Bilan

Comment les souverains mènent un train de vie royal

Peu d’experts s’accordent sur le montant des fortunes royales, avec parfois des différences de 1 à 100. Une chose est sûre: la plupart des monarques européens ne manquent de rien.
  • La reine d’Angleterre dispose officiellement de 315 millions d’euros (et virtuellement de 32 milliards de francs). Crédits: Adrian Dennis/Eric Lalmand/AFP
  • Le roi de Belgique Albert II (à gauche) laissera son trône à son fils Philippe le 21 juillet. Sa fortune est estimée entre 250 millions et 1 milliard d’euros. Crédits: Adrian Dennis/Eric Lalmand/AFP
  • Bhumibol Adulyadej, roi de Thaïlande sous le nom de Rama IX depuis 1946 Crédits: Adrian Dennis/Eric Lalmand/AFP

Cassette, cassette, dis-moi qui est le souverain européen le plus riche! Est-ce l’actuel Willem Alexander de Hollande, qui a succédé il y a quelques semaines à sa mère Beatrix? S’agit-il d’Elisabeth II, dont le train de vie reste effectivement royal, si l’on pense qu’un seul trajet avec son wagon privé revient à 65 000  livres? Ou la palme revient-elle à des princes de la finance comme Hans Adam II du Liechtenstein ou Henri de Luxembourg?

Pas facile de répondre! Il faut distinguer le monarque de la Couronne. Et cette dernière n’est pas l’Etat, contrairement à ce que semble croire la majorité des journalistes français, élevés dans la foi républicaine.

La Couronne joue, en plus noble, le rôle des trusts familiaux. Nul n’en est le propriétaire. Le monarque jouit de ses biens. Le rôle de cette institution devient du coup capital. Auteur de plusieurs livres sur Elisabeth II, l’essayiste Marc Roche définit les enjeux. «La séparation entre les biens personnels et ceux rattachés à la Couronne est le principe distinguant le souverain constitutionnel du potentat.»

La reine d’Angleterre n’occupe ainsi que la douzième place sur la liste des souverains les plus riches du monde. Elle ne «pèse» officiellement que 315  millions d’euros (un peu moins de 400  millions de francs) en 2013. Un poids plume par rapport aux 21  milliards d’euros (environ 26  milliards de francs) de Bhumibol de Thaïlande, premier sur le podium depuis les révélations sur son argent en 2007 (lire l’encadré ci-dessous). Seulement, voilà! The Queen bénéficie d’une «fortune virtuelle», pour reprendre le mot du Huffington Post, estimée à 32 de nos milliards. Un virtuel pourtant réel. Le seul Buckingham Palace se voit estimé à cinq milliards d’euros avec ses 775 pièces et son parc en plein Londres.

Mais ce n’est pas tout! La reine, qui possède en propre le château de Sandringham et Balmoral House, profite de l’énorme château de Windsor, d’un scintillant écrin de bijoux et des œuvres de la Royal Collection, constituée en fiducie. Une nouveauté.

Son père George VI disposait encore de certaines peintures et sculptures pour des cadeaux jusqu’en 1939. Un mot s’impose sur cet ensemble, qui égale dans certains domaines le Louvre. Si Forbes ou Bloomberg sont très forts pour évaluer l’immobilier et le boursier, ils restent ici à côté de la plaque. Ils nous font des prix d’ami.

Un seul exemple. Vers 1670, Charles II fait l’acquisition de 400 feuilles de Léonard de Vinci. Le dernier dessin digne de ce nom du maître ayant passé sur le marché a rapporté 8 millions de livres en 2001. Imaginez qu’on disperse ceux de la Royal Collection. La multiplication donne 4,8  milliards. Avec un plus, la provenance royale. Un bémol aussi. Impossible de vendre plus d’un Vinci par an à ce prix. La liquidation prendrait donc près d’un demi-millénaire.

Beatrix de Hollande, maintenant! Moins de bijoux. Peu de tableaux. Chez les Orange, on donne dans l’apparente simplicité. Les capitaux se voient placés en bourse. Là aussi, il existe un abîme entre la fortune déclarée et celle qu’avancent Forbes ou Bloomberg. Le souverain hollandais vaut en théorie 300  millions d’euros (environ 370 de nos millions). Selon un observateur écrivant en mai 2013, «le chiffre réel constitue sans doute l’un des secrets les mieux gardés de la planète». Il se rapprocherait des 5  milliards d’euros, investis à 70% dans l’industrie.

