Bilan

Comment rester riche une fois à la retraite

Optimiser la prévoyance professionnelle permet aux personnes aisées de faire fructifier de jolies sommes grâce aux allègements fiscaux. A certaines conditions.
  • La prévoyance est une cagnotte qu’on peut faire fructifier sans charges fiscales liées à l’impôt sur la fortune. 

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  • La spécialiste Valérie Chausse recommande une planification financière «prudente».

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Le seul gain vraiment garanti est le gain fiscal, rappellent volontiers à leurs clients les as de l’optimisation fiscale. Une optimisation qui, pour les contribuables domiciliés en Suisse, ne saurait ignorer la case prévoyance tant les gains potentiels d’une bonne planification en la matière sont importants. 

Cette planification se fonde sur le principe de la déduction des cotisations et de l’imposition allégée de la prévoyance professionnelle.

 «Un client avait placé son libre passage dans une fondation de libre passage à Schwytz fin 2008, en choisissant une stratégie de placement comportant une part importante d’actions, conscient de prendre un risque élevé, mais qu’il pouvait supporter. Cet argent a prospéré sans charges fiscales et il a retiré récemment 9 millions de francs soumis aux règles d’imposition allégées de la prévoyance», raconte Gladys Laffely Maillard, experte en fiscalité de la prévoyance. 

Réaliser une telle opération n’est toutefois pas à la portée de tout un chacun. Il faut d’abord disposer d’un libre passage de plusieurs millions de francs quelques années avant l’âge programmé pour sa retraite. Ce qui suppose d’avoir réalisé pendant de nombreuses années le revenu professionnel maximal annuel de 846 000 francs assurable au 2e pilier et de bénéficier d’un bel étage généreux prévoyant des cotisations cumulées employeur et employé à hauteur de 25% du salaire AVS. En outre, il convient de prévoir suffisamment à l’avance qu’on préfère bénéficier de l’épargne accumulée dans son 2e pilier sous forme de sortie en capital, et non de rente. 

Bref, autant de conditions difficiles à réunir pour qui n’appartient pas au club des HNWI – les «High-Net-Worth Individuals» disposant d’une épargne d’au moins 1 million de dollars hors résidence principale – voire à celui très fermé des ultra-HNWI, possédant plus de 30 millions de dollars.

Le libre passage, c’est avant 58 ans

Pour ceux d’entre eux qui résident en Suisse, la prévoyance professionnelle constitue une cagnotte qu’ils peuvent faire fructifier sans charges fiscales liées à l’impôt sur la fortune. «A l’exception des Américains, précise cette experte. Ces derniers sont taxés par le fisc de leur pays de manière extraterritoriale sur tous leurs biens.» 

Les autres peuvent même optimiser la gestion de tous leurs avoirs, s’ils ont opté pour choisir la stratégie de placement de leur prévoyance professionnelle surobligatoire. Ce que permettent les fondations de prévoyance n’assurant que les personnes percevant un revenu professionnel annuel supérieur à 126  900 francs. L’idéal est d’investir, dans l’enveloppe prévoyance, les placements dégageant des revenus – ainsi non taxés durant la période de prévoyance – tandis que les actions et autres produits à plus-value aléatoire et forte volatilité seront placés dans le compte titres de la personne, géré par son banquier habituel.

La plupart des banques pratiquant la gestion de fortune, comme Lombard Odier ou Credit Suisse, travaillent en collaboration avec des fondations de prévoyance proposant la libre stratégie de placement pour la partie surobligatoire de la prévoyance. Il s’agit par exemple de Liberty ou Elite, toutes deux domiciliées à Schwytz où le retrait du capital de prévoyance est taxé à taux modéré. Pictet et UBS disposent, elles, de leur propre fondation de prévoyance à destination de la clientèle. Elles peuvent donc développer à l’interne une stratégie patrimoniale globale intégrant la prévoyance, adaptée à chaque client.

