Bilan

Cette reprise qui ne tient qu’à un fil

La conjoncture est meilleure en Suisse que dans les pays voisins, et même qu’en Allemagne, pourtant en plein redémarrage. Mais quelques nuages subsistent à l’horizon.
  • Ouvrier chez Sulzer. En Suisse, la crise de 2008 n’est plus qu’un lointain souvenir. Crédits: Dr
  • Angela Merkel. L’Allemagne est endettée à hauteur de 81% de son PIB. Crédits: Thomas Peter/Reuters

Chez Pictet & Cie, on vient tout juste de réviser la croissance suisse à la hausse, 1,8 au lieu de 1,7% pour l’estimation précédente. Il n’y a guère que les Etats-Unis à faire (presque) aussi bien avec une croissance projetée à 1,7% en 2013.

Cette appréciation positive de la conjoncture helvétique est largement partagée, notamment par Patrice Gautry, chef économiste de l’Union Bancaire Privée, avec toutefois un peu plus de retenue. Il parle de 1,5 ou 1,6% de croissance cette année qui pourrait atteindre 2% en 2014 si la reprise de la zone euro tient ses promesses.

Mais la croissance suisse pourrait aussi être menacée de l’intérieur, par l’éclatement d’une bulle immobilière si la BNS ne parvenait pas à gérer le passage difficile qui s’annonce, lorsqu’il faudra procéder à une remontée des taux d’intérêt.

Ce risque est pris très au sérieux par Sara Carnazzi, chef économiste de Credit Suisse, qui relève que la surchauffe du marché est toujours une réalité, surtout
à Genève. «Il suffirait d’un élément déclencheur», prévient-elle. Il pourrait s’agir d’une hausse des taux plus rapide que prévu ou encore d’un choc politique, on pense aux votes au niveau suisse sur la libre circulation, ou géopolitique (lire l’encadré).

Nonobstant cette épée de Damoclès, la Suisse est l’un des quelques pays développés à avoir totalement surmonté la crise de 2008, qui n’est plus qu’un lointain souvenir: selon Bernard Lambert, économiste de Pictet & Cie, le PIB helvétique s’inscrit à 4,7% au-dessus de son précédent plus haut, celui du 3e   trimestre 2008.

Par comparaison, le PIB de la zone euro s’établit toujours à 3% au-dessous d’un précédent plus haut qui remonte au 1er  trimestre 2008. C’est une moyenne qui recouvre des évolutions très contrastées: la Grèce a perdu en cinq ans près de 24% de son produit national et l’Espagne affiche toujours une baisse de 7%.

Endettement problématique

«On a évité le pire par rapport à la Grande Dépression, car les faillites de banques n’ont pas eu lieu. C’est cela qui a fait la différence», résume Jean-Pierre Durante, économiste de Pictet & Cie. Mais les conséquences du sauvetage du secteur financier sur les budgets des Etats sont toujours présentes; la Grèce est endettée à hauteur de 161% de son PIB, l’Italie à 130%, le Portugal à 127% et l’Irlande à 125%.

Voilà pour le quarté de tête, mais rares sont les pays à remplir le critère de Maastricht qui fixe le plafond de l’endettement à 60%: l’Allemagne est à 81% et la moyenne de la zone euro s’établit à 92%.

Les conséquences de la crise seront longues à éponger: «Après une crise aussi profonde, la reprise sera plus faible que dans les cycles habituels», ajoute Jean-Pierre Durante, qui estime que les pays endettés à plus de 120% de leur PIB vont au-devant de vingt ans de discipline budgétaire, ce qui n’est guère concevable politiquement.

Bref, cela a été dur, mais pas pour tout le monde dans une même mesure: le PIB de l’Allemagne s’établit à 2,3% au-dessus de son plus haut du cycle précédent et Angela Merkel s’apprête à se faire réélire triomphalement le 22 septembre. Le sens politique de la chancelière lui a jusqu’à présent permis d’éviter les pires fautes; oui, elle va sortir du nucléaire, non, elle ne veut pas impliquer l’Allemagne dans une guerre.

En France, la hausse de 0,5% du PIB au 2e   trimestre annoncée en fanfare est une illusion statistique appelée à se dissiper au 3e   trimestre et la «croissance» sur l’année n’excédera pas 0,1%. La hausse est due à des effets temporaires et il ne faut pas la prendre pour le début d’une reprise. 

«La France est à la lisière d’un décrochage», avertit Emmanuel Ferry, directeur des investissements de la Banque Pâris Bertrand Sturdza. Mais d’ici là à penser que des «frappes» en Syrie feraient utilement diversion, il y a un pas qu’il serait séditieux de franchir…

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