Bilan

Comment des entrepreneurs profitent de l'essor chinois

Des entrepreneurs helvétiques ont su se profiler dans des créneaux porteurs, sur un marché émergent devenu en quelques années la deuxième économie mondiale.
  • En 2015, la croissance du pays s’est établie à 6,9 %.

    Crédits: Dallas and John Heaton/Corbis
  • Créée à Shanghai par des anciens de l’Ecole hôtelière de Lausanne, Saucepan livre des repas à domicile.

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  • Justin Picard, cofondateur de ScanTrust: un produit suisse financé par des Chinois.

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  • David Li

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La roue tourne. Dans les années 1990, la Chine était encore une contrée mystérieuse et difficile, réservée aux entrepreneurs les plus audacieux. L’Empire de Milieu est aujourd’hui en passe d’accéder au statut de première puissance mondiale. Plus vraiment un marché émergent, mais une économie florissante.

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Par leur esprit d’innovation et d’aventure, de nombreux entrepreneurs suisses se sont profilés parmi les pionniers qui ont saisi les opportunités sur place. Grâce à eux, la Suisse bénéficie de premiers retours sur ces investissements. Si aujourd’hui la croissance chinoise a certes ralenti, elle n’en reste pas moins phénoménale à l’échelle d’un pays de 1,3 milliard d’habitants en s’établissant autour des 6,5% pour l’année en cours. 

«Des start-up helvétiques ont trouvé en Chine un terreau propice», constate Pascal Marmier, directeur de Swissnex China à Shanghai, l’antenne des institutions helvétiques en technologie. Ainsi, la firme lausannoise ScanTrust s’illustre avec un produit suisse et un financement chinois.

Issue de l’EPFL, ScanTrust développe des codes QR pour lutter contre la contrefaçon. En 2014, la start-up a levé 1,2 million de francs auprès d’un groupe d’investisseurs, dont l’association de business angels chinois AngelVest Group. Employant une vingtaine de personnes entre Lausanne et Shanghai, la firme a signé en ce début d’année des partenariats avec l’antenne belge du géant Agfa, ainsi qu’avec le laboratoire lausannois Swiss Vitamin Institute.

Justin Picard, cofondateur, indique : «Les techniques de vente sont très différentes en Chine et en Europe. Les clients chinois veulent avoir en main le produit et le tester tout de suite. Il faut aussi passer beaucoup de temps à développer des liens avec les décideurs, en dehors de rendez-vous formels. En Chine, on construit une relation avant de faire des affaires ensemble.»

Les entrepreneurs suisses qui se sont lancés en Chine couvrent des domaines très divers. Deux anciens de l’Ecole hôtelière de Lausanne (HEL), le Romand Simon Vogel et l’Allemand Wolfgang Illing, ont lancé en 2014 à Shanghai un des premiers services de livraison de repas à domicile baptisé Saucepan.

Simon Vogel rapporte: «Nos affaires ont très bien commencé cette année, avec un doublement des ventes entre décembre et janvier. Nous sommes à présent convaincus qu’il y a une réelle demande derrière notre produit. Notre concept a dû beaucoup évoluer au fil du temps. Grâce à une petite structure, nous avons pu faire des changements rapides et nous adapter au marché.»

L’entrepreneur incite néanmoins à la prudence. «Les consommateurs ont ici un comportement différent et sont extrêmement sensibles au prix. Ce qui marche en Europe et aux Etats-Unis ne fonctionnera pas forcément en Chine.»

Active dans la réalité virtuelle, Pixolabs à Shanghai développe des concepts sur mesure pour une clientèle d’entreprises. «En moins d’un an d’existence, Pixolabs a déjà travaillé avec plusieurs grandes entreprises internationales. La Chine est toujours un marché plein d’opportunités mais très compétitive et plus complexe que dans le passé. Il faut maintenant compter avec une concurrence locale de plus en plus sophistiquée, en phase avec la demande chinoise», rapporte Gauthier Dubruel, cofondateur avec Florian Brutsche. 

