Bilan

Coronavirus: la guerre des vaccins au coeur d'un sommet de l'UE

Les difficultés d'approvisionnement en vaccins contre le Covid-19, au coeur d'un vif différend entre Bruxelles et Londres, dominent jeudi un sommet de l'Union européenne, alors que des retards vont aussi affecter les livraisons aux pays défavorisés via le système Covax.

Le président français Emmanuel Macron a reconnu que l'UE avait été trop lente sur les vaccins.

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La pandémie a fait au moins 2.745.337 morts dans le monde depuis fin 2019, selon un comptage jeudi de l'AFP.

Alors qu'une troisième vague épidémique déferle sur l'Europe, le sommet virtuel de l'UE, auquel participe jeudi le président américain Joe Biden, doit aborder la lenteur des campagnes vaccinales sur le continent et les problèmes de livraisons du groupe AstraZeneca, qui nourrissent les frustrations au sein du bloc.

"Accélérer la production, les livraisons et le déploiement des vaccins reste essentiel et urgent pour surmonter la crise. Les efforts en ce sens doivent être intensifiés", affirment les dirigeants des 27 Etats membres dans un projet de conclusions consulté par l'AFP.

Le président français Emmanuel Macron a reconnu que l'UE avait été trop lente sur les vaccins, dans une interview à la télévision grecque. "Les Américains ont eu un mérite dès l'été 2020, ils ont dit: +On met le paquet et on y va+. Et donc ils ont plus" de vaccins, a-t-il déclaré, estimant que les Européens ont "eu tort de manquer d'ambition".

Situation "très grave"

L'UE et le Royaume-Uni, en désaccord sur la gestion des stocks de vaccins produits sur le continent par le groupe suédo-britannique AstraZeneca, ont affirmé mercredi leur intention de régler ce litige par la négociation.

Source des tensions: face à "une très grave situation épidémiologique", la Commission européenne a renforcé un mécanisme de contrôle des exportations de vaccins mis en place en janvier, suscitant les critiques de Londres, premier destinataire des doses exportées par le continent.

L'UE a exporté quelque 10 millions de doses, tous vaccins confondus, vers le Royaume-Uni, mais n'a reçu en retour aucune dose produite outre-Manche - alors que le contrat signé par AstraZeneca prévoyait la livraison de doses provenant de deux usines britanniques. L'entreprise a expliqué que son contrat avec Londres l'obligeait à honorer en priorité les commandes britanniques.

L'UE "exporte à grande échelle" mais "les routes doivent être empruntées dans les deux sens", a averti la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a mis en garde contre tout "blocus arbitraire" de vaccins.

Selon un calcul de l'assureur-crédit Euler Hermes, le retard de l'UE dans son calendrier vaccinal, désormais de sept semaines, pourrait coûter à son économie 123 milliards d'euros en 2021.

Retard des vaccins Covax

AstraZeneca, critiqué par le régulateur américain pour lui avoir fourni des données "obsolètes" sur ses essais cliniques, a abaissé l'efficacité de son vaccin à 76% contre les cas symptomatiques de la maladie, au lieu de 79% déclarés initialement.

Le Danemark a lui prolongé de trois semaines la suspension du vaccin AstraZeneca, pourtant déclaré "sûr et efficace" par le régulateur européen et l'Organisation mondiale de la santé. Les autorités danoises ont besoin de "plus de temps" pour exclure entièrement un lien entre quelques cas connus de caillots sanguins, rares mais graves, et la vaccination avec AstraZeneca.

Autre problème concernant AstraZeneca: les doses produites par le Serum Institute of India, "qui devaient être expédiées en mars et avril" via le système Covax d'aide aux pays défavorisés, "vont être retardées faute d'avoir obtenu des licences d'exportation" de l'Inde, qui fait face à une demande locale accrue et un regain de contaminations, selon un porte-parole de l'Alliance du Vaccin (Gavi).

Le système international Covax vise à fournir cette année des doses à 20% de la population de près de 200 pays et territoires, et comporte un mécanisme de financement visant à aider 92 pays défavorisés.

Dans ce contexte de pénurie, Israël est un des rares pays qui s'en sort bien: plus de 4,6 millions d'Israéliens, soit plus de la moitié de la population, ont reçu deux doses du vaccin Pfizer-BioNTech, selon le ministère de la Santé.

Déroute brésilienne

Sur la journée de mercredi, 10.063 décès et 624.777 nouveaux cas ont été recensés dans le monde. Les pays ayant enregistré le plus de nouveaux décès quotidiens sont le Brésil (2.009 morts), les États-Unis (1.362) et le Mexique (579).

Au Brésil, le bilan de la pandémie, totalement hors de contrôle, a franchi mercredi le cap des 300.000 morts.

Partout, dans le deuxième pays le plus endeuillé au monde derrière les Etats-Unis, les services de soins intensifs sont au bord de la rupture. La presse a rapporté des situations dramatiques: corps entassés dans les couloirs d'hôpitaux, décès d'une centaine de personnes faute de lits en réanimation...

La déroute brésilienne suscite une inquiétude croissante dans le reste du monde, en raison de la propagation du variant amazonien P1, qui serait plus contagieux et plus létal.

En Europe, le Royaume-Uni a indiqué qu'il pourrait prochainement placer la France, en pleine flambée épidémique, sur une "liste rouge" et durcir les contrôles des arrivées en provenance de ce pays.

Au Japon, le relais de la flamme olympique des Jeux de Tokyo, retardés à cet été à cause de la pandémie, a été lancé jeudi à Fukushima (nord-est) en l'absence de public.

Aux Etats-Unis, les responsables sanitaires se sont félicités des premiers effets positifs de la vaccination, notamment "une diminution significative" des visites aux urgences des plus âgés. Quelque 2,5 millions de doses sont désormais injectées par jour en moyenne dans le pays.

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