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Comment Metallica, Rod Stewart et Eagles remplissent les stades

De retour sur scène en Suisse en 2019, ces vieilles gloires de la pop rock n’ont jamais gagné autant d’argent avec leurs concerts.

Sur ses tournées dans des stades qui accueillent 20'000 personnes, les plus grands au monde, Metallica facture 2569 francs pour L’expérience Metallica.

Crédits: Keystone

Rod Stewart, Jethro Tull, Chris de Burgh, Joe Jackson, Metallica, Bonnie Tyler, Eagles, Bon Jovi, Ozzy Osborne… Un remake de Retour vers le futur? Non, ce sont les concerts annoncés en Suisse pour 2019. Toutes ces stars des années 80 et 90 sont sur la route et remplissent les stades comme jamais. «Nous sommes dans un changement de paradigme, observe Thierry Sartoretti, critique culturel à la Radio Suisse Romande. Les vieux groupes ne sont plus automatiquement étiquetés ringards, comme au temps du vinyle. Cette évolution doit beaucoup au streaming qui rend toutes les musiques accessibles quel que soit la date de production. La génération Internet écoute de la même manière les Doors, Nirvana ou Stromae.»

Fondateur de l’agence Takk, Sébastien Vuignier souligne quant à lui: «Ces groupes n’ont jamais cessé de tourner. AC/DC est par exemple sur scène depuis plus de 40 ans. Ce qui est frappant, c'est le manque de relève du côté des artistes programmés dans des stades. Parmi les groupes plus récents, vous avez Coldplay et Muse, qui chantent déjà depuis deux décennies. L’exception est peut-être Ed Sheeran, phénomène qui remplit tous les stade de la planète, en solo, avec sa guitare. Globalement, les musiciens capables réunir de manière certaine plusieurs dizaines milliers de spectateurs restent essentiellement des artistes des années 70 et 80.»

Davantage de chapelles, moins de stars fédératrices

Car en musique comme partout ailleurs, Internet a tout révolutionné. L’offre a explosé, tandis que le public s’est fragmenté en une multitude de chapelles. Mais dans une telle constellation, il est devenu rarissime de voir émerger des groupes fédérateurs, comme Freddie Mercury et Queen ont pu l’être. «S’il n’y a jamais autant eu de productions musicales et de concerts que de nos jours, en revanche, il y a moins de valeurs sûres, observe Sébastien Vuignier. Les écarts se sont creusés. Les poids lourds de la musique gagnent énormément. Les cachets atteignent des sommes record, les prix des billets flambent et la taille des salles augmente. A l’opposé, il devient plus difficile de subsister pour les artistes dont la notoriété est moindre.»


Les vieilles vedettes de la pop rock représentent un marché éminemment lucratif pour l’industrie. Les coffrets luxueux lancés à l’approche des fêtes de fin d'année 2018 se multiplient avec par exemple un assortiment Pink Floyd 1965-1972 avec CD, DVD, Blue Rays et vinyles qui a été proposé pour quelque 500 francs. Ainsi séquencée en plages de 7 ans, la carrière du groupe britannique doit encore donner lieu à de nombreuses rééditions. Cet essor répond aussi à une évidence économique: les quinqua et sexagénaires d’aujourd’hui forment la catégorie d’âge au pouvoir d’achat le plus confortable. Les fans de la première heure sont appelés à sortir des sommes exorbitantes. Les billets pour le concert de Phil Collins, le 18 juin prochain à Zurich, démarrent à 125 francs. La formule VIP avec boisson et repas grimpe à 670 francs.

Capitaliser sur les émotions procurées aux fans

Thierry Sartoretti décrypte: «La pop a maintenant acquis une valeur patrimoniale, au même titre que le jazz. Certains groupes cultivent une approche quasi-muséologique.» Et ça paye. Sur ses tournées dans des stades qui accueillent 20'000 personnes, les plus grands au monde, Metallica facture 2569 francs pour L’expérience Metallica. Ce sésame permet de rencontrer le groupe, de faire des selfies avec les musiciens, et d’obtenir accès réservé à un musée éphémère qui rassemble des vieilles guitares et des t-shirts au nom du groupe qui s’est mué en marque. La formation de hard rock a ouvert des «pop up stores» à son passage dans différentes capitales, signé un partenariat avec le label de chaussures Vans et créé une fondation pour les anciens combattants. Objectif : capitaliser au mieux sur son histoire et les émotions procurées aux fans, relevait Antoine Droux sur les ondes de la RTS.

Autre déclinaison de capitalisation, des formations antédiluviennes comme Guns n’ Roses donnent des concerts pour jouer des titres culte, alors que leur dernier album date déjà de 2008. Les quatre hard rockers auraient tort de s’en priver. La tournée 2018 a rapporté plus de 480 millions de dollars, une somme qui en fait la quatrième tournée la plus rémunératrice de l’histoire du rock. Et puis, il y aussi la catégorie «Tribute». Des spectacles où de parfaits anonymes reprennent musique, costumes et scénographies de monuments de la culture populaire comme Abba, Led Zepelin, les Beatles. Thierry Sartoretti ironise : «Les Rolling Stones occupent eux-mêmes ce terrain avec des concerts où ils jouent leur propre rôle.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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