Bilan

Comment la Suisse romande dope l’électromobilité

La part des véhicules électriques augmente fortement en Suisse. Dans les cantons romands, les incitations à ce type de mobilité varient du tout au tout. La loi sur le CO2 laisse entrevoir un semblant d’uniformisation.

L'essor des voitures électriques questionne les dispositifs cantonaux de soutien à la transition énergétique.

Crédits: Keystone

Près de 15% des voitures de tourisme immatriculées en Suisse en 2020 étaient électriques ou hybrides rechargeables. Plus impressionnant encore: le nombre de véhicules de ce type vendus a presque doublé entre 2019 et 2020, dans un marché en fort recul. La tendance à un passage à l’électrique est lourde et dépasse les frontières helvétiques. Le constructeur Volvo a annoncé par exemple qu’il ne vendra plus de véhicule à moteur thermique d’ici la fin de la décennie.

La transition se fait, mais pas assez rapidement pour certains. «On reste pour l’instant dans un marché de niche», souligne Giorgio Giovannini, président de mobilidée, une société de conseil en mobilité. «L’enjeu, c’est la massification de ce moyen de transport.» Selon lui, une simple politique de laisser faire ne permet pas une transition qui tient compte de l’urgence du sujet climatique: «L’intervention publique permet une accélération du passage à l’électrique.» Les deux leviers d’actions principaux sur lesquels agir: le prix des voitures électriques et l’installation des bornes de recharge.

À Genève, l’Etat stratège

En Suisse romande, les mesures prises par les cantons sont extrêmement variables. Le canton de Genève fait partie des plus actifs. «L’objectif actuel est que 20% du parc automobile soit électrique en 2030, soit 45'000 véhicules», explique Bernard Gay, chef de projet à l’Etat de Genève s’occupant de la stratégie d’électromobilité. Pour cela, le Canton joue sur une diminution des taxes. Le propriétaire d’une voiture électrique ne paie pas d’impôt sur les véhicules pendant trois ans puis bénéficie d’une réduction de 50% par la suite.

Un développement des bornes est également organisé. La fondation des parkings, en mains publiques, met à disposition plus de 200 bornes de recharge. Leurs utilisateurs disposent actuellement du courant gratuitement. Ce privilège va disparaitre avec la diffusion de la voiture électrique. «C’est une incitation pour les "early adopters", mais elle ne sera pas pérennisée», analyse Bernard Gay. Les bornes doivent selon lui être soutenues d’une autre manière aujourd’hui.

«Entre 80 et 90% des recharges sont effectuées à domicile. Les bornes publiques servent principalement aux utilisateurs sans place fixe, soit un cinquième du parc. C’est sans compter les visiteurs.» L’avenir ne consisterait donc pas à parsemer les rues de points de recharge. Les automobilistes devraient plutôt disposer eux-mêmes de leur borne attitrée. Genève soutient 50% du prix de l’installation chez un privé, jusqu’à concurrence de 1000 francs.

Le Canton ne propose pas de subvention pour l’achat d’un véhicule électrique. Cependant la taxe est réduite pour les voitures qui émettent moins d’un certain nombre de grammes de CO2. Ainsi, les conducteurs d’une voiture électrique ne paient qu’un quart de la somme dont ils devraient s’acquitter s’ils avaient fait le choix de l’essence.

Générosité valaisanne

Le Valais dispose également d’une politique active de soutien à l’électromobilité. Le Canton propose une prime à l’achat de véhicules électriques ou hybrides rechargeables. Elle va de 750 francs pour les motos à 5000 francs pour les véhicules de plus de 3,5 tonnes (qui nécessitent donc un permis de conduire particulier). Pour les voitures standards, la prime se situe à 3'500 francs pour les électriques contre 2'500 francs seulement pour les hybrides rechargeables.

