Bilan

Coca-Cola réconcilie Soudan et Etats-Unis

Alors que BNP Paribas a été condamnée pour avoir commercé avec le Soudan, les Américains achètent discrètement leur gomme arabique à ce pays sous embargo depuis 1997. Explications.

Les cristaux de gomme arabique, un ingrédient essentiel pour Coca-Cola et Pepsi-Cola.

Crédits: Mohamed Nureldin Abdallah/Reuters

Le vieil homme au marché d’Omdurman, la ville située en face de Khartoum sur le Nil, sort de son sac en jute une grosse poignée de cristaux translucides de couleur jaune pâle ou jaune brunâtre. C’est de la gomme arabique, de la sève d’acacia. Dans l’entrepôt, cet exsudat de sève solidifié est séché pendant une dizaine de jours, puis réduit en poudre. 

Pour quel usage? Le vieil homme se lance dans une très longue énumération: la gomme arabique entrerait aussi bien dans la fabrication des confiseries que du chewing-gum et des loukoums, pour imperméabiliser les toitures, traiter les maladies de peau ou coller des étiquettes. «Et dans les boissons gazeuses comme le Coca-Cola», ajoute-t-il.

Le Coca-Cola? Alors que depuis 1997  le Soudan est sous embargo américain. A l’époque, Khartoum accueillait Oussama ben Laden et quelques centaines de ses fidèles. Mais les sanctions durent toujours. Le français BNP Paribas a été lourdement condamné l’année dernière pour avoir réalisé des opérations commerciales en dollars avec le Soudan, l’Iran et Cuba.

Lufthansa ne dessert plus Khartoum en raison de l’inconvertibilité de la livre soudanaise. «Cela n’incite guère les banques suisses, comme les banques européennes, à travailler avec ce pays», constate Martin Strub, l’ambassadeur de Suisse au Soudan. 

Sanctions contournées

Mais le vieil homme n’a pas rêvé. «Savez-vous que sans la gomme arabique le sucre dans les bouteilles de Coca-Cola s’agglomérerait et tomberait dans le fond?», sourit Abu Zar Elghefari Eltom, patron de Gum Arabic Board. En clair, Coca-Cola et Pepsi-Cola ne peuvent carrément pas se passer de cet ingrédient essentiel pour les boissons gazeuses.  

Or le Soudan non seulement assure 85% de la production mondiale de la sève d’acacia mais offre la meilleure qualité. Alors? Que faire pour ne pas pénaliser l’un des symboles de l’Amérique triomphante? Tout simplement exclure la gomme arabique des sanctions!

55 000 tonnes de cette résine inodore ont ainsi pris discrètement l’année dernière le chemin des Etats-Unis. Mais pourquoi le Soudan ne dénonce-t-il pas cette hypocrisie américaine? Directement ou indirectement, plus d’un million de personnes au Kordofan vivent de la gomme arabique. Avec la sécession du Sud-Soudan et la chute des prix du pétrole, notre pays a perdu 60% de ses recettes», explique le responsable de Gum Arabic Board.

En revanche, les visiteurs doivent débarquer à Khartoum les poches pleines d’euros et de dollars, car ils n’ont pas la possibilité d’utiliser leurs cartes de crédit dans le pays, mis sur liste noire par les Américains. Moralité? Aucune.

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."