Bilan

Credit Suisse explore des alternatives au PIB pour évaluer l'économie

Credit Suisse propose d'autres indicateurs au PIB qui seraient plus pertinents pour mesurer les progrès économiques dans le contexte d'un monde "de plus en plus complexe".

Les indicateurs devraient être capables d'évaluer l'impact des changements technologiques.

Crédits: keystone

Face à la remise en question du produit intérieur brut (PIB) comme indicateur clé du progrès économique, Credit Suisse propose dans une étude des pistes alternatives. Ainsi, d'autres indicateurs seraient plus pertinents dans le contexte d'un monde "de plus en plus complexe, interconnecté et numérique", note la banque jeudi dans un compte-rendu.

"L'établissement du PIB comme indicateur de progrès par les décideurs tant privés que publics a conduit à négliger plusieurs effets secondaires de la croissance économique", remarque le président du conseil d'administration Urs Rohner, cité dans le communiqué.

De plus, il devient de plus en plus difficile de recueillir des données fiables concernant certaines activités (services financiers, recherche et développement) et technologies (numérisation, économie du partage), qui jouent un rôle croissant dans l'économie mondiale.

Si le PIB permet d'évaluer la richesse d'une économie, d'autres indicateurs doivent être pris en compte sur la santé, la répartition de la richesse, l'égalité des genres ou encore l'environnement, car ces éléments ont une influence sur le bien-être de la société et au final sur la productivité économique, remarquent les auteurs.

La quatrième révolution industrielle et les nouvelles technologies, à l'instar de l'intelligence artificielle, auront une influence sur l'économie et la société. Les indicateurs devraient donc être capables d'évaluer l'impact des changements technologiques.

Nouvelles pistes

Un "PIB vert", ou revenu national durable (SNI), prenant en compte le développement durable et les dégradations de l'environnement, constitue en la matière une piste intéressante.

L'indicateur de progrès véritable (GPI) est également une approche à considérer. Il intègre entre autre les inégalités de revenus, les coûts de la criminalité ou encore les bénéfices du volontariat et du travail domestique.

Les auteurs citent aussi l'indice de développement humain (HDI), qui a l'ambition de mesurer l'état des pays en fonction de la qualité de vie, de la santé et du niveau d'éducation. Certains ajustements de cet indicateur permettent de prendre en compte l'impact environnemental et les inégalités sur le bien-être humain.

L'indice mondial sur le bonheur, publié pour la première fois en 2012, est basé sur un sondage de 3000 personnes dans plus de 150 pays. L'objectif est de faire du bonheur une mesure du progrès social. Il en ressort que les pays moteurs pour l'économie n'obtiennent pas les meilleurs résultats, la Chine se classant par exemple en 86e position pour les années 2015-2017.

Enfin, des indicateurs pour mesurer l'innovation pourraient s'ajouter au PIB pour mieux saisir le niveau réel de l'activité économique, remarquent les auteurs. Les dépenses en recherche et développement ou les demandes de brevets par habitant constituent des pistes afin d'identifier les pays leaders pour l'innovation.

Cas particulier de la Suisse

Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Suisse a enregistré la plus faible croissance du PIB corrigée des prix parmi tous les pays industrialisés au cours des 50 dernières années. "Le paradoxe d'une croissance du PIB relativement faible et d'un niveau de vie élevé a suscité des débats quant à l'utilité des données du PIB", soulignent les auteurs.

Cela s'explique par plusieurs facteurs, notamment le fait que les associations mondiales de sport ont leur siège social en Suisse. Ainsi, si une manifestation sportive international n'a pas lieu, cela peut amputer de 0,3% le PIB, estime le Secrétariat à l'économie (Seco). Et ce alors que l'impact pour l'économie helvétique réel est "très limité". En outre, le poids du négoce des matières premières, soit 4% du PIB, contraste avec le faible nombre d'employés du secteur, estimé à 36'000.

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