Bilan

Ciel sombre et année noire pour l’hôtellerie genevoise

Occupation, RHT, fermetures, licenciements… Plusieurs acteurs du secteur de l’hôtellerie et du tourisme en Suisse dressent un portrait préoccupant et anticipent une conjoncture économique des plus sombres en cette année de crise du Covid-19.

Le secteur de l'hôtellerie à Genève s'inquiète pour son avenir avec la chute brutale des revenus.

Crédits: DR

«La santé ça va! Le reste c’est la catastrophe», annonce d’emblée Thierry Lavalley, président de la Société des Hôteliers Genevois et directeur de l’hôtel Fairmont à Genève. Très préoccupé mais loin d’être déprimé, le patron des hôteliers genevois fait face tant bien que mal à une situation de crise mondiale sans précédent.

Thierry Lavalley. (DR)
Thierry Lavalley. (DR)

Pour ce patron d’entreprise, impossible d’émettre des prévisions: «En général, nous avons quelques indicateurs qui nous permettent d’être relativement sereins pour l’avenir. C’est la première fois de ma carrière que je n’ai aucune visibilité sur ce qui va se passer dans les jours, les semaines et les mois à venir».

Palexpo n’organise plus d’événement, les Nations Unies ne font plus de réunion et le tourisme d’affaire - dit «corporate» - est inexistant; ces trois secteurs majeurs du secteur hôtelier sont par conséquent au point mort. «Pour les mois de septembre et octobre, le taux d’occupation des hôtels varie entre 3 et 8% selon les carnets de commande. Le pronostic vital de la corporation est engagé. A ce rythme, il y a des risques pour que d’autres hôtels ferment leurs portes».

L'importance des frontières ouvertes

Avec la mise en place de la réduction d’horaire de travail (RHT) par la Confédération jusqu’à décembre 2021, on peut toutefois entrevoir une éclaircie salariale malgré le discours inquiétant de Thierry Lavalley. Sans ce précieux soutien gouvernemental, la branche hôtellerie et restauration aurait été, à un moment ou un autre, obligée de licencier 80% de ses 15’000 employés éparpillés sur le canton de Genève. «C’est la seule nouvelle qui maintient le patient encore en vie. Si, par le plus grand des hasards, l’État décide de débrancher les RHT, c’est tout une profession qui disparaît». Chaque jour au cœur du cyclone, l’hôtelier ne mâche pas ses mots et les assume pleinement.

Alors que les rumeurs d’une nouvelle fermeture des frontières avec la France vont bon train, il part du principe qu’une des portes de sortie est le rééquilibrage entre le sanitaire et l’économie. «Aujourd’hui, c’est le tout sanitaire. Refermer les frontières serait un retour en arrière aberrant. Tant que l’on ne trouve pas une meilleure harmonie entre ces deux mondes, il n’y a pas d’espoir».

Adrien Genier. (Gladstone Campos)
Adrien Genier. (Gladstone Campos)

Même son de cloche pour Adrien Genier, directeur général de Genève Tourisme, qui confirme que l’ouverture des frontières demeure cruciale pour concevoir un début de sortie de crise. «Il faut retrouver une certaine forme de stabilité en matière de voyages. Nous devons avoir la garantie que les frontières resteront ouvertes. Car même avec un doublement du seul marché national, cela ne nous permet pas de compenser les pertes de cette année». Alors que les chiffres du mois de juillet viennent de tomber, le nombre des nuitées genevoises est en chute libre et atteint -75% comparé à l’année précédente.

Sur une capacité totale de 126 hôtels à Genève et ses environs, une petite centaine d’entre eux restent actuellement ouverts. Même si le manque à gagner est difficilement quantifiable, la facture totale pourrait s’évaluer à des centaines de millions de francs. «Et sans compter le mois de mars, cela dure depuis cinq mois. Au-delà des chiffres, la situation a un effet boule de neige considérable. De près ou de loin, tous nos partenaires commerciaux sont également impactés», rappelle Thierry Lavalley.

Côté restauration, les établissements dotés d’une terrasse s’en sont bien sortis pendant la période estivale. A l’approche de l’automne, le milieu demeure inquiet sur les conditions sanitaires à faire respecter au sein des établissements. Avec un ratio de 60% de clientèle externe et 40% de clientèle interne en temps normal, la moyenne tourne aux alentours de 95% de clientèle externe en période de Covid et certains des points de vente habituels d’un hôtel demeurent à ce jour encore fermés.

La rentabilité vient des chambres

Sous l’impulsion d’offres promotionnelles, toutes les catégories d’hôtels cherchent à donner une nouvelle dimension à leur marketing. Mais que faire pour survivre? Faut-il nécessairement brader les chambres? «Surtout pas!» répond immédiatement Thierry Lavalley. Pour comprendre le fond du problème, posons-nous la question de savoir où se situe le seuil de rentabilité (hors charges financières) d’une chambre d’hôtel: «Si un hôtelier vend par exemple une chambre à CHF 100.-, la moyenne du taux de marge brute devrait être théoriquement de 70% pour une nuitée. Les chambres sont la locomotive de la rentabilité d’un hôtel».

Michel Rochat. (EHL)
Michel Rochat. (EHL)

Michel Rochat, CEO du Groupe EHL qui opère la prestigieuse École Hôtelière de Lausanne garde la tête haute: «En période de crise, les jeunes décident de se concentrer sur les études. Dans notre créneau, nous avons de la chance». Lors de la prochaine rentrée scolaire, l’école prévoit d’accueillir plus de 600 nouveaux élèves en une seule volée semestrielle. Un record historique pour l’institut vaudois.

Côté stages, fer de lance du modèle éducationnel, plus de la moitié des étudiants ont déjà sécurisé le leur pour le semestre prochain. «Nous avons fait des aménagements au niveau de la durée des stages et avons également permis que les étudiants puissent travailler dans des domaines annexes à l’hôtellerie». Actuellement, l’école propose plus de 450 offres de stage à ses étudiants. Préoccupé mais confiant, Michel Rochat sait qu’il y aura un jour une sortie de crise. «Nos étudiants seront prêts à l’affronter. Nous les formons déjà à cet effet».

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Edouard Amoiel

Chroniqueur culinaire

Lui écrire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Crazy-4-Food, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

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