Bilan

Compétitivité suisse: "l'avertissement" du WEF

Après 8 ans en tête du classement de compétitivité du WEF, la Suisse chute en 2018 à la quatrième place. L'institution met en garde contre "un risque latent de complaisance" et un manque de vision des pouvoirs publics.

L’indice du WEF relève un coût élevé (46e rang), et un temps de démarrage long (60e rang) pour lancer un business en Suisse.

Crédits: afp

L’indice de compétitivité du Forum économique mondial a été profondément remanié cette année, avec près de deux tiers de nouveaux critères. Et il ne sourit pas particulièrement à la Suisse. Distancé par Les Etats-Unis et Singapour, le pays se retrouve dans un mouchoir de poche aux côtés de l’Allemagne, le Japon, les Pays-bas et Hong Kong, alors même que sa domination n’avait pas été remise en cause depuis le début de la décennie. 

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Aversion au risque pénalisante

Première surprise, la question de l’innovation. Encore bien positionnée sur le nombre de brevets par habitant, la Suisse descend malgré tout à la troisième place sur sa capacité à innover et ne fait pas mieux que 20e en termes de dynamisme des affaires.  Thierry Geiger, économiste, responsable de la recherche et de l’impact régional au World economic forum met en avant une analyse plus fine de la culture entrepreneuriale dans le nouveau format de l’étude : «L’idée est de déterminer si le terreau est fertile à l’innovation. Les brevets déposés par les grandes industries ne suffisent plus à évaluer le dynamisme d’un pays. La qualité de la recherche académique, mais également la culture du risque sont des éléments déterminants. En Suisse, on voit encore l’échec comme stigmatisant, en comparaison avec les Etats-Unis ou Israël, où il fait partie intégrante du parcours.»

De fait, la Suisse n’apparaît qu’en 24e position sur la question de l’attitude face au risque entrepreneurial, ou encore 19è sur la capacité des entreprises à adopter «les idées disruptives». L’indice relève également un coût élevé (46e rang), et un temps de démarrage long (60e rang) pour initier un business. Facteur qui interroge sur le long terme, le pays pointe à la 20è place en termes de qualité des institutions de recherche. 

Politiques publiques, inquiétude pour l’avenir

Si la stabilité des institutions et du système financier sont reconnues, la rapport pointe en revanche une complexité administrative qui freine l’accès du marché suisse aux entreprises étrangères. En particulier l’illisibilité totale des tarifs douaniers (140e position mondiale), qui, dans l’approche du WEF, constitue un frein à la compétitivité, comme le détaille l’économiste Thierry Geiger: «Les tarifs douaniers suisses accumulent les exceptions, ce qui restreint significativement l’accès à ce marché. Or, nous considérons que l’ouverture constitue par la concurrence qu’elle génère un facteur global de compétitivité et de croissance à long terme.»

Au-delà des barrières administratives, les pouvoirs publics sont mis en cause pour leur manque d’anticipation des enjeux d’avenir. Avec un score de 69,9 (dixième place), le pays se situe très loin du leader Singapour (86 points) sur la question de l’«orientation future du gouvernement.» Thierry Geiger relève «une vision» pas toujours suffisante, notamment sur l’adaptation de la législation au numérique. La faible digitalisation administrative se traduit par une 40e place en termes d’e-participation.

Souvent vantée pour la qualité de ses infrastructures, la Suisse dispose selon le WEF d’une marge de progression significative. 15e en termes d’adoption des nouvelles technologies, elle est pénalisée par le déploiement modéré de la fibre optique (34e). Un détail qui n’en est pas un, pour Thierry Geiger: «Bien sûr qu’aujourd’hui on peut faire sans, mais rapidement, avec l’augmentation du volume de données en circulation, la fibre optique pourrait prendre une importance structurante dans l’économie. C’est le sens de nos nouveaux critères: mettre en perspective la situation actuelle avec l’avenir proche, car les chamboulements sont de plus en plus rapides. D’où l’idée de donner un avertissement. La Suisse affiche encore de très bons résultats, mais en conséquence, elle fait face à un risque latent de complaisance dont elle doit se prémunir.»

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Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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