Bilan

Chine-Afrique: un nouveau modèle d’investissements

Loin des modèles traditionnels occidentaux, les investissements chinois dans les pays émergents, et en Afrique notamment, s'appuient sur une stratégie prudente.

A l'image du groupe Metorex racheté par le groupe chinois Jinchuan, l'Afrique constitue un terrain d'investissement privilégié pour la Chine.

Crédits: Image: Bloomberg

Les hydrocarbures avec Sinopec (via Addax) au Gabon, le rachat du spécialiste des minerais et de l'extraction sud-africain Metorex par Jinchuan: ces dernières années ont vu les investissements chinois croître significativement. A ce titre, l'Afrique du Sud est une cible de choix pour les groupes chinois: en 2007, ICBC a racheté 20% du capital de Standard Bank pour 5,6 milliards de dollars; le fonds souverain CIC a racheté 25% de Shanduka en décembre 2011 pour 245 millions de dollars; le constructeur automobile FAW, présent depuis 20 ans, a investi 100 millions de dollars ces derniers mois pour construire un site de production.

En quelques années, la Chine est passé du statut d’atelier du monde, où les grands groupes occidentaux allaient investir pour produire à bas coûts, à celui de super-puissance économique mondiale. « La Chine atteint aujourd’hui le stade de développement économique qui était celui du Japon dans les années 1960 », estime Justin Lin, professeur d’économie à l’Université de Pékin, lors d’un débat du World Economic Forum à Davos consacré à la Chine en tant qu’investisseur majeur.

Une stratégie d'investissement différente

Et le trend n’est pas finissant. « Pour atteindre le stade de pays développé, la Chine va connaître une autre phase de croissance. Et ce sera forcément une ère au cours de laquelle les échanges seront win/win, car le dialogue sera désormais plus équilibré », ajoute Justin Lin.

Mais l’un des aspects de cette nouvelle phase de la montée en puissance de la Chine réside dans son expansion au-delà des frontières. Si des accords de libre-échange sont négociés avec de nombreux pays développés, la Chine semble miser avec force sur les pays en développement, et notamment l’Afrique.

Mais sur le continent noir, l’arrivée des sociétés et investisseurs chinois se distingue des stratégies menées par les groupes américains et européens déjà présents. Bob Diamond, ancienchief executive de Barclays et désormais CEO d'Atlas Merchant Capital, salue une tactique remarquable par sa prudence: « Ce qui est intelligent avec les banques chinoises qui investissent en Afrique, c’est qu’elles observent d’abord les choix de leurs clients, locaux et internationaux, puis se basent sur leurs choix pour leurs propres politiques d’investissements ».

Aucun héritage historique préjudiciable

Et cette option est payante: « Parmi les pays du continent ayant connu la plus forte croissance économique ces dernières années figurent sept pays où la Chine a particulièrement investi », observe Justin Lin. Investissements dans des entreprises, mais aussi dans des domaines moins rentables à court terme: « Sur tout le continent et dans notre pays en particulier, nous avons espéré que les investissements chinois aillent aussi vers des infrastructures et cela s’est vérifié. On n’arrivera pas à un développement win/win si on n’améliore pas l’éducation, les communications, l’accès aux ressources », observe Rob Davies, ministre du commerce et de l’industrie d’Afrique du Sud.

Des choix salués par les dirigeants politiques en place, et une stratégie prudente. Mais les sociétés chinoises ont aussi un autre avantage, historique celui-ci, sur leurs concurrentes occidentales, et surtout européennes: « Dans notre monde post-colonial, les entreprises et banques chinoises ne portent aucun héritage qui leur serait préjudiciable dans la mentalité des interlocuteurs locaux », note Rob Davies. Quand la France est régulièrement accusée de mener une politique économique spéciale dans les pays qu’elle a autrefois colonisés, cet atout est clairement stratégique pour les investisseurs chinois.

Rachats en Europe 

Pas un mot n’a été prononcé sur les investissements chinois sur le continent européen lors de ce débat. Pourtant, en termes de capitaux, c’est une déferlante non négligeable en Europe. Au premier semestre 2014, ce sont 23,6 milliards investis au Royaume-Uni, 10,6 milliards en France, et 8,2 milliards en Suisse. Soit plus de 60 milliards en Europe.

C’est notamment lors de la crise financière de 2008 que les entreprises d’Etat chinoises, puis les firmes privées, ont pris le contrôle d’actifs dont la valeur s’était dépréciée. La mainmise sur le port du Pirée en Grèce en 2008 en est un exemple parlant. 

Les entreprises chinoises s'activent aussi en Suisse pour trouver de bonnes opportunités. En 2013, l'horloger Corum rejoint le giron du géant Haidian pour plus de 80 millions de francs. Le géant chinois avait déjà racheté deux ans auparavant la marque Eterna. Autres exemples: le conglomérat pétrolier Sinopec s'est emparé de la société genevoise Addax Petroleum, tandis que le chinois Jinsheng reprenait des unités du groupe industriel OC Oerlikon pour 650 millions de francs. 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

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