Bilan

Comment le G20 veut réformer du capitalisme

Un triomphe ou un échec? Si le 3 avril tout le monde aura sa réponse, la seule qui se fait attendre est de savoir si le G20 à Londres se montrera capable d'esquisser les réformes qui doivent conduire le capitalisme vers de nouveaux succès.

Au programme de la rencontre figurent deux thèmes majeurs: les plans pour relancer la machine et le renforcement de la régulation financière internationale. Toutefois, il ne faut pas s'attendre à un «big bang».Au coeur d'une tempête, l'avenir est toujours difficile à imaginer. On tentera surtout d'apaiser les opinions publiques en pourfendant les paradis fiscaux et en promettant de nouvelles réglementations. Or ni les centres financiers off-shore, ni l'absence de règles, ne sont à l'origine de cette crise.

Quelles que soient les initiatives qui seront prises à Londres, puis dans les institutions qui s'occuperont des réformes à mettre à oeuvre, la planète a surtout besoin d'acteurs politiques et économiques qui soient guidés par le sens des responsabilités et déterminés à défendre les principes du multilatéralisme.Aux côtés des Etats-Unis, du Japon et de l'Europe, d'autres membres de la communauté internationale joueront un rôle-clé.

A cet égard, le Sommet de Londres qui réunira vingt chefs d'Etat témoigne déjà des bouleversements géopolitiques en cours. Son ordonnateur n'est ainsi plus le G7 mais le G20, dont font partie non seulement la Chine, l'Inde, la Russie et le Brésil, mais aussi l'Afrique du Sud ou encore l'Arabie saoudite, soit deux tiers de la population mondiale et neuf dixièmes de son activité économique. Se joindront également à cette rencontre des institutions qui vont édicter les réformes: Comité de Bâle pour les banques, IOSCO pour les gendarmes boursiers, IASB pour les comptables ou encore le FMI et le Forum de la stabilité financière (lire l'encadré ci-contre).

C'est plus qu'un symbole. Sur ce nouvel échiquier, la Suisse devra trouver sa place. Isolée des grands blocs, avec peu d'amis, elle devra écrire une nouvelle partition pour tenter de se défendre loyalement. Au terme de cette crise, une nouvelle ère s'ouvrira pour le capitalisme. Encore faudra-t-il qu'elle s'accompagne d'une révolution des mentalités. Sinon, ce désastre n'aura servi à rien.La tourmente qui frappe la planète est la plus violente depuis les années 1930.

Or des grandes crises naissent toujours de profonds bouleversements politiques et économiques. Il n'en ira pas autrement cette fois. Au-delà des chiffres qui font peur, cette déroute marque aussi et même surtout l'effondrement d'un système de valeurs, la faillite des élites et la perte du sens des responsabilités et de l'éthique.

«Cette crise est une crise de la morale, qui met en cause les excès d'une société dominée par la financiarisation de l'économie, d'une société qui a perdu de vue l'homme au profit de l'argent, observe le sociologue français Denis Muzet. Elle pose à chacun de nous toute une série de questions fondamentales: notre rapport à l'argent, au travail, à la consommation, au soin que nous devons à la planète, etc.»

A Davos, lors du dernier Forum économique mondial, de grands patrons ont reconnu les errances qui ont conduit à cette catastrophe.De Davos à Londres, des acteurs économiques aux dirigeants politiques, une unanimité se rejoint pour trouver les solutions conduisant à une refonte du capitalisme. Les grands chantiers en 9 points.

Point 1 Pas de plans de relance coordonnés

L'appel du conseiller économique deBarack Obama, Lawrence Summers,demandant aux Européens de prendre une part plus large du fardeau en augmentant leurs plans de relance, a failli faire dérailler la préparation du sommet. Néanmoins, les choses se sont calmées quand les Britanniques ont fait remarquer que «l'administration américaine ne répond pas au téléphone», car les nominations du nouveau gouvernement ne sont pas terminées. «L'administration américaine a réalisé que les mécanismes de l'Etat providence (assurance chômage, etc.) jouent un rôle de relance en Europe», explique Nicolas Véron, économiste au think tank bruxellois Brueghel. Elle s'est aussi montrée à l'écoute de la demande de régulation des Européens dont l'urgence a été résumée par le président de la commission, José ManuelBarroso: «Si nous ne le faisons pas maintenant, nous ne le ferons jamais.»«Le problème tient au fait que le G20 n'est qu'un forum sans compétence de mise en oeuvre», poursuit Nicolas Véron. Le travail de régulation est fait par des commissions techniques qui, si l'on se souvient des cinq ans qu'il a fallu pour négocier les Accords de Bâle II sur les banques, avancent au rythme de l'escargot. La prochaine réunion de Londres annoncera des grands principes importants pour les professionnels, mais inaudibles pour des opinions qui n'entendent parler que de milliards depuis des mois.

