Bilan

Inflation: comment les ménages ont modifié leur consommation

La composition du panier type servant au calcul de l’inflation a profondément changé au cours des décennies pour coller au plus près de l’évolution des habitudes des consommateurs.

La composition du panier type servant au calcul de l’inflation a profondément changé au cours des décennies pour coller au plus près de l’évolution des habitudes des consommateurs.

Crédits: FPG/Getty Images

La crise sanitaire qui continue d’entraîner la fermeture temporaire des magasins non essentiels, des cafés-restaurants, etc., pousse les consommateurs à modifier leur comportement d’achats. Diverses études montrent que deux tendances clés se dégagent depuis le printemps 2020: une demande accrue pour les produits régionaux et pour les acquisitions de biens et services en ligne.

Les retombées économiques de la pandémie se reflètent aussi dans le panier type servant à établir l’indice des prix à la consommation (IPC), autrement dit à calculer l’inflation. Comme tous les cinq ans, l’Office fédéral de la statistique (OFS) vient de procéder à une révision complète de son contenu. Témoin de la mobilité douce et de la société des loisirs, le vélo électrique y fait une apparition remarquée. De même, la lutte contre le coronavirus se lit dans l’intégration des masques hygiéniques jetables, désinfectants pour les mains et purificateurs d’air.

La révision de l’IPC, entrée en vigueur au début de cette année, est l’occasion de remonter dans le temps pour décrire l’évolution de la consommation et de la pondération des différents groupes de dépenses, ainsi que leur prise en compte dans le calcul de l’inflation.

Au cours des quarante dernières années, la composition du panier type - autrefois on l’appelait le panier de la ménagère - a subi de profondes transformations, comme le montrent les documents que nous a transmis l’OFS. Parmi les produits entrants dans le panier type figurent par exemple le poisson (frais et congelé) et le lave-vaisselle en 1977, le do-it-yourself et les micro-ordinateurs en 1993, la petite restauration à l’emporter, les taxes pour l’eau potable, l’épuration et l’élimination des ordures ménagères en 2001, le café en capsules et l’essence sans plomb en 2006, les vestes et pantalons de trekking, ainsi que les forfaits pour la téléphonie fixe et internet en 2011, les robots ménagers et streamings vidéo et audio en 2016, les montres connectées en 2021.

Au cours des décennies, des produits sortent aussi du panier type. Par exemple, les flocons d’avoine et la semoule de maïs en 1993, les magnétoscopes et les appareils photo instantanés en 2006, le ragoût d’agneau et les appareils hi-fi pour la voiture en 2011, les cigarillos et les machines à coudre en 2016, la laine à tricoter et les consoles de jeux portables en 2021.

«Ces modifications ne sont pas le fruit du hasard. Pour suivre les habitudes de consommation, nous nous basons sur l’enquête sur le budget des ménages, les données scannées en caisse et les entretiens avec une nonantaine d’associations professionnelles», explique Corinne Becker Vermeulen, cheffe de la section des prix à l’OFS. «J’ajoute que nous procédons depuis 2000, en plus des révisions quinquennales, à de légères adaptations annuelles si nous constatons l’apparition de nouveaux produits.»

Aujourd’hui, le panier type est subdivisé en douze catégories qui sont ensuite pondérées chaque année sur la base de l’enquête annuelle sur les revenus et la consommation. Là aussi, les changements intervenus au fil des décennies sont très importants (lire le graphique ci-dessus). Le poids de l’alimentation et des boissons non alcoolisées ne s’élève plus qu’à 10,5%, au 1er janvier 2020 contre 40,7% en 1939. A l’inverse, la santé grimpe de 2 à 15,7% en raison de la forte hausse de la consommation auprès des prestataires de soins.

C’est aussi le cas des transports et des communications qui augmentent de 5 à 14%. Pour coller à l’évolution de la consommation, notamment à celle des loisirs, le groupe restaurants et hôtels a été créé en 1993. Depuis lors, il pèse autour de 9,5%. De même, le poste logement et l’énergie reste stable avec un quart du budget. Les pondérations calculées pour 2021 ont évolué avec la crise sanitaire. Par exemple, les dépenses de santé se hissent à 17,6%, alors que celles des restaurants et hôtels reculent à 6,9%.

Davantage de bien-être

Ces modifications de la pondération des groupes de l’IPC ne surprennent pas les économistes. Ils constatent que la structure des dépenses évolue avec le revenu réel, au profit des loisirs. Avec une pondération totale de 17,8%, les groupes loisirs et culture et restaurants et hôtels deviennent en effet le deuxième poste derrière le logement et l’énergie. «L’histoire de la consommation montre que la population se tourne vers le bien-être. Les nouveaux besoins qui naissent au fil des décennies accroissent aussi les inégalités. A la fracture économique s’ajoute désormais la fracture numérique», observe Fanny Parise, anthropologue à l’Institut lémanique de théologie pratique de l’Université de Lausanne.

L’enquête de l’OFS qui sert à calculer le panier type et la pondération des groupes ne satisfait pas le syndicaliste Bernard Tissières. Depuis de nombreuses années, son organisation – les Syndicats chrétiens interprofessionnels du Valais – établit un budget type pour la population de ce canton. «Les dépenses figurant dans les enquêtes de l’OFS sont sous-évaluées en raison des revenus moyens trop importants pris en compte», insiste Bernard Tissières. Ce que conteste l’OFS: «Les méthodes d’extrapolation corrigent les déformations liées aux différences de taux de réponse selon la classe de revenu, le type de ménage ou la tranche d’âge. Par conséquent, les résultats publiés reflètent correctement les dépenses des ménages en Suisse.»

Ces dernières ne sont pas incluses dans l’IPC. Considérés comme des dépenses de transfert, les impôts, les primes-maladie, etc., n’en font pas partie. Or, elles n’ont cessé d’augmenter au cours des décennies en raison de la hausse des primes maladie et de celle des cotisations sociales avec l’entrée en vigueur de la prévoyance professionnelle vieillesse obligatoire en 1985. Selon les enquêtes de l’OFS, la part des dépenses de consommation (alimentation, logement, santé, etc.) a baissé de 78,7% en 1968 à 59,4% en 2018 (lire ci-dessus).

Même si celle-ci n’est complètement identique, pour des raisons méthodologiques, à celle prise en compte dans l’IPC, on peut estimer qu’environ 40% des dépenses sont exclues de l’IPC, contre quelque 20% en 1968. L’OFS précise que celui-ci n’est pas un indice du coût de la vie mesurant les dépenses que les individus font pour vivre, mais qu’il se limite à calculer l’évolution des prix des biens et services consommés.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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