La maîtrise du chinois: un énorme avantage

Créée par un Britannique, un Français et un Suisse, ICL aide de son côté des expatriés du monde entier à s’établir en Chine, que ce soit pour étudier, travailler ou faire des affaires. «En 2015, nous avons multiplié par huit notre chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. Nous avons fait l’acquisition d’un de nos principaux concurrents, ce qui a dopé nos ventes, et trouvé un nouvel investisseur. Maîtriser le chinois représente un énorme avantage autant en Chine que pour faire des affaires avec les Chinois qui vivent partout dans le monde», souligne le Français Bastien Dumont qui a vécu douze ans en Suisse, où il a fait connaissance du cofondateur Nicolas de Toledo.

L’agence genevoise de communication numérique Digital Luxury Group a ouvert un bureau en Chine en 2011. Fondateur et CEO, David Sadigh relate : «Notre équipe compte une trentaine de spécialistes du marketing digital chinois et conseille de nombreuses marques dont Montblanc, Four Seasons ou Carl F. Bucherer. Nous sommes spécialisés dans les campagnes de communication sur les réseaux sociaux chinois. Nous enregistrons une forte croissance, car les marques de luxe sont de plus en plus nombreuses à vouloir renforcer leur présence sur ce marché. Parallèlement, beaucoup de sociétés n’ayant pas de présence physique dans le pays souhaitent attirer la clientèle chinoise qui voyage, étudie ou investit en Europe ou aux Etats-Unis.»

Un indispensable partenariat local

«Le modèle, c’est le partenariat avec une société locale. L’idéal est de trouver un partenaire solide pour accéder au marché, à la visibilité et à la reconnaissance. Le marché a un tel potentiel qu’on fait souvent déjà de bonnes affaires rien qu’en commerçant avec des entreprises étrangères», révèle Pascal Marmier. Créneaux porteurs : la santé, l’environnement et d’autres domaines fortement soutenus par le gouvernement.

L’expertise où l’on peut valoriser des contacts particuliers, comme typiquement le luxe et l’horlogerie, constitue une valeur sûre. Pour les ingénieurs, il y a fort à faire dans l’automatisation des processus et les changements industriels. On peut bien sûr aussi miser sur l’e-commerce, avec la vente de produits et services à la classe moyenne. 

D’un point de vue purement financier, les retours de la croissance chinoise restent difficiles à estimer. Loin d’être transparent, le marché boursier chinois subit une extrême volatilité ayant débouché à plusieurs reprises sur des suspensions de cours à Shanghai. Néanmoins, de gros volumes d’affaires transitent entre les deux pays.

Fin 2015, Nestlé a conclu un partenariat de distribution avec la start-up phénomène Alibaba. Ce site d’e-commerce, lancé en 1999, est devenu un géant mondial pesant aujourd’hui dans les 200 milliards de dollars. Alibaba doit jouer un rôle de relais de croissance pour la multinationale qui veut faire connaître La Laitière, Nesquik ou Perrier dans toutes les régions de Chine.

De Novartis à la SGS, toutes les firmes du SMI (Swiss Market Index) y réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires. Syngenta a fait l’objet d’un rachat pour 43 milliards de francs par ChemChina en ce début d’année. Une entreprise industrielle de taille moyenne de type LEM à Genève doit une grande part de ses ventes à l’Orient. Et Swissmetal à Reconvilier, dans le Jura bernois, a été acquise en 2012 par le groupe chinois Baoshida. Mieux vaut être alerte car, comme le dit Pascal Marmier , «les changements sont tellement rapides. La Chine est en train de prendre tout le monde de vitesse.» 

Le rôle du capital humain

Beaucoup de retours s’effectuent sous la forme du capital humain. «La Chine représente un débouché primordial pour les jeunes diplômés et les stagiaires», observe Pascal Marmier. Le pays est avide d’une innovation orientée client et dispose d’importants moyens pour l’acquérir, tandis que la Suisse s’illustre dans les solutions innovantes.

Une complémentarité à valoriser sous la forme de l’envoi de partenaires chinois en direction de la Suisse et de l’accueil en Chine de personnes intéressées par les compétences helvétiques. Pascal Marmier témoigne: «C’est la mission que nous avons à Swissnex: bâtir une communauté afin de rendre visible la Suisse innovante.»   

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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