Point 2 La grande réforme du FMI

La réforme du Fonds monétaire international sera probablement la mesure la plus forte. On évoque un doublement des réserves du fonds à 500 milliards de dollars, voire leur triplement à 750. Le japon a déjà prévu 100 milliards à cet effet. Mais dans un monde où trois des cinq premières banques par la capitalisation sont désormais chinoises, où les fonds souverains gèrent d'énormes réserves de change, rien ne se fera sans une modification de la gouvernance du FMI. Les Etats-Unis devront unilatéralement renoncer à leur droit de véto et les Européens, à leur surreprésentation.A un moment où l'Institut for International Finance à Washington prévoit que les flux de capitaux privés vers les pays émergents vont chuter de 929 milliards de dollars en 2007 à 165 milliards cette année, l'accès, y compris préventif, des pays émergents à des mécanismes comme les facilités de liquidités à court terme, sera un bon moyen de soutenir leur demande domestique et donc la croissance globale.

Point 3 La lutte contre le protectionnisme

Avec la chute vertigineuse des exportations, le redressement du commerce mondial est redevenu une priorité. La rhétorique protectionniste réapparue récemment devrait fermement prendre fin à Londres, contrairement à ce qui s'était passé lors de la fameuse conférence de 1933. Si les Etats-Unis et l'Europe mesurent que l'argent public versé aux agriculteurs est désormais plus utile à d'autres secteurs, on pourrait même croire à une surprise du côté de l'Organisation mondiale du commerce avec la relance du Cycle de Doha. Il est cependant plus probable que les pays du G20 vont d'abord adresser le problème du déclin du financement du commerce international(-40% au dernier trimestre 2008) en augmentant les réserves des agences nationales qui garantissent ces crédits et en allouant des fonds supplémentaires à la Banque mondiale et aux banques régionales pour qu'elles jouent ce rôle vis-à-vis des pays pauvres. L'Organisation mondiale du commerce devrait être cantonnée au rôle d'arbitre sifflant d'éventuels débordements protectionnistes.

Point 4 De nouvelles règles pour les banques

«Le risque financier se trouve sous-estimé pendant les phases de boom. Et à l'inverse surestimé pendant les phases de retournement», explique l'économiste français André Carpatanis.La correction de cette procyclicité est au coeur des débats sur les niveaux adéquats de capitaux des banques car les provisions diminuent quand cela va bien et augmentent démesurément en période de crise. Ce qui amplifie la raréfaction du crédit. Si les règles prudentielles issues des Accords de Bâle II sont performantes pour donner aux banques une vue microéconomique de leur exposition aux risques, elles les laissent cependant aveugles vis-à-vis du risque d'ensemble. Le diagnostic est unanime: la crise a été causée par cet aveuglement au risque systémique ou macroéconomique. D'où le principe qui devrait être retenu à Londres d'introduire des provisions préventives en période faste et d'encadrer le levier d'endettement des institutions financières. Les ratios en capital des banques ne seront cependant pas changés pendant la crise, si bien que ces réformes mettront du temps à s'appliquer.

Point 5 Pas de nouveaux gendarmes pour faire respecter les règles

La proposition du premier ministre britannique Gordon Brown de nommer un régulateur mondial unique a fait long feu et il n'est plus question que d'un collège de superviseurs nationaux qui exercerait son pouvoir sur les trente plus grandes institutions mondiales.Les pouvoirs des superviseurs nationaux vont cependant se renforcer. En Suisse, la Finma demande 50 collaborateurs. En Grande-Bretagne, le patron de la FSA veut que son institution fasse «peur» aux financiers. Le rapport déposé à fin février dans la capitale belge par l'ancien directeur général du FMI, Jacques de Larosière,propose aussi la mise en place d'un Conseil européen du risque systémique et l'introduction d'un système mieux intégré de supervision financière. Sans pour autant approuver la création d'un régulateur unique pour l'ensemble de l'Europe.

Point 6 Les hedge funds tenus en laisse

Bien que la crise financière soit partie de banques fortement régulées comme Northern Rock ou IKB, les activités des hedge funds, qui échappent au contrôle des superviseurs comme la SEC aux Etats-Unis, vont faire les frais du G20. La question est intimement liée à celle des centres offshore. Depuis 1998 et la crise du hedge fund LTCM, les régulateurs cherchent un accès à ce qu'ils qualifient «de trous noirs de la finance», autrement dit à l'association hedge fund-secret bancaire. Le G20 est d'accord pour mettre en place une régulation des hedge funds, mais seulement des plus gros, ceux dont la taille pose un risque au système. Les autres devront probablement s'enregistrer et augmenter la transparence sur leur exposition tandis que les ventes à découvert seront encadrées.