Reste qu’optimiser la gestion de sa prévoyance suppose d’avoir une vision à long terme dès son début de carrière. Ainsi, nombre de caisses de pension autorisent une retraite anticipée dès 58 ans. Celui qui veut sortir son libre passage pour le faire gérer dans une fondation ad hoc jusqu’à ses 70 ans doit donc «cesser toute activité lucrative et sortir l’argent de sa caisse de pension avant ses 58 ans, avertit la fiscaliste. A un âge plus avancé et à défaut de poursuite d’une activité professionnelle, le fisc considérera qu’il s’agit d’une prestation de vieillesse, taxée comme telle.»

De plus, «comme un retrait en capital n’est possible que trois ans au plus tôt après un rachat, toute cette stratégie doit être pensée et réalisée avant l’âge de 54 ans», précise encore cette spécialiste.  

Retraite dorée à l’étranger

Les personnes suffisamment riches envisagent également parfois de prendre leur retraite sous d’autres cieux pour récupérer l’impôt à la source prélevé lors du retrait en capital de leur avoir de vieillesse. «C’est possible, à condition d’avoir déménagé avant le retrait – soit souvent juste avant ses 70 ans – dans un pays, la Thaïlande par exemple, ayant conclu une convention fiscale avec la Suisse. Dans ce cas, l’impôt versé en Suisse est récupérable, indique Gladys Laffely Maillard, et il n’y aura pas d’imposition en Thaïlande.» Et de préciser que «cette lacune qui a été très largement exploitée, vis-à-vis de la France notamment, est comblée petit à petit par des conventions internationales». Celui qui choisit d’élire domicile à Monaco «ne pourra pas récupérer cet impôt à la source, faute d’une convention fiscale passée entre la Suisse et Monaco». 

Dans tous les cas, pour un libre passage placé dans une fondation domiciliée à Schwytz, l’impôt à acquitter lors du retrait sera très doux: «4,8% au maximum.»  Pour les résidents des cantons de Vaud et Genève – qui craignent l’impôt sur la fortune, en sus de l’impôt sur les successions pour les Vaudois –  «il est possible de quitter la Suisse en étant encore en activité professionnelle, à condition de se créer un domicile fiscal effectif à l’étranger», précise encore cette experte. D’où de longues vacances en fin de carrière, judicieusement utilisées pour déménager à l’étranger et échapper ainsi à l’impôt sur la fortune après retrait de l’avoir de vieillesse. 

Ne pas sous-estimer ses dépenses à la retraite

Les personnes qui souhaitent rester en Suisse au moment de leur retraite gagneraient à établir une planification financière quelques années auparavant. Valérie Chausse, responsable de la planification patrimoniale à Credit Suisse de Genève, rencontre souvent des personnes propriétaires d’une entreprise ou de biens immobiliers, voire des deux «qui sous-estiment leurs besoins de revenus sur le long terme et surestiment la baisse d’impôt dont ils espèrent bénéficier après la retraite».

La planification financière qu’elle propose est volontairement «très prudente»: «Nous indexons le coût de la vie de 1 à 1,5% par an mais, par mesure de sécurité, nous n’indexons en principe ni les loyers perçus, ni les rentes de vieillesse, ni les revenus du capital.» A cette aune, les différentes «poches» constituant le patrimoine peuvent se dégonfler parfois assez vite. 

Une photographie des revenus, de la fortune, des impôts et de leur évolution prévisible permet d’«établir une première estimation du nombre d’années durant lesquelles les rentes de vieillesse et le capital mobilier et immobilier seront suffisants pour assurer le niveau de vie souhaité». 

En matière de prévoyance, «il convient d’examiner les conséquences d’une sortie en capital ou en rente, voire d’un mixte des deux». Les propriétaires immobiliers peuvent également «programmer des travaux d’entretien ou d’amélioration du logement et calculer le montant de dette hypothécaire à conserver à long terme, sans oublier de tenir compte d’une éventuelle variation des taux d’intérêt», signale cette experte. 

Au vu de cette planification, «certaines personnes constatent qu’elles ont intérêt à redevenir locataires à l’âge de la retraite». Reste que «s’il y a un déficit des revenus projetés par rapport aux dépenses prévues, c’est généralement une partie du patrimoine mobilier qui va être progressivement consommée et les impôts seront alors moins importants». 

Enfin, la prévoyance au sens large suppose «de prévoir les revenus dont disposerait son conjoint en cas de décès et d’organiser sa succession».

Geneviève Brunet

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