Bilan

Comment s’y prendre pour attirer des congrès?

Grâce à son cluster médical, l’arc lémanique attire des milliers de congressistes. Recettes d'un succès helvétique.

Les nuitées générées par le tourisme de congrès se chiffrent en milliers voire en dizaines de milliers.

Crédits: Edmund Biason

Attirer un congrès n’est pas anodin. Cela se répercute sur le nombre de nuitées hôtelières, sur la quantité de courses effectuées par les taxis et autres Uber, mais aussi sur le chiffre d’affaires des restaurants, bars, cafés, etc…

A l’échelle européenne, on parle de 56'000 événements du type «congrès» rien qu’en 2017, représentant plus de 8 millions de participants! Rien que pour Genève, cela représente annuellement un chiffre d’affaires compris entre 60 et 80 millions de francs. Didier Allaz, directeur du «Convention Bureau» de la Fondation Genève Tourisme, précise: «En 2017, nous avons accueilli 55 congrès ayant globalement accueilli plus de 41'000 participants, représentant environ 110'000 nuitées, avec des retombées économiques évaluées à 75 millions de francs. En 2018, ce sont 46 congrès qui se sont tenus ici, soit 36'000 participants, environ 100'000 nuitées et donc des retombées économiques de quelque 65 millions de francs».

Coopération entre Lausanne et Montreux

Son collègue vaudois Steeve Pasche, de Lausanne Tourisme, travaille activement avec Montreux Vevey Tourisme depuis quatre ans au sein d’une structure de promotion ad hoc: «Lausanne Montreux Congress». «Cette structure a œuvré à la venue de cinq congrès (3,15 millions de francs d’impact économique) en 2018. Et en 2019, il y en aura six. L’impact économique est calculé sur la base des calculs d’Oxford Economics et du Switzerland Convention & Incentive Bureau (SCIB), en prenant un revenu journalier égal à 500 francs par participant», explique Steeve Pasche.

Du 10 au 13 mai 2019, le WCPT a constitué un temps fort. (Edmund Biason)
Du 10 au 13 mai 2019, le WCPT a constitué un temps fort. (Edmund Biason)

Parmi les récents succès de ces deux entités lémaniques, citons le Congrès mondial de physiothérapie (WCPT, du 10 au 13 mai 2019) qui a battu tous les records en attirant environ 5000 personnes à Genève! Le canton tente actuellement de récidiver en essayant de séduire les organisateurs du congrès en géoscience 2023 pour lequel le potentiel de participants s’élève à 5000 sur dix jours. Genève est en concurrence avec Berlin, Athènes, Izmir et Guadalajara.

Côté vaudois, parmi les success stories, on cite la Conférence européenne sur la biologie évolutive (ESEB 2015) qui avait attiré près de 1400 participants sur six jours, soit un impact économique de 4,16 millions. Ou encore la Conférence internationale sur les émissions de gaz à effet de serre (GHGT 2016) et ses 1000 participants sur cinq jours. Tout récemment s’est tenu le Congrès mondial des journalistes scientifiques (WCSJ 2019) avec environ 1200 inscrits qui ont eu l’opportunité d’effectuer aussi des visites professionnelles en parallèle.

Mais comment s’y prend-t-on pour décrocher un congrès? «Cela nécessite entre deux et huit ans de travail. Ces congrès tournent soit en Europe, soit dans le monde. Il y a des appels d’offres. Nous en remplissons environ 200 par année et en gagnons environ le tiers. Mais c’est toujours un professeur qui se charge de soutenir une candidature, pas l’Office du tourisme. Nous, nous cherchons quel congrès est susceptible de venir. Quel médecin pourrait le soutenir et s’il siège au conseil de l’association professionnelle concernée. Pour ce faire, nous avons des bases de données qui nous permettent de savoir qui siège dans les conseils. Nous avons également cartographié les HUG afin de comprendre qui travaille avec qui, comment les HUG sont connectés avec le Campus Biotech. Nous devons comprendre comment cela fonctionne», résume Didier Allaz, le directeur du Convention Bureau.

Collaboration entre spécialistes du tourisme et experts

Si l’on prend le cas du récent Congrès mondial de physiothérapie, le comité directeur de Physioswiss a contacté Edmund Biason, physiothérapeute dans le département de chirurgie aux HUG, pour voir s’il serait prêt à s’engager à monter et à défendre un dossier pour une candidature genevoise. «Nous avions la crainte que le coût de la vie en Suisse nous pénalise. Mais nous avons pu remporter l’appel d’offres à Singapour en 2015 en présentant des projets montrant ce que nous avions prévu de mettre sur pied pour que les délégués puissent pleinement profiter de leur séjour en Suisse», nous confie Edmund Biason.

Ce dernier, activement soutenu par l’équipe de Didier Allaz, a pu compter sur l’appui du Centre d’accueil de la Genève internationale (CAGI), qui a pris en charge les frais d’hébergement d’une trentaine de délégués en provenance de pays dit défavorisés. «En parallèle à cette aide, nous avions aussi demandé à nos 600 membres de Suisse romande d’accueillir des congressistes ou des bénévoles. Cela a bien fonctionné puisqu’une cinquantaine de personnes ont ainsi été hébergées gratuitement», relève Edmund Biason.

Autre mesure mise en place: le PT Hub, situé à la salle communale de Plainpalais (GE). «L’idée était de proposer un endroit au centre de Genève pour pouvoir permettre aux gens de se rencontrer pour les after. Des soirées avec de la musique y étaient organisées avec des boissons et de la nourriture à prix coûtant.»

La santé pour Genève, davantage de domaines pour Vaud

Lors du congrès de 2017 de la WCPT à Cape Town (Afrique du Sud), l’équipe genevoise s’est rendue sur place pour convaincre un maximum de physiothérapeutes de s’inscrire pour le congrès à Genève. Et cela a parfaitement bien fonctionné. N’oublions pas que ces congrès doivent générer un maximum de bénéfices pour assurer la pérennité de ces associations professionnelles. 

Rebelote avec le congrès de la société francophone d’arthroscopie qui se tiendra en 2020 à Genève et qui devrait attirer 2500 personnes. Là aussi, les équipes de Didier Allaz vont accompagner le professeur genevois au prochain congrès qui se tiendra en France, à Rennes, pour motiver ces professionnels à faire le déplacement au bout du lac.

Alors que Genève mise beaucoup sur la santé, avec notamment la présence sur son territoire de l’OMS, mais aussi le CERN, les HUG, le Campus Biotech ou même les HUG, le canton de Vaud se profile davantage sur d'autres thématiques avec avec l’EPFL, l’EHL et le CIO, sans oublier la santé aussi (notamment avec le nouveau centre de recherche sur le cancer situé face au CHUV). 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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