Bilan

Comment se forger un mental de gagnante

Alors que les femmes sont toujours plus diplômées, elles restent freinées dans l’accès aux responsabilités. Comment surmonter les obstacles? Voici quelques clés.
  • BKW vient de racheter la Zurichoise enerpeak, qui a réalisé notamment la planification électrique des cinémas Pathé à Berne.

    Crédits: Dr
  • Simona Scarpaleggia dirige Ikea Suisse, où la moitié des cadres sont des femmes.

    Crédits: Pablo Gianinazzi/Keystone

Depuis une dizaine d’années, les femmes sont en Suisse plus nombreuses que les hommes à sortir des universités, selon l’OFS (Office fédéral de la statistique). Or, dans les comités de direction, leur proportion plafonne à 8% et à 14% dans les conseils d’administration, d’après le rapport Guido Schilling. 

Pour atteindre parité et égalité, les femmes doivent se forger un moral de gagnantes et faire les bons choix stratégiques. Le consultant américain Harvey Coleman* a développé un modèle abrégé PIE pour Performance, Image et Exposure (exposition). L’image se rapporte à votre «marque personnelle», soit les qualités que vous voulez faire valoir. L’exposition consiste à faire connaître vos succès jusqu’au sommet de la hiérarchie et à un maximum de décideurs. Le réel choc produit par la théorie de Harvey Coleman provient de l’importance relative des trois facteurs. Dans une carrière, la performance ne compte que pour 10%. L’image pour 30%. L’exposition représente la part du lion avec 60%. Autrement dit, 90% de votre réussite dépend de votre attitude sociale.

Directrice d’Ikea Suisse, Simona Scarpaleggia a instauré une politique de diversité aux résultats tangibles: la moitié des postes de cadres sont occupés par des femmes. Or, un discours très présent affirme que les candidates adéquates font défaut. «Cette perception provient d’une vision biaisée des forces de travail. Chez Ikea, nous avons levé plusieurs obstacles
à la compatibilité du travail et de la famille. Nous avons introduit le temps partiel dans le management, les horaires flexibles, le home office, le job sharing et jusqu’à deux mois de congé paternité.» Comme quoi, si on veut, on peut.

Professeure à la Harvard’s Kennedy School et administratrice de Credit Suisse, Iris Bohnet a publié un ouvrage** qui préconise de désamorcer les biais inconscients. L’académicienne déclarait à CNBC: «Les mentalités sont malheureusement très difficiles à faire changer. Nous avons tous tendance à associer l’autorité et l’expertise aux hommes plutôt qu’aux femmes.» Les standards privilégient la compétitivité et les marques de confiance en soi, une façon de communiquer que les hommes apprennent dès leur plus jeune âge.

«Le système pénalise tout individu qui s’écarte de ce stéréotype.» L’experte d’origine lucernoise cite volontiers l’exemple des orchestres américains longtemps presque exclusivement masculins. Solution: lever le biais. Lorsque les auditions ont été passées derrière un rideau afin de dissimuler le genre du musicien, la proportion de femmes a fait un bond de 5 à 40%.

«Il ne s’agit pas que du genre. Les études montrent que les collèges les plus hétérogènes, également en termes d’âge et d’origine, prennent les meilleures décisions. Toute la société en ressort gagnante», pointe Emilia Pasquier. La directrice du think tank Foraus recommande: «Il faut adopter une démarche proactive en faveur des femmes et neutraliser les biais inconscients. De leur côté, les femmes doivent améliorer leur visibilité, répondre aux interviews et s’exprimer dans les panels.» Car, conditionnées durant des siècles à se sentir subordonnées aux hommes, les femmes peinent à se vendre. Selon Simona Scarpaleggia,«les femmes ont tendance à minimiser leurs compétences alors qu’elles constituent la clé d’une carrière réussie. Elles cherchent à ramener leur succès au niveau de ce que leurs interlocuteurs attendent d’elles.»

Développer ses réseaux

Présidente du comité du Groupe Mutuel, Karin Perraudin prolonge: «Les femmes doivent croire en elles et trouver des exemples les incitant à embrasser des carrières de haut niveau.» Tous les interlocuteurs soulignent le rôle déterminant des modèles. A ce titre, la Valaisanne cite la libérale-radicale Chantal Balet, ancienne directrice romande d’EconomieSuisse et administratrice de nombreuses entreprises. «Cette avocate a ouvert le chemin dans un canton considéré comme plutôt conservateur.» 

Directeur romand d’Avenir Suisse, Tibère Adler constate quant à lui que les hommes sont encore toujours largement majoritaires dans les cercles de travail des dirigeants d’entreprise. L’ancien avocat souligne que «les femmes privilégient plutôt les relations personnelles. Pour leur carrière, elles devraient être plus attentives à développer leurs réseaux humains et professionnels, ce que les hommes ont tendance à faire naturellement.»

* «Empowering Yourself, The Organizational Game Revealed», Harvey Coleman, AuthorHouse, 1996.
** «What Works: Gender Equality by Design», Iris Bohnet, Harvard University Press, 2016.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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