Bilan

Commerce Suisse presse Berne de s'amarrer au TTIP

Les négociations entre les Etats-Unis et l'UE sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) vont bon train.

Si la Suisse rate le coche du TTIP, la perte de revenus pourrait représenter l'équivalent d'un treizième mois de salaire, calcule Commerce Suisse.

Crédits: AFP

Les négociations entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE) sur le partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP) vont bon train. Commerce Suisse monte au créneau pour que Berne s'amarre au futur traité. L'organisation faîtière craint sinon un recul allant jusqu'à 15% des exportations, selon ses propres estimations.

Si la Suisse rate le coche du TTIP, la perte de revenus pourrait représenter jusqu'à 7% pour chaque citoyen, soit l'équivalent d'un treizième mois de salaire, calcule Commerce Suisse. Et le pays figurera au rang des perdants, avec un repli de son produit intérieur brut (PIB) estimé à 3,8%, montre une étude de l'institut munichois Ifo.

Les représentants du secteur du commerce se préoccupent aussi de l'avenir politique du traité. "En cas de victoire d'un Donald Trump aux visées protectionnistes, il faut s'attendre à un gel de l'accord", s'est inquiété mardi devant les médias à Zurich Kasper Engeli, directeur de l'organisation.

Les partenaires du TTIP englobent à eux deux près de la moitié de l'économie mondiale. Ils absorbent les deux tiers du commerce extérieur helvétique. C'est pourquoi en Suisse, les incidences de cette alliance en construction nourrissent le débat.

"Clause d'amarrage"

En août dernier, Jean-Marc Probst, président de Commerce Suisse, accompagnait le conseiller fédéral, Johann Schneider-Ammann, à Washington pour la signature de l'accord sur la formation duale. C'est à cette occasion que la délégation américaine du TTIP a évoqué l'idée d'une clause d'amarrage ("docking clause"), a-t-il expliqué.

Le but est de permettre à des Etats tiers de bénéficier de l'accord de libre-échange, pour autant qu'ils adhèrent à l'intégralité du texte, explique M. Probst. "Les Américains s'intéressent à une telle clause, pour ouvrir la porte en priorité au Canada et au Mexique", selon lui.

Voilà pour la Suisse une chance à saisir, insiste Commerce Suisse. "Outre-Atlantique, les entreprises helvétiques occupent 505'000 salariés". L'organisation sectorielle compte donc sur le soutien américain pour bénéficier à terme aussi de la "docking clause".

Accès simplifié pour l'UE

Dans la future alliance, l'UE est certes plus demandeuse que les Etats-Unis, davantage tournés vers l'Asie. Pour rappel, le traité équivalent de partenariat transpacifique (TTP) a lui déjà été adopté, sans la Chine, en octobre 2015.

Le 12e cycle de négociations sur le TTIP vient de se clore fin février à Bruxelles. Allègements à l'exportation et accès simplifié pour l'Europe aux marchés publics américains étaient au menu. Les aspects non tarifaires sont tout aussi intéressants, a souligné M. Engeli.

Désormais, l'UE serait prête à renoncer à la quasi-totalité des droits d'importation sur les marchandises américaines, à l'exception de la plupart des produits agricoles. Aujourd'hui, la moitié des produits échangés sont soumis à des droits de douane d'environ 2%, rappelle Commerce Suisse.

Appel aux paysans

Sans adhésion, l'organisation faîtière table sur une hausse des prix à l'importation et à la consommation en Suisse. D'une part, les certifications, pour les entreprises locales, seront plus onéreuses et d'autre part, les produits européens et américains auront un avantage concurrentiel sur les produits indigènes, selon elle.

Au contraire, les exportations vers les Etats-Unis profiteront du texte, assure Commerce Suisse. Le secteur escompte une hausse allant jusqu'à 20% des échanges vers les Etats-Unis, à 11 milliards de francs et de 2 à 3% vers l'Europe, à 130 milliards, selon ses pronostics.

Kasper Engeli exhorte le secteur agraire à l'ouverture. Il rappelle que les milieux paysans en Suisse ont déjà fait capoter un premier projet d'accord bilatéral de libre-échange avec les Etats-Unis, quasi prêt pour signature. Le texte serait entré en vigueur voici 10 ans.

M. Engeli voit pourtant des opportunités pour l'agriculture aussi. "Grâce à la protection assurée par les appellations d'origine contrôlée et le meilleur accès au marché, les produits de pointe suisses, tels que le fromage, la viande des Grisons, le chocolat ou les produits laitiers, ont beaucoup plus de facilité pour s'établir sur le marché américain", affirme-t-il.

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