Bilan

Chine: les entreprises suisses s’inquiètent

La mise en œuvre d’un système de notation des sociétés par les autorités chinoises suscite des craintes: contrôle trop intrusif, espionnage industriel, détournement des données.

  • Selon Nicolas Musy, du Swiss Centers China, les scores prendront la forme de bonus/malus.

    Crédits: Julien Tromeur/Shutterstock
  • Le comportement des sociétés sera scruté en permanence sur la base d’environ 300 critères.

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Après la mise en œuvre d’un système de surveillance des individus, la Chine s’attaque maintenant aux acteurs économiques. Elle déploiera dans le courant de cette année un système national de notation des entreprises qualifié d’outil «le plus complet créé par un gouvernement» pour réguler le marché des affaires. Son nom: China’s Corporate Social Credit System ou SCS. Celui-ci vise à évaluer en permanence le comportement des entreprises chinoises et étrangères sur la base d’environ 300 critères répartis sur de nombreux domaines (protection de l’environnement, paiement des taxes, respect des réglementations gouvernementales, plainte des acheteurs, etc.). Il contraint les acteurs à transférer des quantités de données aux autorités administratives afin que ces dernières puissent dresser leur profil.

Possible liste noire

«Le SCS débouchera sur des scores attribués à chaque entreprise sous la forme de bonus/malus», affirme Nicolas Musy, fondateur de Swiss Centers China, organisation qui regroupe les entreprises suisses en Chine. De bons résultats peuvent faciliter l’accès aux marchés publics et permettre d’obtenir des conditions de crédit plus favorables. A l’inverse, toute notation négative risque d’entraîner l’inscription d’une société sur une liste noire et aboutir, le cas échéant, à des sanctions. Pour éviter d’en arriver là, «les entreprises doivent s’assurer que leurs processus et structures, y compris leurs chaînes d’approvisionnement, sont adaptés pour relever efficacement les défis liés aux exigences du SCS», insiste PwC. Selon ce cabinet de conseil, celui-ci «changera fondamentalement la façon dont les affaires seront menées à l’avenir en Chine».

Selon Nicolas Musy, le SCS vise avant tout les entreprises chinoises qui accusent un certain retard en matière de compliance par rapport aux entreprises étrangères et à renforcer la confiance des acteurs étrangers à leur égard. «Les entreprises helvétiques ont moins de soucis à se faire. Reconnues pour leur respect des règles, ainsi que pour leur qualité de gestion et de services, elles pourront ainsi mieux se démarquer de leurs concurrentes chinoises auprès de la population», constate Christophe Weber, président de la section romande de la Chambre de commerce Suisse-Chine.

Reste qu’il y a encore beaucoup d’inconnues avant la mise en œuvre complète du SCS, laquelle entraîne des coûts supplémentaires et une surcharge administrative pour les entreprises. Depuis Pékin, Yves Reymond suit attentivement son déploiement progressif avec pour objectif d’épauler et de conseiller les sociétés helvétiques (elles sont environ 1000). A l’instar d’autres délégations étrangères, il est en contact régulier avec les autorités chinoises. «Elles sont ouvertes au dialogue et prêtes à recevoir des commentaires de notre part, souligne le chef de la section économique de l’Ambassade de Suisse à Pékin. Nous constatons que les entreprises craignent un excès de zèle des administrations provinciales, des interprétations contradictoires des résultats ou encore un détournement des données. Comme celles-ci sont traitées par le biais d’une intelligence artificielle, il y a un aspect black box qui ne manque pas de susciter des questions.»

Et la peur de l’espionnage industriel? «Nous espérons que les audits d’entreprises ne seront qu’administratifs et non pas liés à la gouvernance ou à la production. Si cela devait être le cas, les représentants de la politique et de l’économie comme les ambassades, les chambres de commerce, les lobbies, etc., se mobiliseraient pour tenter d’infléchir les investigations intrusives des autorités», affirme Christophe Weber. «Comme la Chine est encore plus disposée qu’autrefois à attirer des entreprises étrangères, elle ne va pas mettre des bâtons dans leurs roues», estime Nicolas Musy. «Le SCS améliorera-t-il la confiance envers le monde des affaires chinois ou renforcera-t-il la méfiance à son égard? C’est la question principale qui se pose. La réponse tombera dans quelques mois», affirme Yves Reymond.

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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