Point 7 Le monopole renforcé des agences de notation

Avec les hedge funds et les paradis fiscaux, les agences de notations financières font office de bouc émissaire. S'il est établi que les notes qu'elles ont mises aux produits structurés contenant des subprimes ont aveuglé les marchés, il n'est néanmoins pas prouvé qu'elles les auraient délibérément trompés pour toucher d'importantes commissions. Malgré tout, le système d'évaluation des risques des produits financiers est désormais cassé. La question est maintenant de savoir par quoi le remplacer. De ce point de vue, le consensus qui se dessine avant le Sommet de Londres est troublant. En gros, les agences de notation devraient obtenir une licence après avoir approuvé un code de conduite. Il est à craindre que ce principe ne fasse que renforcer les acteurs existants et le monopole qu'ils détiennent sur l'information financière alors que le marché devrait demander davantage de concurrence par la multiplication des acteurs et des modèles d'évaluation du risque.

Point 8 La fin des bonus «court-termistes»

Près de trente ans après avoir inventé le concept de «shareholder value», Jack Welch, légendaire ancien patron de GE et auteur de chroniques publiées notamment dans Bilan, explique maintenant que de se concentrer uniquement sur la croissance des bénéfices trimestriels était «l'idée la plus bête du monde». Il est vrai que les scandales provoqués par UBS, AIG, RBS,notamment, ont changé les états d'esprit. Aux Etats-Unis, le Congrès a déjà imposé un vote annuel sur la rémunération des managers. Au Sommet de Londres, on devrait connaître les conclusions du rapport du groupe de travail sur les bonus bancaires dirigé par le numéro deux de la BNS,Philip Hildebrand. Ce rapport dont le contenu sera révélé le 2 avril se garde de recommander des plafonds mais cherche à imposer des rémunérations basées sur les performances à long terme. Ce qui devrait impliquer une obligation de conserver plus longtemps les stock options ainsi que les paquets d'actions.

Point 9 Les paradis fiscaux seront maintenus

«Les paradis fiscaux n'apportent rien: ils agissent comme des trous noirs faisant disparaître les recettes publiques. Pour ces paradis artificiels, la page est en train de se tourner», affirmait récemmentEric Woerth, ministre français du Budget, dans le quotidien La Tribune.Par crainte de figurer sur une éventuelle liste noire des pays non coopératifs dans le domaine fiscal, Andorre, Jersey, l'île de Man, le Liechtenstein ainsi que la Suisse, le Luxembourg, l'Autriche et la Belgique se sont engagés à assouplir leur secret bancaire. Alors que les résultats du prochain Sommet du G20 risquent d'être décevants, Eric Woerth, Gordon Brown et d'autres dirigeants politiques savourent leur victoire. Mais cette dernière apparaîtra rapidement comme trompeuse. A l'avenir, les centres financiers offshore continueront à jouer un rôle-clé dans le système économique mondial. D'après la Cnuced (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement), environ un tiers du stock des investissements directs à l'étranger aboutit dans les paradis fiscaux. Selon le FMI, ces derniers abriteraient aussi les deux tiers des hedge funds et deux millions de sociétés-écrans. Ils recenseraient enfin plus de la moitié de l'activité bancaire mondiale (en comptabilisant à la fois les prêts et les placements ainsi que les dépôts et les dettes). De surcroît, toutes les grandes multinationales y ont créé des filiales dans le but de réduire leur imposition.Malgré les listes noires publiées en 2000 par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), le GAFI (Groupe d'action financière internationale) et le Forum de sta-bilité financière, les opérations qui transitent par les paradis fiscaux ont poursuivi leur folle progression entamée au début des années 1990. Un seul exemple: les îles Caïmans. Entre 2000 et 2006, le stock des investissements entrant dans ce territoire du Royaume-Uni a doublé, pour atteindre 50 milliards de dollars. De même, les multinationales helvétiques ont accru leur présence dans les centres offshore. Dans la zone des Caraïbes, leurs investissements directs ont progressé, entre 2000 et 2007, de 31 à 117 milliards de francs, alors que le nombre de leurs collaborateurs a augmenté de 5674 à 8122 pendant cette même période. Si les grandes puissances tiennent absolument à boucher les «trous noirs» de la finance, il leur suffirait de ne plus reconnaître sur le plan juridique les relations commerciales et financières que les personnes morales et physiques sises sur leurs territoires entretiennent avec ces juridictions. Or les paradis fiscaux ne disparaîtront pas. Moyennant quelques aménagements, ils serviront toujours les intérêts des Etats, y compris de ceux qui exigent leur capitulation. Car c'est via leurs territoires que transitent les opérations douteuses permettant aux dirigeants politiques d'obtenir de juteux contrats (armement, marchés publics, etc.) pour leurs entreprises nationales.

