Bilan

Comment une PME de 30 personnes peut-elle faire de la R&D?

Pour Vincent Comte, l'innovation est intégrée à l'ensemble des stratégies d'entreprises en Suisse, mais comment permettre aux PME d'aller plus loin et de faire de la R&D? Le dirigeant de la PME Electromag partage son expérience.

Vincent Comte, directeur de Electromag.

Crédits: DR

Si le terme innovation semble désormais familier à toutes les entreprises (de la start-up au grand compte en passant par la PME) il en va différemment de la R&D. En effet, la recherche et développement désigne autant l’activité spéculative que les applications qui peuvent découler ou ne pas découler de cette activité. Ce terme, né à la fin des années 50 dans l’ingénierie, peut recouvrir beaucoup de sujets et ne se cantonne pas au secteur de l’entreprise. Spontanément on a tendance à associer la recherche fondamentale avec le secteur académique et la recherche appliquée avec le secteur de l’entreprise. Mais les choses ne sont pas si tranchées.

Dans une étude du BFS sur «les dépenses de R&D en Suisse selon le secteur d’activité de 2000 à 2015», on apprend que le secteur des entreprises privées constitue le pilier central de la R&D (70% des dépenses), devançant le secteur des Hautes écoles (27%), celui des institutions privées et de la Confédération. La branche pharmacie arrive en tête avec 35% du total des dépenses, elle est suivie par le secteur des technologies qui représente 18% de ces mêmes dépenses. Or si les entreprises suisses investissent énormément dans la R&D, on se doute que la tâche n’a rien de facile pour les PME qui ont forcément moins de moyens. Même si les PME suisses sont loin d’être absentes car selon l’OFS, elles ont dépensé 12,8 milliards CHF et arrivent en cinquième place juste après Israël, la Corée du Sud, la Finlande et la Suède en termes de R&D. 

Mais comment faire pour qu’une entreprise de taille moyenne soit en mesure d’entretenir un département dédié à la R&D, sachant que celle-ci nécessite des moyens colossaux ? Comment celui-ci peut-il se maintenir à un bon niveau sans que cela consomme toutes les marges générées par l’entreprise ? Précisons que les entreprises de taille moyenne qui continuent de donner une place stratégique à la R&D sont souvent issues de celle-ci…. Autrement dit ce sont des projets de recherche qui ont réussi leur développement. Aussi tout l’enjeu pour elles, est de continuer à faire exister ce « moteur » qui les a porté sur les fonds baptismaux de l’entrepreneuriat. 

Alors qu’un grand compte industriel n’aura aucune peine à soutenir un département R&D entier, pour une PME, il est beaucoup plus compliqué de mobiliser des ressources sur cette tâche. Très souvent ces personnes devront être polyvalentes et ne consacrer qu’une partie de leur temps de travail à des activités de recherche, pendant qu’ils vaqueront à des tâches plus fastidieuses. Pour cela ils devront avoir un espace dédié au sein de l’entreprise et surtout disposer de moyens. Ce mini-laboratoire doit leur offrir l’équipement pour qu’ils puissent évaluer de nouvelles idées dans une environnement présentant très peu de contrainte. A cela s’ajoute une nécessaire déconnexion : entendez, la R&D doit échapper aux contraintes qui sont imposées aux projets usuels. Bien évidemment les ressources devront disposer de temps et d’un budget dédié. 

Une deuxième solution pour une PME consiste à établir des partenariats de recherche. Une entité peut tout à fait imaginer réaliser une collaboration avec une université ou une grande école. Ces dernières peuvent se révéler comme étant des partenaires particulièrement utiles, notamment pour la partie « Recherche », la partie « Développement » , elle, pouvant être réalisée par l’entreprise. L’objectif est alors de créer un cercle vertueux. D’une part l’entreprise profite de la compétence et de la disponibilité des laboratoires universitaires, d’autre part, les étudiants, eux, peuvent s’appuyer sur le professionnalisme des entreprises pour faire fabriquer plus rapidement des prototypes.

Il y a une véritable complémentarité entre les écoles et les entreprises du fait que les premières peuvent trouver dans les secondes un partenaire idéal pour tester et développer rapidement leurs solutions. Quant aux entreprises partenaires, elles bénéficient d’une économie de moyens en disposant d’infrastructures qu’elles n’auraient sans doute pas la possibilité de financer. Cette solution, soulignons-le, n’est pas sans inconvénient, car elle stipule une certaine fluidité entre les deux univers que parfois tout oppose, et nécessite beaucoup d’effort et de concession pour passer de la solution théorique à la solution industrialisée. Il est nécessaire pour ce faire de disposer d’une interface humaine ainsi que d’un process bien rodé qui permettent de fluidifier la relation.

Très souvent une PME sera plus proche du système D que de la R&D… Mais comme on le voit cela n’a rien de la mission impossible. Notons au passage que plus une entreprise grossit et plus il est difficile pour elle de maintenir sa capacité à être inventive - il suffit pour s’en convaincre de voir l’argent que déboursent les grands groupes pour acquérir des petites structures innovantes et qui pourraient venir les concurrencer. De ce fait, on aurait tort d’imaginer une situation à la David vs Goliath. La PME, par sa taille, dispose de peu de moyens, mais, par sa nature et sa structure, a une capacité et une souplesse propice à l’innovation, que la grande entreprise, elle, a bien souvent perdu. Cette ouverture d’esprit spontanée est donc un terroir propice à la R&D.

 

*directeur de Electromag

Vincent Comte*

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