Bilan

Conditions d'épargne: le grand ranking bancaire

Le moins que l'on puisse dire, c'est que comparer les conditions que les banques offrent pour leurs prestations de base aux particuliers n'est pas une sinécure. On se perd vite dans une jungle tarifaire d'une folle complexité, variabilité et densité, un monde peuplé de notes de bas de page, d'explications complémentaires, d'exceptions et sous-exceptions, exprimées de façon souvent peu explicite. Tout cela rend la situation illisible pour le client moyen, qui n'a évidemment pas des semaines entières à consacrer à l'examen par le menu des conditions offertes et de leur impact sonnant et trébuchant dans son cas particulier. Bilan a tenté de débroussailler les choses pour une catégorie de clients qui profite déjà de l'exonération d'un certain nombre de frais, à savoir celle qui dispose d'un patrimoine supérieur aux premiers paliers fixés par diverses banques (7500 francs chez PostFinance, 10000 chez UBS, 15000 chez Credit Suisse, 20000 à la Banque Cantonale Vaudoise, BCV). Plutôt que de se demander combien de frais le client peut être amené à payer dans une infinité de constellations possibles forcément très arbitraires et jamais vraiment représentatives, la question a été retournée: combien d'intérêts restent au client chaque année (y compris l'impôt anticipé qu'il récupérera) après déduction des frais incompressibles, ceux que la banque perçoit quelle que soit l'intensité de l'activité et des volumes que génère le client. Cette variable d'analyse primaire, que nous appellerons les «intérêts nets» ou la «rémunération nette» de l'avoir du client, a été calculée pour les douze principales banques actives en Suisse romande. Le client concerné a un profil conservateur. Selon la variante, il a confié 80000 francs (variante A) et 260000 francs (variante B) à sa banque. Son avoir est réparti sur un compte privé, un compte épargne, un compte de garantie loyer, un compte de 3e pilier, des obligations de caisse et (dans une sous-variante) un compte à terme. Il n'a investi dans aucun autre titre ou produit de placement. Il dispose aussi d'une carte client, d'une carte de débit Maestro et de deux cartes de crédit Visa Classic. Les simulations effectuées par Bilan conduisent aux résultats qui suivent. Téléchargez le tableau intérêts nets perçus par le client (en fr. par an). cliquez ici Double jackpot Les intérêts nets auxquels a droit un client que nous qualifierons de «moyennement fortuné» (80000 francs) peuvent varier jusqu'à 300 francs par an selon la banque à laquelle il a confié son argent. Pour un client «aisé» (260000 francs en banque), l'écart grimpe à 1000 francs. La banque servant les meilleures rémunérations nettes est clairement la Banque Cantonale du Jura (BCJ). Elle l'emporte tant dans le ranking «ordinaire» que dans celui qui tient compte des conditions privilégiées que plusieurs banques offrent à leurs clients actionnaires (outre la BCJ, les banques cantonales du Valais, BCVs, de Genève, BCGe) ou sociétaires (Raiffeisen). Et encore, il n'a pas été tenu compte des conditions promotionnelles que la jurassienne offre jusqu'à la fin de l'année, sans quoi les écarts auraient encore été beaucoup plus marqués. A l'autre extrême du classement, on trouve les deux grandes banques, UBS et CS, ainsi que la Banque Cantonale de Neuchâtel (BCN). La BCGe figure également dans ce peloton de queue lorsque l'on fait abstraction des privilèges qui profitent à ses clients s'ils en sont aussi actionnaires. Les établissements qui tirent très bien leur épingle du jeu derrière la BCJ sont respectivement les Banques Migros et Coop dans le classement sans avantages actionnaires/sociétaires et Raiffeisen dans le cas «ordinaire». PostFinance occupe une position médiane à bonne selon le ranking choisi et la BCV, la Banque Cantonale de Fribourg, BCF, et la BCVs une position médiane à plutôt au-dessous de la moyenne. Aucune banque n'apparaît comme clairement meilleure pour les clients moyennement fortunés qu'elle ne l'est pour les clients aisés, ou inversement. Toutefois, pour les clients aisés, la donne peut changer fondamentalement selon qu'ils parquent une partie de leur avoir sur un compte à terme (variante B+) ou non (variante B -). La BCGe et la BCF en particulier sont nettement plus intéressantes dans la variante avec compte à terme. Pour la Banque Coop et PostFinance, c'est le contraire. Pour le client, il n'existe pas d'indicateur permettant d'identifier facilement les banques offrant une bonne rémunération nette d'ensemble. Le taux du compte épargne par exemple ne fournit qu'une information imparfaite. S'il est bas, les intérêts nets totaux seront tendanciellement bas. Mais l'inverse n'est pas vrai. La BCJ et CS offrent par exemple tous les deux 1% d'intérêt à leurs clients non actionnaires alors qu'ils se situent aux deux extrêmes du ranking. Ces résultats valent pour les offres standards des banques. Mais dans pratiquement tous les établissements il est possible d'obtenir des rémunérations nettement plus favorables en respectant certaines conditions. Internautes avantagés Une pratique très répandue consiste à récompenser les clients qui effectuent l'essentiel de leurs opérations bancaires via Internet. PostFinance et la BCV leur offrent par exemple 2% sur le compte épargne, au lieu de respectivement 1,25% et 1%. Mais les conditions assorties peuvent être drastiques. A la BCV, le client concerné ne peut plus du tout aller retirer de l'argent au guichet. Diverses autres banques, comme la BCN et la BCGe, renoncent pour leur part à facturer certains frais à leurs clients internautes. Quant à la Banque Migros, la seule à appliquer systématiquement des frais d'écriture (20 centimes par opération), elle en exonère les paiements effectués par e-banking. A terme, la majorité des clients devraient opter pour ce genre de modèle. A la BCGe, les pages imprimées ont été réduites de 44% dans les deux ans qui ont suivi l'introduction des relevés électroniques. Les clients disposés à limiter les retraits depuis leurs comptes profitent également de taux d'intérêt plus favorables. Les banques proposent en la matière diverses variantes: Les comptes épargne-placement. La BCF par exemple offre 0,6% d'intérêt en plus aux clients acceptant de plafonner leurs retraits annuels à 10000 francs par an au lieu de 50000 sur un compte épargne traditionnel. En outre, le délai pour préaviser un retrait plus important est étendu de 3 à 6 mois. Des produits similaires sont offerts par la BCN et la Banque Migros. Les comptes à intérêt progressif. Proposés notamment par la BCV, CS et la BCVs, ces produits prévoient une augmentation par paliers du taux d'intérêt si certaines conditions sont remplies. A la BCVs, par exemple, le taux passe de 0,875% à 1,875% en quatre ans si aucun retrait n'est effectué. Prime sur les nouveaux apports. Coop, qui applique ce modèle, offre, pendant la première année, 1,75% d'intérêt au lieu de 0,75% sur les nouveaux apports déposés sur un compte aux conditions de retrait par ailleurs nettement plus restrictives que pour un compte épargne ordinaire. Le fait d'avoir contracté par ailleurs une hypothèque auprès de la banque permet également d'accéder parfois à des conditions plus favorables en termes de rémunération nette des avoirs. A la BCGe, par exemple, cela procure un bonus de 0,5% sur le taux du compte épargne. Les clients disposant d'un mandat de gestion auprès de la banque profitent également de 0,5% de bonus, tout comme ceux qui renoncent à retirer de l'argent sur le compte épargne durant l'année entière. A noter que ces différentes conditions peuvent être cumulées, si bien que le taux d'épargne de base - très bas à la BCGe - peut finalement passer de 0,625% à 2,125%. Et même à 2,625% si le client est par ailleurs actionnaire de l'établissement! Par rapport aux offres standards analysées dans notre ranking, les conditions de base peuvent donc changer très radicalement si l'on rejette l'une ou l'autre hypothèse concernant le profil du client. A la BCGe, on fait remarquer que les frais facturés ne sont «qu'un des éléments» entrant dans le choix d'une banque. La densité du réseau d'agences, le nombre de bancomats et d'espaces 24h/24 ou encore les horaires d'ouverture jouent un rôle non négligeable. De ce point de vue, la BCJ, grand vainqueur du ranking, n'est certainement pas la banque la mieux dotée. Et à l'inverse, les banques disposant des meilleures infrastructures - les grandes