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Coronavirus: ces métiers sous tension

Alors que le home office se généralise et que les chantiers s’apprêtent à s’arrêter pour faire face à la propagation du coronavirus, le recrutement sur certains métiers explose. Personnel médical, livraison, préparation de commande ou encore call centers, les agences de placement tentent de s’organiser et transférer les compétences.

Personnels médicaux, spécialistes de la logistique ou encore personnels pour la grande distribution sont des profils très recherchés.

Crédits: Keystone

Chez Manpower à Lausanne comme dans les autres agences du pays, les bureaux ont fermé depuis mardi. Pourtant, depuis chez eux les conseillers s’activent toujours pour gérer l’urgence en temps de crise.

Julien Soubeyrand, responsable du secteur industrie et technique sur Lausanne détaille: «Les entretiens candidats s’effectuent par téléphone ou webcam. Les systèmes restent utilisables à distance par les conseillers, et on essaie dans la mesure du possible de faire travailler notre pool de candidats déjà identifiés. Alors que la demande générale baisse, les attentes sont très fortes sur la livraison, préparation de commandes et expédition pour toutes les activités de delivery, avec peut être 50% d’augmentation depuis plus d’une semaine déjà. Il y a eu une nette anticipation.»

Quadruplement de la demande en logistique

Comment contrôler la sécurité sanitaire des employés délégués? Julien Soubeyrand reconnaît la difficulté de la situation: «Pour des raisons évidentes, beaucoup de clients limitent les entrées des conseillers sur site. Nous partons du principe que les procédures strictes définies en interne chez nos clients s’appliquent aussi aux temporaires. On demande de signaler au plus vite les moindres symptômes. Certains candidats ne veulent pas courir le risque d’accepter une mission, mais globalement nous arrivons à trouver le personnel.»

Manpower n’est pas seule à constater la forte hausse de la demande sur la partie logistique. La société de recrutement digitale Coople, dématérialisée et spécialisée dans les contrats courts fait face au même constat et voit même une forte opportunité de développement dans la situation, ce que relève Simon Vogel, directeur suisse romande: «Difficile de donner une évaluation exacte, mais on est autour du quadruplement de la demande habituelle. La planification des clients n’est plus hebdomadaire mais quotidienne, et notre modèle ultraflexible y répond bien. Par exemple, on a eu près de 400 postes sur du personnel de sécurité pour filtrer les entrées des supermarchés qui ont été placés en moins de 12 heures. Un responsable de huit supermarchés a eu besoin de 20 personnes pour le réapprovisionnement des rayons, on a pu y répondre en moins de 3 heures.»

Selon Simon Vogel, l’opportunité va au-delà de la logistique : «Les compagnies aériennes voient leurs standards surchargés par les demande des clients, Easyjet, Swiss ou Lufthansa n’arrivent plus à répondre par téléphone, même par mail parfois. On a commencé à déléguer du personnel en renfort sur Zurich et on cherche à démarcher sur Genève. Le problème est qu’avec le télétravail, les circuits décisionnels sont largement entravés et empêchent les entreprises d’être réactives, alors que d’une manière générale les call centers sont sous tension.»

Transférer les compétences pour éviter le chômage

Du côté du siège de Manpower, Romain Hofer, directeur de la communication, confirme la vague de recrutements sur d’autres métiers : «Il n’y a pas que la logistique. En chimie et pharmaceutique aussi, des clients recherchent des compétences en nombre, avec sur un seul de nos clients romands une centaine de postes ouverts par exemple. Les agences étant fermées, certains tests et formations ne peuvent pas être dispensés. On doit procéder à des transferts de compétences. Par exemple, des temporaires arrêtés dans l’horlogerie -où la production cesse- ont l’habitude du travail de précision et des normes de salles grises ou salle blanches, et peuvent par conséquent basculer sur du biomédical ou de la pharma.»

Un transfert qui pourrait également s’appliquer aux conseillers, notamment dans le bâtiment, qui s’apprêtent à subir l’arrêt des chantiers, mais peuvent soutenir l’activité de leurs collègues. «Le but est la réallocation maximale des compétences pour éviter autant que faire ce peut le chômage partiel ou technique.»

Même son de cloche du côté de Simon Vogel de Coople: «Oui, on trouve toujours des candidats avec la vague de chômage partiel. Les gens veulent travailler. Je parlais avec un responsable de restaurant – arrêté- qui me disait être intéressé par de la mise en rayon ou du warehouse. Aujourd’hui un-e caissièr-e est formée en 4 heures, le basculement peut s’opérer très vite.»

Personnel médical: frontaliers sous pression

Autres professions sous pression, le personnel médical. A Lausanne, l’agence spécialisée Assisteo fait face à une très forte sollicitation de la part de ses clients, hôpitaux, cliniques ou encore fondations. Sivia Bes, responsable de l’agence, note une bonne anticipation de la situation : «Le fait d’avoir vu la situation des pays voisins avant la Suisse, fait que l’on a mis depuis plusieurs semaines l’accent sur le recrutement de personnel et qu’on dispose à l’heure actuelle encore d’une certaine marge. Impossible de dire toutefois pour combien de temps encore. Certains temporaires ont été infectés et ont dû s’arrêter» L’agence délègue actuellement un grand nombre d’infirmières sur site mais aussi pour les front office et les lignes d’appels d’urgence : «Il faut que le personnel qui réponde à la hotline du coronavirus puisse comprendre les symptômes et les évaluer afin de rediriger au mieux les patients atteints. Cela demande des compétences médicales.»

Assisteo comme beaucoup d’agences spécialisées dans le médical, fait travailler un grand nombre de frontaliers. Sivia Bes relève la lourdeur des formulaires administratifs à présenter à la frontière, et la variabilité des règles appliquées selon les postes de douanes: «Les autorisations provisoires de 90 jours ne suffisent pas toujours. Des fois, s’il manque un mot ça ne passe pas. Ces ralentissements s’ajoutent à la congestion des douanes, et font qu’il faut parfois 4h à nos infirmières pour arriver sur site. Quand on sait que les journées font parfois 12 heures, on s’inquiète de la surcharge de fatigue.»

L’agence s’organise avec les hôpitaux et des institutions partenaires pour trouver des logements sur place «au moins un ou deux soirs dans la semaine, pour récupérer un peu», sans y parvenir systématiquement. Sivia Bes demande une meilleure prise en compte de la situation par les autorités: «Il faut au minimum une procédure uniformisée en termes administratifs, mais peut-être aussi un corridor dédié pour que le personnel médical passe la frontière plus simplement. Sinon, les temporaires pourraient être tentés de jeter l’éponge et de rester servir leur pays.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste économique et d’investigation pour Bilan, observateur critique de la scène tech suisse et internationale, Joan Plancade s’intéresse aux tendances de fonds qui redessinent l’économie et la société. Parmi les premiers journalistes romands à écrire sur la blockchain -Ethereum en particulier- ses sujets de prédilection portent en outre sur l'impact de la digitalisation, les enjeux de la transition énergétique et le marché du travail.

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