Bilan

Comment anticiper les crises sociales?

Prévoir l’émergence de mouvements sociaux? C’est possible, estime l’OCDE dans un rapport qui préconise l’élaboration d’indicateurs destinés à refléter les vies et les aspirations des individus.

Les gouvernements ne mesurent pas assez les conséquences d'une crise économique.

Crédits: DR

Les dirigeants politiques français disposaient-ils de signaux qui auraient pu prévoir l’émergence du mouvement des gilets jaunes? A la lumière de la colère qui descend dans la rue depuis une dizaine de jours, la réponse est négative.

Comme l’Hexagone, la majorité des pays manquent d’indicateurs sociaux pour mesurer les tensions qui agitent les populations. «Nos systèmes statistiques doivent refléter les préoccupations de notre société et, dans la mesure du possible, anticiper les préoccupations futures», insiste l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans un rapport intitulé «Au-delà du PIB».

Trop d'importance au PIB

«Si nous ne nous intéressons pas à ce qui compte dans la vie – les inégalités, la perception qu’ont les individus de leur situation, leur santé et leurs capacités ou la durabilité environnementale, nous ne pouvons pas faire les bons choix pour les individus, les sociétés et la planète», affirme le professeur Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel d’économie en 2001 et co-auteur de l’étude.

Autrement dit, les acteurs politiques et économiques accordent trop d’importance au produit intérieur brut comme principal indicateur de la santé d’un pays. La prise en compte de ce seul paramètre ne permet pas de prendre en compte les craintes qui assaillent une population.

Le rapport de l’OCDE relève que «le nombre et le type d'indicateurs utilisés dans l'élaboration des politiques varient considérablement d'un pays à l'autre.» Il reste très limité en France (entre 6 et 10), en Italie (12) et en Suède (15). A l’inverse, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni disposent d’une très grande variété d'indicateurs et ils sont utilisés pour l'analyse coûts-avantages ou l'évaluation ex post d'une série d'interventions politiques.

Evaluer les conditions de vie

L’OCDE recommande aux pouvoirs publics d’élaborer un tableau de bord afin d’évaluer les conditions de vie de la population. Celui-ci devrait englober les aspects les plus importants de la vie des individus comme les compétences, la santé, l’emploi, les revenus, ainsi la sécurité économique, la dégradation de l’environnement et le sentiment de confiance.

«Ce tableau de bord devrait non seulement porter sur les résultats moyens, mais aussi sur la façon dont les acteurs politiques influent sur chaque composante de la société et donner une vision équilibrée du bien-être actuel et futur», estime l’OCDE. Selon Angel Gurria, secrétaire générale de l’institution, «il est de notre devoir de chercher à déterminer la réalité de la vie des individus et non une réalité qui nous semble plus pratique à étudier. Cela sera essentiel pour rétablir la confiance dans les institutions et soutenir la croissance inclusive.»

C’est la crise financière de 2008 dont les effets se font encore sentir dix ans plus tard qui a poussé l’OCDE à établir des recommandations. «Elle a réduit non seulement la sécurité économique des populations, mais aussi leur confiance, en raison de la perception répandue de l'injustice dans la manière dont la crise a été gérée. La perte de confiance (dans les autres et dans les institutions) est un héritage durable de la crise, dont les effets contribuent aux bouleversements politiques dont nous sommes témoins dans le monde entier», observe l’OCDE.

Selon les auteurs du rapport, de meilleures mesures de l'insécurité économique de la population  auraient pu montrer que les conséquences de la récession étaient beaucoup plus profondes que ne l'indiquait l’évolution du pib. Les décideurs auraient alors compris la gravité du ralentissement économique pour le bien-être. «Le déclin de la «vraie richesse» du pays aurait dû être particulièrement préoccupant dans les pays les plus touchés par la crise, comme la Grèce, l'Espagne, l'Irlande, l'Italie et le Portugal, car il a sapé leur potentiel économique dans l'avenir.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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