Bilan

Comment l'automatisation permet de créer des emplois

Pour Vincent Comte, il semble difficile d’affirmer que plus un pays se robotise, plus son nombre de sans-emplois croît. Le dirigeant de la PME Electromag partage son expérience.

Vincent Comte, directeur d'Electromag. 

Cela fait maintenant quelques années que la question taraude les experts : les robots finiront-ils par avoir nos emplois ? Dans Future of employment, une étude publiée en 2013, Frey et Osborne affirment qu’à l’horizon 2025, 47% des emplois américains seront automatisables.

Certains politiques ont compris que cela représentait une véritable inquiétude dans l’opinion publique et n’ont pas attendu pour proposer des mesures. Ainsi, très récemment, la Commission Européenne a songé à taxer les robots. Un rapport dont l’objectif était de compenser la destruction des emplois proposait de «créer un impôt sur le travail réalisé par des robots». Adoptée par la commission juridique du Parlement, cette proposition a été finalement rejetée.

En Suisse, le professeur Xavier Oberson réfléchit également sur ce sujet. D’après ce dernier, «avec la robotisation, des places de travail disparaissent. Il faut donc trouver des solutions pour financer notre sécurité sociale, nos infrastructures et la formation de personnes qui devront se réorienter».

Certes, la question n’est pas à prendre à la légère et elle concerne notre avenir à tous. Mais avant de penser immédiatement à taxer les robots, faut-il encore réussir à prouver que l’automatisation est toujours synonyme de destruction d’emploi. Or, quand on regarde les chiffres, cette notion ne semble pas couler de source. En effet, une infographie parue dans le journal français Les Echos compare le nombre de robots pour 10.000 employés (source International Federation Of Robotics) et le taux de chômage de la population active (source OCDE). Que constate-t-on ? La Corée du Sud qui arrive en tête avec 531 robots pour 10000 employés a un taux de chômage de 3,4%. La France, quant à elle, arrive 14ème avec 127 robots pour 10000 employés et un taux de chômage de 9,6%. En milieu de tableau, on trouve l’Allemagne avec 301 robots pour 10000 employés et un taux de chômage de 3,9%, et la Suisse avec 119 robots pour 10000 employés et un taux de chômage de 4,63%.

Le taux d’équipement en robotique semble donc totalement décorrélé du taux de chômage. Au regard de ces données, il semble difficile d’affirmer que, plus un pays se robotise, plus son nombre de sans-emplois va croître.

Abandon du taux plancher

Mon expérience personnelle en tant que dirigeant de PME tend également à infirmer cette hypothèse. En effet, le choix d’avoir recours à des robots pour assurer la production de nos moteurs s’est fait peu de temps après l’abandon par la BNS du taux plancher de l’Euro face au Franc.

A la suite de cette décision périlleuse pour notre industrie, nous nous sommes retrouvé à devoir faire un choix stratégique pour assurer la pérennité de notre production : soit délocaliser, soit avoir recours à des robots. C’est le second choix qui a retenu notre attention. Nous avons décidé d’investir dans du matériel de très haute technologie pour automatiser certaines étapes du process et conserver la production sur le territoire suisse. Ainsi, nous avons pu réduire les coûts et les délais de production et augmenter la qualité de production...

Nous avons obtenu ainsi des performances supérieures à celles que nous aurions pu obtenir en Asie. Ce faisant, nous avons réussi à enclencher un cercle vertueux qui nous a permis de gagner de nouveaux clients et de nouvelles parts de marché. Le bilan général est un solde positif de création d’emplois  (2 collaborateurs à ce jour). En effet, nous avons dû recruter de nouvelles ressources à forte valeur ajoutée, (technicien de production et ingénieur process) qui assurent la conception, la maintenance et le réglage des machines automatiques et nous avons pu développer notre offre de service. Ce qui nous permet encore de monter en gamme et d’adresser de nouveaux marchés.

Créer de nouveaux marchés 

Peut-on dire alors que contrairement à l’intuition générale, l’automatisation, non seulement ne détruira pas d’emploi, mais qu’en plus, elle va en créer ? C’est la thèse que soutient Philippe Silberzahn, professeur d’entrepreneuriat, stratégie et innovation à l’EMLYON Business School et chercheur associé à l’école polytechnique. L’auteur, dans un texte, s’amuse à reprendre l’exemple historique des Canuts de Lyon. «Lorsqu’une filature s’automatise, il y a trois impacts: elle abaisse ses coûts, ce qui lui permet de vendre ses produits moins chers. 1. Cela bénéficie donc aux consommateurs (…), 2. Elle emploie moins de travailleurs, ce qui les rend disponibles pour d’autres industries. 3. Elle achète des machines, ce qui alimente la croissance du secteur de la machine-outil (et de la robotique). »

Enfin, la quatrième conséquence évoquée par l’auteur est que «l’innovation permet la création de nouveaux marchés». Par exemple, l’industrie automobile a détruit le métier de maréchal-ferrant, mais elle a permis la création de nombreux autres métiers : chauffeurs de taxi, location de voiture, auto-école…

Philippe Silberzahn insiste sur le fait intéressant que chaque génération qui a donné lieu à l’émergence de nouvelles technologies a toujours été incapable d’imaginer les nouveaux métiers que permettraient de créer ces innovations. Il en déduit que, de la même manière, notre génération, confrontée au phénomène de la robotisation se trouve dans l’incapacité d’imaginer ce que seront les métiers de demain. D’où sa peur légitime d’une perte sèche d’emplois.

Bien évidemment cette thèse suppose de faire une infinie confiance dans les mécanismes vertueux de l’économie, mais notre expérience récente, comme nous l’avons vu, nous donne suffisamment de raisons tangibles pour laisser à la science-fiction la vision catastrophiste d’armées d’androïdes colonisant la place de l’homme. 

 

*directeur de Electromag

Vincent Comte*

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