Un institut bâlois au coeur du G20 Le Forum de stabilité financière est appelé à juguler la crise. Une référence C'est un signe qui ne trompe pas. Pour rendre les armes vis-à-vis des exigences de régulation, les hedge funds, ou plus exactement les trois associations faîtières qui les représentent, se sont tournés vers le Forum de stabilité financière (FSF). Un organisme microscopique qui n'a pour apparence qu'un secrétariat d'une vingtaine de personnes, logé par la Banque des Règlements Internationaux à Bâle. Son influence Créé par le G7 en 1999 dans la foulée de la débâcle du fonds LTCM, le FSF est au coeur de la stratégie du G20 pour mettre fin à la crise financière. Ce sont ses recommandations qui vont être suivies en matière de supervision des institutions financières, de rémunération des banquiers ou bien encore de surveillance des centres offshore. Présidé par le patron de la Banque centrale italienne, Mario Draghi,le FSF voit son autorité renforcée avec de nouveaux membres: Argentine, Brésil, Chine, Indonésie, Corée, Mexique, Russie, Arabie saoudite, Afrique du Sud et Turquie. Interview Dubaï se voit en ultime paradis fiscal L'avocat suisse dans les Emirats Yann Mrazek explique comment la ville espère tirer parti de la chasse aux refuges fiscaux. Bilan: Vous recommandez d'envisager une installation à Dubaï pour des raisons fiscales. Pourquoi? Yann Mrazek: Alors qu'il n'y a pratiquement aucun impôt, les Emirats sont la seule juridiction offshore qui ne figure pas sur la préliste noire de l'OCDE. Pour les privés, Dubaï offre des possibilités similaires au forfait fiscal tout en ne demandant pas plus de deux jours de présence par an. Pour les sociétés, il y a 45 conventions de non double imposition et aucun impôt sur place. B: Pourquoi les Emirats échapperaient-ils au mouvement de durcissement sur les paradis fiscaux? YM: Juridiquement, ce ne sont pas des paradis fiscaux même si c'est le cas en pratique. Il existe des mécanismes d'échange d'informations par la voie diplomatique, mais l'administration est de facto incapable d'y répondre. B: Cette situation crée une forte incertitude juridique? YM: Les choses s'améliorent, mais on voit bien les difficultés dans un secteur comme l'immobilier. Beaucoup de gens ont signé des contrats sans conditions générales ni même de dispositions essentielles comme la manière de payer ou la fin du contrat. Cela crée beaucoup de litiges. Chronologie de vingt ans de crise Depuis l'effondrement boursier de 1987, les krachs n'ont cessé de se multiplier au cours des dernières années. 1987:

Après deux mois d'agitation provoquée par la remontée des taux d'intérêt, la Bourse de New York s'écroule de 22,6% le 19 octobre 1987 à la suite de l'annonce par les Etats-Unis d'un important déficit commercial. 1990: Aux Etats-Unis, une crise immobilière entraîne la faillite de plusieurs centaines de «Savings Loans», des banques spécialisées dans le crédit hypothécaire. Le plan de sauvetage coûte 150 milliards de dollars. 1994:

Accompagnant un durcissement monétaire, les taux d'intérêt s'envolent aux Etats-Unis, passant de 5,1% à 8%. Le krach obligataire provoque une perte estimée à 1500 milliards de dollars. 1997: A partir de juillet, l'Asie du Sud-Est subit une profonde crise monétaire due à un endettement extérieur trop important. D'autres pays sont touchés: Russie, Brésil, Argentine. 1998:

Avec des positions de 1200 milliards de dollars, le fonds spéculatif LTCM, créé par John Meriwether, est au bord de la faillite. Pour éviter un risque systémique, les banques le recapitalise. 2001-2002: Les valeurs technologiques atteignent leur apogée en mars 2000. Puis elles s'effondrent. En dix-mois, l'indice IXIC du Nasdaq dégringole de 5000 à 1000 points. 2007:

La bulle immobilière éclate aux Etats-Unis. La déroute touche d'abord les banques, frappe ensuite les bourses et pousse enfin l'économie mondiale dans la récession.

Le Chiffres 117 Milliards C'est la somme en francs des investissements de multinationales suisses dans la zone offshore des Caraïbes en 2007. La finance en 2020: les quatre scénarios du WEF Le World Economic Forum et le consultant Olivier Wyman ont extrapolé quatre scénarios possibles du futur financier et ses conséquences sur la croissance jusqu'en 2020. Résumé.

Photo: Petits fours/ © Reuters

Jean-Philippe Buchs

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