Où se niche cette fortune? Elle serait «dissimulée dans un faisceau inextricable de fondations internationales et de sociétés offshore». Il y aurait notamment là les 3,5% des actions de la bien nommée Royal Dutch. Tout se passe dans l’ombre. Et ce n’est pas l’administrateur qui parlera. Second fils de la reine, le prince Johan Friso a eu un accident de ski en février 2012. Il reste dans le coma. S’il en sort, ce sera à l’état de légume. Curieusement, les démocratiques Pays-Bas ne s’émeuvent pas de cette situation.

Après l’ex-reine de Hollande, le roi des Belges. On sait son pays terre du surréalisme, mais tout de même! Albert II, qui abdiquera le 21 juillet en faveur de son fils aîné, déclare une propriété dans le sud de la France et 12 millions d’euros en banque. Plus la jouissance des biens de la Couronne. Un chiffre hautement contesté.

Dès 2001, le magazine flamand Knack lui attribuait 250 millions d’euros. En 2007, dans L’argent perdu des Cobourg, Thierry Debels évaluait le roi à un milliard de la même monnaie. Il doit bien rester quelque chose du pactole de Léopold II, mort en 1909, qui exploitait le Congo, sa propriété personnelle.

Finissons-en ici avec la galette des rois, même s’il faudrait parler des contacts de Juan Carlos Ier d’Espagne (récemment estimée à 300  millions d’euros) avec des financiers douteux et des affaires de Charles  XVI Gustave de Suède (500  millions d’euros, selon un chiffre de 2013).

Les princes de la finance

Il convient de terminer avec les princes régnants. Leur poids financier égale souvent leur poids politique. Hans Adam II du Liechtenstein, pour débuter. Jusqu’en 1939, les Liechtenstein ne se comportent guère en hommes d’Etat. Ils vivent à Vienne. L’Anschluss, puis la guerre, leur fait respirer le bon air de Vaduz. N’empêche qu’ils sont ruinés en 1945.

Leurs biens fonciers se retrouvent à l’Est. Il leur faut vendre des tableaux. Monté sur le trône en 1989, Hans Adam remet de l’ordre dans la boutique. Cet homme autoritaire relance la Banque LTG. Une bonne maison, où courent les mauvais contribuables allemands. D’où une douloureuse affaire en 2008. Une taupe vend les noms à Berlin. Réaction du prince, qui pèse encore 7,5 de nos milliards: «Le Liechtenstein a survécu au IIIe Reich, il survivra au IVe Reich d’Angela Merkel.»

Passons vite sur le moins flamboyant Henri de Luxembourg. Le fait de se retrouver dans une place financière (la septième du monde) l’a pourtant considérablement enrichi. On lui prête 1,2 milliard d’euros et on ne prête qu’aux riches.  

Il faut en effet clore, avec les paillettes d’usage, sur Albert II de Monaco. L’homme illustre bien les désaccords que l’on constate toujours avec le calcul des fortunes royales. Selon les uns, il vaut un milliard d’euros. Pour les autres, c’est deux. Comment est-ce possible? Il s’agit d’un monarque presque absolu et il règne sur un parc immobilier mystérieux. Mais là n’est pas le plus problématique. Il se situe dans les origines de la fortune. Une chose sûre. En 1939, les Grimaldi sont fauchés. 

Ont ainsi pu se développer un conte rose et une légende noire. Le premier veut que Rainier, monté sur le trône en 1949, ait remis la Principauté à flot en la traitant comme une entreprise. L’autre version se révèle moins flatteuse. Dans Un Rocher bien occupé de Pierre Abramovici, paru en 2001, le lecteur apprenait tout sur la dernière guerre. «Monaco était devenue la capitale de tous les trafics, du marché noir et des fraudes pas uniquement fiscales.» Un trafic où le prince Pierre aurait trouvé largement son compte…

Mais n’en dites pas un mot à Monte-Carlo. Ici, le bouquin n’existe tout simplement pas.

Etienne Dumont
Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Lui écrire

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

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