banques - figurent en queue de classement. Des pommes et des poires Cela dit, ce lien n'a rien de rigidement mathématique. Certaines petites banques, comme la BCN, sont mal classées, alors que des établissements disposant d'un très vaste réseau - comme PostFinance - s'en sortent très honorablement. Le degré d'intensité de l'activité du client sur ses comptes peut changer passablement la donne également. Intégrer toutes les variables de frais dans un modèle mathématique stable et parlant s'est toutefois avéré illusoire dans le cadre de cette enquête. Cela tient en partie à la nature très différente des innombrables types de frais que les banques peuvent être amenées à prélever (périodiques, ponctuels, circonstanciels, liés au volume, etc.). En outre, pour un certain nombre de variables, il s'est avéré particulièrement ardu d'obtenir des banques des données suffisamment précises pour être certain de ne pas comparer des pommes et des poires. C'est le cas en particulier des opérations de trafic des paiements où frais de port et de tiers jouent un rôle aussi déterminant que difficile à fixer avec précision. Rectificatif Bilan s'en excuse auprès de Credit Suisse (CS): diverses données concernant la banque, publiées dans le cadre de la comparaison des frais de courtage parue dans le numéro 250 du 21 mai dernier, étaient erronées. Le courtage prélevé pour l'achat de 800000 francs en actions suisses en e-banking se monte à 2775 francs et non 4175 francs. Cela reste le tarif le plus cher parmi ceux comparés, mais le rapport avec le moins cher (Banque Migros) n'est pas de 1 à 100 comme indiqué dans le titre de l'article, mais de 1 à 70. Opérée de façon classique, cette même transaction coûte 2800 francs chez CS (et non 4200), tarif qui reste le plus élevé de l'échantillon, à égalité avec celui pratiqué par la Banque Cantonale de Fribourg. Pour un investissement de 80000 francs, les frais de courtage prélevés par CS sont de 775 francs (et non 815) en e-banking et de 800 francs (et non 840) dans le cadre d'une transaction classique. Dans le premier cas, CS reste l'établissement le plus cher de l'échantillon. Dans le second, le tarif tombe au niveau de celui pratiqué par une demi-douzaine d'autres banques. Les courtages publiés pour des transactions portant sur de plus petits montants (5000 et 15000 francs) sont corrects. Les actionnaires choyés Bilan a établi deux rankings, l'un reposant sur les conditions «ordinaires» offertes aux clients et l'autre intégrant les éventuels privilèges dont ils jouissent s'ils décident de devenir actionnaires ou sociétaires de l'établissement. En l'occurrence, ce double régime existe dans quatre des banques examinées. Chez Raiffeisen, la majorité des clients détient une part sociale de 200 francs qui leur est remboursée en tout temps sur demande. A la BCJ, l'acquisition d'au moins cinq actions est nécessaire (valeur boursière actuelle: environ 65 francs), à la BCVs une action suffit (environ 500 francs) et à la BCGE il en faut 20 (environ 5000 francs). L'épargne en ligne Des banques en ligne proposent désormais des comptes épargne et des dépôts à terme. Ne couvrant toutefois de loin pas toute la palette de prestations bancaires de base (pas de trafic des paiements, pas de retraits physiques, etc.), elles représentent plus des compléments que des substituts aux banques classiques. Le broker en ligne Swissquote offrait 1,61% sur son compte épargne à la date de référence de cette enquête (le 1er juin). En comparaison, les taux les plus élevés sur le marché classique se situent de 1,25% à 1,5%. Le taux offert pour le compte à terme à un an (2,64%) est plutôt dans le bas de la fourchette, mais peut être ouvert avec de faibles montants déjà. La petite banque islandaise Kaupthing a lancé en Suisse des produits en ligne similaires, sans offrir de possibilités de trading par ailleurs. Le taux actuellement offert sur le compte d'épargne est de 4%, mais il s'agit d'un taux promotionnel. Le taux de référence choisi par la banque se situait aux alentours de 2% début juin. Le compte à terme un an est, lui, rémunéré à 3,5%. Les banques classiques offrent entre 2,5 et 2,9%. Photo: BCJ Delemont /© D.R.

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