engendrer un risque de 8,4 millions de francs. Si elle était annulée juste avant la manifestation, cela nous mettait dans une situation extrêmement compliquée.

Nous avions besoin de cinq conditions impératives pour pouvoir lancer le projet. La première est la possibilité de pouvoir réunir 5000 spectateurs. Actuellement la limite est de 150, c’est donc loin du compte. La deuxième consiste en un parapluie de sécurité (soit une assurance annulation NDLR). Celui approuvé par les chambres fédérales fixe trop de contraintes pour nous. La troisième condition impérative est d’avoir assez d’artistes, or l’annulation d’autres festivals autour de nous complique la tournée des musiciens. La quatrième est liée aux conditions sanitaires, qui doivent permettre une organisation.

La dernière condition relève de l’adhésion des spectateurs. Ce qu’on a constaté avec un sondage auprès de 16'000 personnes, c’est qu’elles sont prêtes à faire des efforts, voire à se faire vacciner. Cependant, elles ont de la peine à comprendre qu’avec un vaccin et un test à l’entrée du festival, elles doivent en plus porter le masque et garder les distances durant la soirée. On a remarqué qu’un projet avec des places assises et numérotées ne plait vraiment pas aux spectateurs.

Vous avez une double casquette: président de Paléo et syndic de la commune de Nyon. Est-ce que vous craignez que cette deuxième annulation consécutive fragilise le tissu économique local?

Bien-sûr. L’impact de Paléo en termes de répercussions financières est de plus de 40 millions de francs dans l’économie locale et régionale. Les festivals de Nyon, et pas uniquement Paléo, génèrent des nuitées dans les hôtels et de la fréquentation dans les restaurants et les commerces.

Rien que le chantier de la construction de Paléo met en collaboration plus de 100 entreprises. On bâtit une ville éphémère en faisant travailler toutes sortes de branches. Cela va des prestations de sécurité à la fibre optique en passant par l’électricité.

Paléo, c’est 10 millions de chiffre d’affaire de nourriture et de boisson en six jours. L’achat des aliments se répercute sur la région, bien qu’ils ne viennent pas toujours des fermes de Nyon. Au niveau des boissons, Paléo écoule 50'000 tonnes de bouteilles de vin achetées aux vignerons.

Vous craignez des faillites chez ces acteurs locaux à cause de cette annulation?

Non, je ne pense pas que ce sera le cas. Cependant, pour un certain nombre de prestataires cela risque d’être dur. Je pense à toutes les personnes qui organisent la sonorisation, l’éclairage ou même aux personnes qui nous louent les chapiteaux. Il existe un risque qu’un certain nombre d’entre eux ne survivent pas à cette crise.

Philéas Authier

Journaliste stagiaire

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