Bilan

Comment Minder a triomphé sur internet

Tournant politique: le web, et particulièrement les réseaux sociaux, a joué un rôle déterminant dans la votation contre les rémunérations abusives, acceptée par le peuple à 67,9%.
  • L’entrepreneur de Schaffhouse a gagné la partie en dehors des règles politiques usuelles en Suisse. Crédits: Coffrini/AFP, Dr
  • Les fans de Minderse sont démenés sur Facebook pour faire gagner leur héros. Claude Blanc, Charly Pacheet François Meylanont tenu en haleine la Suisse romande sur leur fils respectif. Crédits: Dr
  • Les fans de Minderse sont démenés sur Facebook pour faire gagner leur héros. Claude Blanc, Charly Pacheet François Meylanont tenu en haleine la Suisse romande sur leur fils respectif. Crédits: Dr
  • Les fans de Minderse sont démenés sur Facebook pour faire gagner leur héros. Claude Blanc, Charly Pacheet François Meylanont tenu en haleine la Suisse romande sur leur fils respectif. Crédits: Dr

Fin décembre 2012, François Meylan déprime. Secrétaire général du PDC Vaud, il a multiplié les interventions dans la presse et sur son blog en faveur de l’initiative Minder. Mais son engagement entre en contradiction avec le parti national qui s’engagera pour le contre-projet. Les cadres du parti enjoignent le bouillonnant politicien à davantage de discrétion. 

Puis le 7 janvier a lieu le lancement du comité romand apolitique en faveur de l’initiative, emmené par l’ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi, aujourd’hui professeur à l’Université de Saint-Gall. Le conseiller financier vaudois, ancien d’UBS et de la Banque Migros, rejoint aussitôt le cénacle. Sur internet, le comité est présent par l’intermédiaire des sites remunerations-abusives.ch et bonus2013.ch.

Sur l’idée d’un personnage resté anonyme se faisant appeler «Claude Blanc», François Meylan fonde à la mi-janvier un groupe Facebook dédié au soutien de l’initiative. C’est à ce moment que s’embraie la machine. «Ce groupe a très vite fédéré un mouvement citoyen et apolitique.» Sur Facebook, un groupe secret baptisé Opération Minder réunissait à la fin de la campagne quelque 600 personnes. Un «groupe secret» est en fait la possibilité qu’offre Facebook d’ouvrir des groupes «fermés».

Visibles à leurs seuls membres, ces groupes accueillent les internautes sur invitation des administrateurs. Couvrant toute la Romandie, le réseau social a notamment permis à François Meylan de toucher les cantons de Neuchâtel et du Jura, sans avoir pu s’y déplacer.

Sur Fribourg, c’est Charly Pache, vice-président du Parti pirate suisse (PPS) et président de la section fribourgeoise, qui se profile comme le héraut de Minder. Attaché à des concepts inspirés par les technologies de l’information, comme liberté individuelle et transparence, le PPS a accueilli dernièrement son 2000e membre.

Quant au mystérieux Claude Blanc, hyperactif sur internet: «Nous ne savons pas qui c’est. Nous l’avons juste entrevu lors d’une distribution de tracts», relate Charly Pache. Claude Blanc confie à Bilan par l’intermédiaire de Facebook: «J’ai choisi l’anonymat pour me protéger des attaques personnelles. Mes adversaires sont puissants.» Une première. «Au niveau fédéral, c’est la première vraie campagne web 2.0, observe Laurent Bernhard, politologue et chercheur à l’Université de Berne.

Les sites des partisans sont participatifs. Ils invitent les utilisateurs à contribuer. La transparence est elle aussi en progression puisque Bonus2013 indique l’identité des donateurs de fonds et les montants alloués.» 

Le débat a débordé des médias traditionnels pour gagner les réseaux sociaux, comme en témoigne un clash entre EconomieSuisse et Bilan. La rédactrice en chef adjointe Myret Zaki a signé un commentaire pro-Minder intitulé «Les patrons se défendent mal». EconomieSuisse s’en est plaint sur Twitter et Facebook. Des échanges cinglants ont eu lieu sur Facebook entre Cristina Gaggini, directrice romande d’EconomieSuisse et Myret Zaki, qui ont débattu le lendemain de vive voix lors de l’émission Forum de la RTS.

Des outils de campagne performants

En tant qu’outil de campagne virtuel, Facebook enthousiasme les partisans de Minder. Claude Blanc souligne: «Le groupe secret permet un brainstorming permanent.» François Meylan renchérit: «La toile offre la possibilité de s’organiser en fonction d’intérêts communs en dehors de toute appartenance politique.» Charly Pache nuance: «Facebook est capable de réunir des personnes déjà acquises à une cause. Rien ne vaut la presse, la radio et la télévision quand il s’agit de convaincre les votants sans avis.»

Selon Laurent Bernhard, «le citoyen de base recourt toujours aux médias traditionnels pour s’informer. Mais les réseaux sociaux permettent de toucher des groupes cibles précis, notamment les jeunes et les leaders d’opinion.»  

 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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