Bilan

Comment FlixBus contourne la loi suisse

Grâce à un partenariat conclu avec le transporteur helvétique Eurobus, la compagnie allemande a son nom sur les autocars qui relient depuis peu Saint-Gall à Genève. Explications.

Le montant de l’accord entre entre Eurobus et FlixBus n’a pas été révélé.

Crédits: Flixbus

Ils parcourent les autoroutes de Suisse depuis le début de l'été. Ces cars aux couleurs de la société suisse Eurobus portent le logo du géant allemand FlixBus sur leurs flancs. Les passagers peuvent désormais acheter des billets directement sur la plateforme internet du leader européen pour des trajets effectués en Suisse. Grâce à un partenariat signé avec la compagnie argovienne Eurobus, FlixBus accède ainsi au marché suisse avec 4 lignes: Saint-Gall - Aéroport de Genève, Coire - Sion, Coire - Aéroport de Zurich, et Aéroport de Bâle - Aéroport de Lugano. Ces liaisons font évidemment une concurrence directe aux CFF, avec des prix imbattables pour les non-détenteurs d’un abonnement demi-tarif. Le trajet Saint-Gall - Aéroport de Genève revient à 59 francs, contre le double pour les usagers du train pour un voyage en revanche passablement plus long.

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Un accord gagnant-gagnant entre Eurobus et FlixBus, dont le montant n’a pas été révélé. Eurobus bénéficie du bassin de clientèle de FlixBus, ainsi que de son dispositif de réservation superperformant. De son côté, FlixBus contourne habilement l’interdiction du cabotage (liaison entre deux villes suisses) faite par la loi aux compagnies étrangères. «La coopération d’Eurobus avec FlixBus ne concerne pas l’offre, les véhicules ou le personnel, soumis au droit suisse. La séparation entre trafic international et trafic national est maintenue», rétorque Florence Pictet, porte-parole de l’Office fédéral des transports (OFT).

Présidente du Conseil d’Etat vaudois et membre du comité de la Conférence des directeurs cantonaux des transports publics, Nuria Gorrite s’inquiète néanmoins: «Cette collaboration ressemble à une façon pour FlixBus de mettre en place une offre en Suisse sans avoir besoin d’une autorisation. Or, les bus longue distance ne s’inscrivent pas dans le système des transports publics et le fragilisent en cassant les prix pour attirer des voyageurs qui prendraient les trains en heure creuse.» Florence Pictet réplique: «L’octroi d’une concession pour des lignes de bus nationales n’équivaut pas à une libéralisation du marché. Le droit des concessions actuellement en vigueur en Suisse garantit un marché réglementé, mais pas fermé à toute concurrence.»

«Le risque de dumping social existe»

Nuria Gorrite maintient: «Cette manière de faire confirme surtout les craintes du canton de Vaud et de nombreuses villes suisses par rapport à la volonté fédérale d’introduire des bus longue distance. Le risque de dumping social existe. Il va falloir que l’OFT effectue régulièrement des contrôles, notamment en matière de respect des normes salariales et de sécurité suisses.»

Avec cette alliance, FlixBus renforce indéniablement sa position. L’ouverture des lignes helvétiques permet d’intégrer le territoire suisse à son réseau international reliant quelque 1700 destinations dans 28 pays, de Stockholm à Madrid en passant par Varsovie. Se livrant à une féroce guerre des prix avec ses concurrents Eurolines, basé à Bruxelles, et le français Ouibus, FlixBus marque des points. D’après David Krebs, porte-parole de FlixBus à Munich, les activités du groupe sont rentables depuis 2016 dans l’espace germanophone et, depuis 2017, dans toute l’Europe. L’année dernière, la société créée en 2013 a transporté 40 millions de passagers, dont 1,2 million de voyageurs au départ de la Suisse. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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