Bilan

Condamin-Gerbier risque jusqu'à trois ans de prison

Témoin-clé dans l'affaire Cahuzac, Pierre Condamin-Gerbier a été arrêté le 5 juillet à son retour en Suisse. Le Ministère public de la Confédération confirme l'ouverture d'une instruction pénale contre le Français.
«Pierre aurait été arrêté il y a huit jours environ, à son retour de Paris», confiait hier à la Tribune de Genève un proche de la famille de l'ex-cadre de la banque genevoise Reyl. Ce samedi 13 juillet, le Ministère public de la Confédération a confirmé nos informations: le Français est en détention préventive et une instruction pénale a été ouverte contre lui. On l'accuse en particulier de «service de renseignement économique», autrement dit d'avoir transmis à des tiers des données bancaires.

Pierre Condamin-Gerbier avait été entendu comme témoin les 12 juin et 3 juillet derniers par la commission d'enquête parlementaire française, chargée de faire la lumière sur les éventuels dysfonctionnements de l'Etat dans l'affaire Cahuzac. C'est seulement le surlendemain de la seconde audience, à son retour en Suisse, que l'homme a été arrêté.

Il avait fait parler de lui en France non seulement pour son témoignage dans l'affaire Cahuzac, mais aussi parce qu'il prétendait détenir une liste de politiciens français connus, de gauche comme de droite, qui avaient caché de l'argent en Suisse.

Originaire de Saint-Etienne (F) et vivant dans un bel appartement à Saint-Prex (VD), Pierre Condamin-Gerbier passe du statut de dénonciateur à celui de suspect. Toujours bien mis, grand orateur, l'ancien responsable de la section Suisse de l'UMP entre 2005 et 2008 aura 43 ans le 27 juillet prochain; il s'était marié le 19 octobre 2012 à Morges et est le père d'une petite fille née le 13 janvier dernier.

Pierre Condamin Gerbier devait accorder une interview à la Tribune de Genève mardi dernier. Mais il n'avait plus donné signe de vie depuis le jeudi 4 juillet. Et pour cause. Comme l'indiquait un proche avant la confirmation officielle de son interpellation: «Depuis une semaine, on ne peut plus le contacter, ce qui ne peut que corroborer la thèse de l'arrestation.»

Bonhôte, UBS, Reyl, etc.

Sa carrière aurait pu être brillante, mais elle connaît un sérieux coup d'arrêt. Super concierge pour les fortunés, il officie à Londres et dans les Iles anglo-normandes avant d'arriver à Genève en 2004.

Six mois à la banque Bonhôte; UBS, ensuite, un an à peine. Licenciement immédiat pour «abus de confiance», comme la Tribune de Genève a pu le lire sur le jugement P/1045/2006. Le Français s'est «trompé» de carte 192 fois entre le 16 mai et le 27 décembre 2005, pour un montant dépassant les 40'000 francs. Il a reconnu les faits et ne s'est pas opposé au jugement. Devant son employeur, il a même expliqué avoir dû piocher dans la caisse pour «aider financièrement [sa] mère» qui a un commerce de vêtements à la peine dans la région de Saint-Etienne. Mais, à Paris, il a affirmé qu'il s'agissait d'une seule utilisation «maladroite» de sa carte de crédit professionnel.

Reyl ensuite, où il tient son rang durant 4 ans. Jusqu’à ce que la banque privée se rende compte de la condamnation pénale de son collaborateur. Rebelote. Pierre Gerbier, qui a ajouté le nom de sa mère dans l’intervalle depuis l’affaire UBS «pour brouiller les pistes suite à sa condamnation pénale», croit savoir une source chez UBS, se retrouve de nouveau sur le marché du travail.

Dans le collimateur de l'Office des poursuites de Morges

Il décroche un emploi au sein du family office d’Intuitae. Il est mis fin à son contrat «au bout de 6 mois d’activité non concluante », admet-on dans l’institut qui reconnaît une «erreur de recrutement». Après avoir écumé ces banques de la place financière, Condamin-Gerbier se retrouve errant près de deux ans sur le marché du travail.

A la Banque Bénédict Hentsch, il officie ensuite 6 mois. Pour expliquer ce cours passage, l'établissement avance un mandat tout simplement arrivé à son terme, tout en reconnaissant qu’il s’agit d’un «beau parleur inspirant confiance».

Nous sommes courant 2012. L’homme affirme avoir son propre portefeuille de clients. Mais pour son beau-père, il est au chômage. C’est aussi ce que Gerbier confirmera au tribunal de Nyon en juin dernier. En attendant, l’homme est ruiné. Fini le temps où il roulait dans une Audi S5 ronflante. Pris à la gorge, il a rendu la voiture au concessionnaire et roule en scooter. Aujourd’hui quelque 153'000 francs de dettes sont consignés à l’Office de poursuites de Morges, selon un document que la Tribune de Genève a pu se procurer.

Contradictions et mensonges

Devant la commission d’enquête parlementaire française, il a affirmé que le journal L’Agefi, où est paru un article le discréditant, et Reyl ont un administrateur commun. Ce qui est faux. Démenti du journal financier romand le lendemain.

Autre grosse erreur, il a confié au site Mediapart le nom d'un banquier du Credit Suisse qui lui aurait remis 1 million de francs suisses en cash dans les années 90, quand il travaillait entre Londres et Guernesey. Faux. L’homme en question n’a jamais travaillé chez Credit Suisse. Il a fait toute sa carrière chez UBS. Ni l’un ni l’autre établissement ne veut commenter.

Aujourd'hui, Pierre Condamin-Gerbier est donc entre les mains de la justice suisse. Son arrestation, les zones d'ombre du personnage et ses contradictions viennent entacher l'image de chevalier anti-évasion fiscale que certains en France avaient donnée de lui.
Marion Moussadek

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