Bilan

Le breakdance veut rajeunir les Jeux Olympiques

Le breakdance était l’un des sports présents aux Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires, en octobre. L’occasion pour le comité olympique de rajeunir, et pour les danseurs de grandir.

Un sol plat, un public et de la musique: le breakdance ne demande pas beaucoup de ressources pour exister.

Crédits: DR

Pas de note artistique, ni de chronométrage, ni même de buts inscrits: le breakdance cherche simplement à savoir qui est meilleur que l’autre (sur le principe des battles, lorsque les danseurs performent à tour de rôle). Deux danseurs enchaînent les figures dans une arène, et c’était pour la première fois une épreuve olympique en octobre 2018. Buenos Aires a décidé de faire du breakdance une discipline parmi les 32 de ses Jeux Olympiques de la Jeunesse (YOG).

Pour le CEO de la World Dance Sport Federation, Jean-Laurent Bourquin, tout est allé très vite. «J’avais discuté avec des membres du Comité International Olympique pendant les Jeux de Rio» raconte-t-il. «J’ai vu que les disciplines s’orientaient vers les jeunes, avec du skate, du BMX… j’ai donc monté un dossier pour le breakdance». Le Comité International Olympique (CIO) a vite été convaincu, si bien qu’il n’a fallu que 2 ans à cette danse urbaine pour figurer dans les disciplines en Argentine. L’intégration dans l’édition jeunesse ne laisse rien présager quant à une présence dans les JO adultes, mais elle reste un pas en avant, pour un sport résolument urbain.

Infrastructures moindres, satisfaction maximale ?

Quant à la place d’une telle discipline dans un événement historique tel que les Jeux Olympiques: «cela s’intègre bien» lance Kit McConnell, directeur des sports au CIO. Il évoque également le basketball en 3v3, lui aussi apparenté aux sports de rue. Il suffit d’un terrain plat, et de deux paniers, et le spectacle peut commencer.

Ces deux sports – pour ne citer qu’eux, représentent un investissement moindre par rapport à d’autres bâtiments. «On pense à des parcs urbains» révèle le directeur des sports. Les infrastructures sont l’une des hantises des villes qui accueillent les J.O. Les images des pistes de bobsleigh abandonnées à Sarajevo, des rampes désaffectées à Turin ou encore des stades construits à Rio sont loin d’enthousiasmer les prétendants aux Jeux Olympiques.

La piste de bobsleigh de Sarajevo est devenue une attraction d'un autre genre. (Crédits: Gabriel Hess).

Les Suisses ont pu le voir avec le projet Sion 2026: les coûts sont élevés pour attirer les meilleures sportifs du monde. Plus récemment, les citoyens de Calgary (Canada) ont voté pour éviter d’accueillir les Jeux Olympiques d’hiver 2026. «L’un des défis actuels du CIO est de trouver des villes candidates» souffle Jean-Laurent Bourquin. Au final, seules deux villes sont allées jusqu’au bout de la procédure pour 2022: Pékin (Chine) et Almaty (Kazakhstan).

Avec des disciplines comme le skateboard, le BMX ou le breakdance, les frais d’infrastructure diminuent. «On aimerait utiliser les endroits dans lesquels vont les gens» conclut Kit McConnell. Les frais liés au site relèvent du budget hors comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO). Le CIO précise toutefois que les éditions récentes des jeux d’hiver comme d’été ont toutes atteint le seuil de rentabilité.

Cure de jouvence

Buenos Aires a décidé d’intégrer la danse dans son programme, et c’est loin d’être un hasard. Autant les danses de salon que le breakdance sont très pratiqués en Argentine. «J’ai vu des gamins qui pleuraient de joie après avoir rencontré Storm et Crazy Legs» sourit Jean-Laurent Bourquin. Ces deux grands noms du breakdance sont venus pour officier en tant que juges. «Il y avait la question de la crédibilité de la compétition» ajoute le CEO de la fédération de danse sportive.

