Bilan

Coup de balai sur la Bahnhofstrasse

Propriétaire du bâtiment actuellement occupé par Manor, l’assureur Swiss Life veut remplacer le magasin du détaillant par des commerces à plus forte rentabilité.
L’enseigne du détaillant n’est plus souhaitée sur la fière Bahnhofstrasse. Crédits: Dominic Büttner/Pixsil

L’histoire serait passée inaperçue si elle n’avait pas pour décor la fameuse Bahnhofstrasse zurichoise. Installé dans le bâtiment historique Oscar Weber, le détaillant Manor est expulsé par le propriétaire des murs, l’assureur Swiss Life, à l’expiration de son contrat à fin janvier 2014.

Au bénéfice d’un accord courant sur trente ans, Manor (appartenant à la holding genevoise Maus Frères) jouit actuellement d’un loyer modéré. Or, sur cette avenue qui figure parmi les plus chères du monde, la surface doit fournir un rendement à la mesure des prix du marché.

Par la suite, l’assureur prévoit des travaux estimés à 100 millions de francs dans le bâtiment. Objectif: fractionner la construction pour en faire des bureaux et des échoppes indépendantes.

Manor a porté le différend devant le Tribunal des baux de Zurich. Elle Steinbrecher, la porte-parole du détaillant, espère trouver une solution satisfaisante pour les deux parties.

«Manor croit en cet emplacement de prestige, comme le montrent les 12 millions de francs récemment investis dans la rénovation du magasin.» Chez Swiss Life, on invoque l’intérêt des assurés qui veulent voir fructifier leurs primes. L’assurance est ainsi tenue de rentabiliser au mieux son parc immobilier.

Deux ou trois changements par an

«Sur les quelque 100 commerces de la Bahnhofstrasse, seuls deux ou trois enseignes changent par an. En conséquence, la demande est énorme, les prix flambent et les magasins doivent fournir un rendement que seul le luxe peut offrir.» De son côté, Andreas Zimmerli, représentant de la 5e génération à la tête de la boutique d’articles d’écriture Landolt-Arbenz, tient bon à la tête de l’un des derniers commerces historiques.

Ce n’est certes pas avec des gants à vaisselle que Manor peut garantir la marge d’un coffre-fort Titan de Buben & Zorweg, en exposition à la bijouterie Les Ambassadeurs, 100 mètres plus loin.

Cette armoire blindée d’une valeur proche de 200 000 francs peut garder en mouvement 18 montres automatiques grâce à de petits moteurs électriques. Une cohabitation entre deux mondes improbables, dans une zone où le mètre carré est estimé à 16 000 francs.

Autre victime des prix de l’immobilier, le magasin de confection Day ouvert en 1916 qui va céder la place au label de luxe Trois-Pommes (Zurich, Bâle, Saint-Moritz, Gstaad). Trudi Götz, la propriétaire, compte y ouvrir son 33e point de vente. Oprah Winfrey avait déclenché un scandale dans une de ses boutiques donnant sur la Limmat, en accusant une vendeuse de racisme.

Multiplication de boutiques horlogères

Les grands gagnants du système, ce sont les horlogers. Les enseignes propres se sont multipliées. Breguet, Hermès, IWC, Patek Philippe, Rolex, Jaeger-LeCoultre, Omega, Van Cleef & Arpels y ont ouvert des boutiques ou projettent de le faire prochainement. Un emplacement ici se révèle crucial pour s’assurer la visite des touristes asiatiques, souvent chinois. Ceux-ci débarquent par car entier et achètent pour des dizaines de milliers de francs.

Même Bally doit déguerpir. La fameuse marque helvétique de maroquinerie va déserter son flagship store de 25 000 m2 pour une surface plus raisonnable et remettre les clés à Zara. La chaîne espagnole devra parvenir à rentabiliser les lieux avec un assortiment pléthorique de produits moyens de gamme, mais vendus dans des volumes énormes.  

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