Bilan

Comment les réductions de CO2 augmenteront le PIB

«La notion de performance est en train de changer», nous assure Michel Frédeau, directeur du Boston Consulting Group Center on Climate Action.

Michel Frédeau dirige le Center on Climate Action du Boston Consulting Group.

Crédits: DR

En marge du 50e Forum Economique Mondial à Davos, un des patrons du Boston Consulting Group (BCG) nous l’a certifié : « La protection du climat et la croissance économique ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire, les réductions de CO2 augmenteront le PIB». C’est le Français Michel Frédeau, à la tête du Center on Climate Action du BCG qui l’affirme catégoriquement. Il s’explique : «La notion de performance est en train de changer. La vision de l’économiste Milton Friedman, mettant en résumé le profit avant toute chose, cède la place à une performance multidimensionnelle ayant intégré les aspects environnemental et social. Nous partons d’une période où le capital était la contrainte principale à une période où ce sont le manque de ressources qui deviennent la contrainte, que ce soit, l’eau, le blé, etc.»

Cet économiste qui ne peut être qualifié d’altermondialiste ne craint pas de l’affirmer : «Chacun doit faire sa propre révolution intellectuelle. Avant le prix des externalités était de zéro, c’est fini. La dimension climatique l‘emporte sur tout le reste. S’il n’y a pas d’inflexion dans les dix ans à venir, nous aurons à faire face à de terribles tragédies et à des coûts phénoménaux (santé, migration, agriculture, etc.). Autrement dit, nous sommes amenés à nous reposer la question de la performance. Il faut que dans le futur, notre intelligence collective réinvente un monde plus économe en énergie, en eau, en oxygène.» Ce dirigeant se veut optimiste car il existe déjà une batterie de mesures que l’on peut initier et qui ne coûtent rien. Par exemple, optimiser la consommation d’énergie au sein d’une usine, puis exiger de son fournisseur de l’énergie renouvelable.

«La COP 21, tenue à Paris en 2015, avait permis de trouver un accord visant à tout faire pour limiter l’augmentation de la température à moins de 2 degrés Celsius. Sachant que chaque augmentation d’un degré va provoquer des centaines de milliards de francs de dégâts. Lors de la COP 26 qui se tiendra en novembre prochain à Glasgow, les Etats doivent venir avec leur plan d’actions concrètes pour parvenir à limiter le réchauffement climatique. Or, à ce jour, seule une soixantaine de pays ont rendu leur copie et on arriverait avec les mesures en question à une baisse de 25% seulement par rapport à l’objectif fixé.»

Depuis le WEF 2020, Michel Frédeau constate qu’une fois de plus ce sont les entreprises qui prennent les devants. Tel Microsoft qui vient de communiquer sur ses objectifs : «Alors que le monde entier devra atteindre l’objectif de zéro émission nette, les organisations qui en ont les moyens devraient viser encore plus haut. C’est pourquoi nous annonçons aujourd’hui que nous avons adopté un objectif des plus ambitieux assorti d’un nouveau plan visant à réduire puis à éliminer l’empreinte carbone de Microsoft. D’ici 2030, Microsoft aura atteint un bilan carbone négatif, et d’ici 2050, nous aurons retiré de l’environnement tout le carbone que nous avons émis de manière directe ou par notre consommation électrique depuis notre fondation en 1975.» Comme le résume l’expert du BCG : «Les Etats s’appuient beaucoup sur le secteur privé. Cette transformation va générer de la croissance. L’empreinte CO2 va faire partie de la compétitivité. Cela permettra de voir surgir de nouvelles offres.» Mais il ne sous-estime pas le rôle des Etats : «Il faut que le régulateur aide à faciliter cette transition, par exemple en adoptant une taxe sur le CO2. Il faut définir des standards afin de ne pénaliser que les mauvais élèves. Cela permettra au passage de recréer de l’emploi localement.» A suivre.

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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