Car autant artistique et spectaculaire qu’elle soit, la discipline répond à tous les critères imposés par le CIO - une quarantaine environ. Pour intégrer la liste des sports reconnus, il faut notamment des règles bien expliquées, une fédération présente sur au moins quatre continents ou encore une lutte antidopage solide. Les disciplines doivent aussi se vendre - et prouver qu’elles sont intéressantes à retransmettre. «Tous les sports cherchent à améliorer leur présentation» se réjouit Kit McConnell.

Et les athlètes?

Les Jeux Olympiques sont les poumons de nombreux sports. Les droits TV redistribués par le CIO aux Fédérations sportives représentent parfois jusqu’au triple du budget initial. Sans avancer de chiffres, Jean-Laurent Bourquin admet qu’une telle manne financière représenterait énormément pour sa fédération. Du simple au double ? Peut-être.

Du côté du Comité Olympique, les membres sont conscients du poids de leurs décisions. «On ne cherche à tuer aucun sport» rassure Kit McConnell. Car ajouter des disciplines au programme chargé des JO pose la question de la pertinence d’en garder d’autres. «Des efforts sont possibles partout, avec le profil des athlètes, les terrains, les réseaux sociaux» énonce-t-il. Le milieu du breakdance, avec ses stars et ses modèles se pose en élève modèle.

C’est une culture qui est partie de rien et qui a eu du mal à s’imposer. Aujourd’hui le breakdance a énormément évolué et s’est répandu dans le monde entier. Buenos Aires est une opération réussie. «Beaucoup de danseurs avaient peur de ne pas avoir une réelle place aux Jeux Olympiques, et qu’ils aient de mauvaises répercussions sur la danse!» affirme BumbleBee, le Russe vainqueur dans la catégorie masculine.

Pour un danseur, gagner sa vie représente un réel défi. «C’est possible de vivre du breakdance de nos jours, mais il faut d’abord bien se faire connaître dans la scène, et il faut y croire comme dans chaque sport» explique l’Autrichienne Ella. La Française Señorita Carlota ajoute: «dans les conditions actuelles un breakdancer ne peut pas vivre grâce aux compétitions. Cependant il est possible d’en vivre en tant que professeur par exemple».

Tokyo: non. Paris: peut-être. Los Angeles: si seulement!

Le breakdance a encore du chemin à parcourir pour s’établir dans le programme olympique. Celui des Jeux de Tokyo est déjà fixé, mais Paris aurait encore le temps d’inclure de nouvelles disciplines pour l’événement en 2024. Jean-Laurent Bourquin s’attelle encore à débriefer Buenos Aires 2018 et reste très prudent quant à la venue de “son sport” chez les grands. Il se plaît toutefois à rêver: «C’est l’un des rares sports nés aux USA. Ce serait un beau clin d’œil qu’il soit présent à Los Angeles en 2028» affirme-t-il. Le CIO rappelle quant à lui que ce sont surtout les villes qui décident de leur programme. Les disciplines validées par le comité sont autant de possibilités d’épreuves.

Garciarebecca1
Rebecca Garcia

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Rebecca Garcia a tout juste connu la connexion internet coupée à chaque téléphone. Elle a grandi avec la digitalisation, l’innovation et Claire Chazal. Elle fait ses premiers pas en journalisme sportif, avant de bifurquer par hasard vers la radio. Elle commence et termine ensuite son Master en journalisme et communication dans son canton de Neuchâtel, qu’elle représente (plus ou moins) fièrement à l’aide de son accent. Grâce à ses études, elle découvre durant 2 mois le quotidien d’une télévision locale, à travers un stage à Canal 9.

A Bilan depuis 2018, en tant que rédactrice web et vidéo, elle s’intéresse particulièrement aux nouvelles technologies, aux sujets de société, au business du sport et aux jeux vidéo.

Du même auteur:

A chaque série Netflix son arôme de cannabis
Twitch: comment devenir riche et célèbre grâce aux jeux vidéo

Bilan vous recommande sur le même sujet

Les derniers Articles Economie

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."