Le Canton soutient également l’installation de bornes de recharge. Contrairement à Genève, la somme accordée ne se détermine pas en proportion du prix. Elle dépend de la puissance et du nombre de points de recharge. De 700 francs pour les moins ambitieuses à 3000 francs pour les bornes puissantes avec deux prises. Le soutien peut être encore plus élevé si la puissance dépasse 22kW et atteindre 2'000 CHF par point de recharge. «L’aide est accessible aux privés, mais pas uniquement», détaille Anne Duroux, collaboratrice scientifique au service de la mobilité valaisan. «Elle peut également être demandée par les entreprises et même par les Communes.»

Bornes subventionnées sur Vaud

Le Canton de Vaud suit la même tendance. Il subventionne également l’installation de bornes électriques destinées aux particuliers. Cette somme peut monter jusqu’à 2000 francs par point de recharge si elle est en extérieur, 1000 francs en intérieur. Comme à Genève, le Canton limite la part de l’investissement qu’il est prêt à payer. Le plafond est situé à 50% du coût total. Le même principe est appliqué pour les bornes à destination du public, bien que les montants soient légèrement plus élevés.

Le Canton ne subventionne pas directement l’achat de véhicule électrique. En revanche, il propose une réduction de 75% de la taxe annuelle si la voiture émet moins d’une quantité définie de CO2. Cela inclut les voitures électriques.

Laisser-faire au Jura et à Fribourg

Dans le Jura, on pense que l’Etat ne doit pas intervenir activement dans ce cas précis. «La transition naturelle vers l’électrique est déjà forte. Une intervention publique ne me parait pas nécessaire», estime Pierre Brulhart, chef de la section de l’énergie pour le Canton du Jura. Seule une réduction de moitié de la taxe routière est en vigueur.

À Fribourg également, l’Etat n’encourage pas la pose de bornes. Pour ce qui est de la taxe sur les véhicules, elle n’est actuellement pas pensée pour favoriser les faibles émissions de CO2. Elle est uniquement calculée en fonction de la cylindrée du véhicule. Ce système ne devrait pas durer. Le Grand Conseil a voté en février un changement du calcul de cette taxe. Elle dépendra dès 2022 de la puissance du véhicule. Les voitures électriques ou à hydrogène devraient en plus bénéficier d’une réduction de 30%.

Neuchâtel entre deux

Le Canton de Neuchâtel propose également une taxe réduite pour les voitures à faible émission de CO2. Plus un véhicule émet de carbone plus il paye. Ceux roulant à l’électricité bénéficient donc de la taxe minimale à 250 francs.

Actuellement, les pouvoirs publics ne soutiennent pas financièrement l’installation de bornes. Ils devraient néanmoins mettre en place cet été une subvention à l’installation de point de recharge partagé. Par ailleurs, le Grand Conseil a voté un crédit qui doit soutenir la pose de bornes. L’objectif est de poser 2500 installations de ce type d’ici 2025.

Le Canton imposera également depuis le 1er mai des normes qui facilitent la mise en place de bornes. Il emboite le pas à Genève qui dispose déjà d’une mesure similaire. Les nouveaux parkings construits doivent inclure une infrastructure électrique. Ainsi, des travaux de grande ampleur ne sont pas nécessaires pour installer un point de recharge.

La perspective de la loi sur le CO2

Si la loi sur le CO2 est acceptée par le peuple suisse le 13 juin prochain, un coup de pouce fédéral sera offert à la mobilité électrique. Elle pourrait bénéficier du fonds pour le climat. Cette caisse serait alimentée par la taxe sur le C02 et par celle sur les billets d’avions. Elle doit, selon la Confédération, «promouvoir les investissements respectueux du climat.» L’achat de bus électriques est mentionné ainsi que la subvention à la pose de bornes de recharge. Si le soutien à de telles infrastructures est inscrit dans la loi, ses modalités ne sont pas encore définies. Il n’est pas possible actuellement de savoir qui exactement bénéficiera de ce fond, ni dans quelle mesure.

Pour décourager les automobilistes de rouler au pétrole, la loi sur le C02 prévoit une augmentation du prix du litre d’essence allant jusqu’à 12 centimes par litres. Pour un Suisse moyen se déplaçant majoritairement en voiture, cela représente une dépense supplémentaire d’une centaine de francs par année. Cette somme pourrait être économisée en se redirigeant vers l’électrique.

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