Bilan

Comment les réseaux sociaux changent la démocratie

Partisans et opposants de l’initiative 1:12 s’affrontent sur Twitter et Facebook, des forums qui à la fois révèlent et influencent l’opinion.
La page Facebook des partisans de l'initiative est animée par les Jeunes Socialistes Crédits: dr

Président du Parti socialiste lausannois, Benoît Gaillard (28 ans) gère sur Twitter le compte francophone de la Jeunesse socialiste suisse en faveur de l’initiative 1:12 (@1_a_12).

Le réseau «permet de tester nos arguments, de cadrer le débat dans nos termes et d’identifier les acteurs de la campagne. Twitter permet ainsi d’élaborer des idées qui arriveront dans un deuxième temps au grand public.» 

De son côté, très présent sur le réseau à titre individuel, Steen Boschetti (22 ans), président du Parti bourgeois-démocratique - La Côte, prolonge: «Twitter est l’endroit où envoyer des ballons d’essai. Les journalistes sont à l’affût et réagissent aux faits saillants.»

Par son caractère philosophique et éthique, l’initiative 1:12 trouve un terrain très favorable chez la génération Y. Sur Twitter, le débat est aux mains de militants des sections jeunes des partis de gauche et de droite qui s’invectivent en 140 caractères sous le hashtag #1a12. Lorsqu’un tweet assassin est retweeté au-delà des cercles partisans, son auteur sait qu’il a fait mouche.

«Nous voulions profiter de la dynamique créée pour le oui à l’initiative Minder contre les rémunérations abusives en mars dernier. Nous avons lancé la campagne «1:12», très tôt, dès juillet, malgré une votation fixée au 24 novembre», relate Benoît Gaillard.

En face, les organisations patronales ont confié par consensus la cause «Non à 1:12» à l’Union suisse des arts et métiers (USAM). Une campagne anti-Minder désastreuse signée EconomieSuisse a depuis coûté leur poste au président et au directeur de l’association faîtière de l’industrie suisse.

Hans-Ulrich Bigler, directeur de l’USAM, dévoile: «Lorsque les jeunes socialistes ont commencé à intervenir sur ce sujet, nous, nous avons réagi notamment avec une page Facebook: «Non à l’initiative 1 à 12.» Nous misons sur la crédibilité et la proximité des entrepreneurs qui témoignent sur le réseau.»

A en croire Hans-Ulrich Bigler, qui ne divulgue pas de chiffres, les moyens à disposition restent modestes. En charge de la page Facebook, un trentenaire du secrétariat de l’USAM, dont le pool gère la communication de l’organisation. Pour le moment, l’USAM n’anime pas de compte Twitter. «Nous n’avons tout simplement pas la capacité en personnel.»

Toucher la jeune génération

La page romande «1:12 NON!» réunit entre 4000 et 5000 fans, tandis que la page francophone des partisans du oui n’en compte qu’un peu plus de 2000. Un écart à l’image de ce qu’il est en Suisse alémanique, où il a donné lieu à une polémique. 

La Jeunesse socialiste a accusé l’USAM d’avoir acheté des fans fictifs. Mais l’émission Sonar de la RTS a révélé que l’USAM a simplement mis des annonces sur le réseau (par liens sponsorisés), une possibilité dont les prix démarrent à quelques dizaines de francs.

«Avec son fonctionnement viral – les amis d’amis reçoivent aussi les informations publiées – Facebook est le moyen de toucher des citoyens pas forcément politisés», relate Charlotte Gabriel (22 ans), responsable de la campagne romande pour la Jeunesse socialiste. 

A quelques semaines de la votation du 24 novembre, la Jeunesse socialiste entre dans la phase d’actions sur le terrain. Les participants sont invités à poster sur Facebook leurs photos, un traitement d’habitude à fort effet de levier sur le réseau.

«Twitter et Facebook réunissent en priorité des internautes de 20 et 40, plutôt progressistes et donc plus marqués à gauche que le reste de la population», observe Martin Grandjean, chercheur à l’Université de Lausanne.

Les réseaux sociaux correspondent à un clivage générationnel. Ainsi, David Roth (28 ans), le militant qui incarne outre-Sarine l’initiative 1:12, a choisi Twitter pour annoncer fin septembre qu’il renonçait à la présidence de la Jeunesse socialiste suisse.

Fondateur à Paris du bureau de conseil Ideose, Pierre Guillou anime également l’observatoire français Elus 2.0. Pour lui, la révolution des réseaux, c’est qu’ils permettent aux électeurs de s’adresser directement aux politiques et d’obtenir des réponses non filtrées (si ce n’est par leur bureau de communication).

«Aujourd’hui, le citoyen ne tolère plus qu’on lui impose une opinion de manière verticale. Or le politicien se montre souvent réticent à communiquer différemment, de peur de perdre le contrôle.»

Pierre Guillou considère qu’un député se doit d’être sur les réseaux, ne serait-ce que pour soigner une image de modernité. «L’observation de ce qui se passe dans ces forums virtuels est indispensable pour comprendre la société contemporaine.

Les nouvelles tendances émergent en premier lieu sur Twitter. Cette connaissance des préoccupations des gens peut faire la différence entre deux politiciens.»

Une campagne virtuelle timide

Mais en Suisse, les politiques restent très inhibés en regard des possibilités technologiques et de ce qui se fait ailleurs.

«Les militants de la cause 1:12 semblent bloqués à la case «drapeaux suspendus aux fenêtres», s’impatiente Magali Philip, productrice de Sonar à la RTS.

Or il leur aurait été facile d’exploiter sur les réseaux leur excellente idée d’une application smartphone de comparaison des salaires. Réaliser des vidéos où des passants testent l’application pour les poster sur Facebook et Twitter aurait par exemple eu un très bon impact.»

Autre idée de la spécialiste de réseaux pour animer la campagne, l’organisation de «hangouts» sur Google+, comme en a l’habitude le patron de France Télévisions, Rémy Pflimlin.

«Les participants ont simplement à se trouver en même temps devant une webcaméra et les spectateurs peuvent intervenir à tout moment par le même biais. La séquence est ensuite postée sur les réseaux et reste disponible sur le web.» 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan et community manager pour le site bilan.ch, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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