Bilan

Ces stations qui luttent pour survivre

Dans les régions de moyenne montagne, des sociétés de remontées mécaniques sont au bord du gouffre. Exemples criants à Château-d’Œx et à Charmey.
  • A Château-d’Œx, on se bat pour maintenir le ski en hiver.

    Crédits: Charmey Tourisme
  • Faute de business plan, la télécabine Rapido Sky de Val-de-Charmey pourrait fermer prochainement.

    Crédits: Clair de Lune imagence SARL

Deux semaines avant les élections cantonales du 5 mars 2017, la majorité des députés du Grand Conseil n’a voulu prendre aucun risque. Par 66 voix contre 47 et 14 abstentions, le Parlement valaisan a accepté le 16 février dernier une aide de 157 millions de francs à fonds perdu pour soutenir pendant dix ans les remontées mécaniques. Le vent pourrait cependant tourner cet automne lorsque le Grand Conseil nouvellement élu se prononcera définitivement sur ce projet. Il est alors probable qu’il refusera de confirmer le premier vote, faute de moyens pour financer une telle mesure. 

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Or, avec la répétition d’hivers peu enneigés, la force du franc, le recul des nuitées et la baisse du nombre de skieurs, la rentabilité financière d’une majorité de sociétés d’installations mécaniques ne cesse de se dégrader. La situation devient surtout gravissime dans les régions de moyenne montagne, en dessous de 1 500 mètres d’altitude. La question du renouvellement de la participation des collectivités publiques se pose dès lors qu’il s’agit de renouveler les concessions auprès de l’Office fédéral des transports à Berne. 

En Suisse romande, la survie de deux stations familiales de sport d’hiver est désormais menacée. Dans le Pays-d’Enhaut et en Gruyère, la tension est vive à Château-d’Œx et à Val-de-Charmey dont les altitudes pointent à 1630 mètres au sommet des pistes et respectivement à 958 mètres et 887 mètres au centre du village. Leurs difficultés sont emblématiques de la crise qui frappe la branche.

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«Après la fermeture des remontées mécaniques des Monts-Chevreuils, je ne peux pas m’imaginer la disparition de celles de la Braye», avoue Pierre-Alain Chabloz, président du conseil d’administration de Télé-Château-d’Œx. Alors, avec d’autres acteurs locaux, il tente de soulever les montagnes car, insiste-t-il, «les remontées mécaniques constituent la colonne vertébrale de toute station et, sans ski, la clientèle ira ailleurs». 

Miser sur les quatre saisons

Le défi à relever est de taille. Il s’agit d’assurer la survie de Télé-Château-d’Œx. Dès 2018, cette société en main de la commune ne pourra plus compter sur la manne publique (500  000 francs par an) pour couvrir ses déficits et ses frais d’entretien. Et, parallèlement, elle est obligée de moderniser le téléphérique de la Braye pour que celui-ci puisse obtenir la prolongation du permis d’exploiter qui prend fin au terme de l’année 2018. C’est dans ce contexte que s’inscrivent deux projets.

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Le premier consiste en un parc ludique d’apprentissage du ski. Le second, dénommé Edelweiss Paradise, est beaucoup plus large. Il prévoit de diversifier les activités tout au long de l’année: création d’un jardin alpin, d’une terrasse panoramique, d’une offre combinée avec la société exploitant le train Montreux-Interlaken, etc. «Notre objectif est de réduire progressivement la dépendance à l’hiver de 85% du chiffre d’affaires à 35% en misant sur un tourisme axé sur les quatre saisons», explique Charles-André Ramseier, syndic de Château-d’Œx. 

Pour obtenir une aide financière du canton de Vaud, Télé-Château-d’Œx a besoin du soutien des deux autres communes du Pays-d’Enhaut: Rossinière et Rougemont. Or, la seconde doute. «Avons-nous encore les moyens de financer les installations de la Videmanette dans ma localité et celles de la Braye à Château-d’Œx, alors que le domaine skiable de Gstaad n’est qu’à quelques kilomètres?», s’interroge son syndic André Reichenbach. Pour l’instant, la vallée retient son souffle: dans quelques semaines, on connaîtra les premières conclusions du sauvetage de la Braye. 

Le temps presse

A Val-de-Charmey, l’avenir des remontées mécaniques se pose dans les mêmes termes. La dépendance à l’hiver est également beaucoup trop forte, de même que celle liée au financement des installations. Jusqu’à maintenant, les citoyens de la commune gruérienne ont toujours accepté de couvrir le déficit d’exploitation des remontées mécaniques en leur versant un montant annuel de 350  000 francs. Mais la dernière assemblée communale a décidé en décembre dernier de mettre un terme à cette pratique qui péjore le budget. «Aujourd’hui, la commune ne peut plus supporter seule les dépenses des remontées mécaniques», relève le syndic Yves Page. 

En clair, ce dernier exige que ses propriétaires se déterminent sur leur avenir. La télécabine Rapido Sky, qui permet de rejoindre les hauteurs sommitales, constitue la pièce maîtresse de la station. Elle appartient à Télégruyère, dont les actionnaires principaux sont l’Etat de Fribourg (49%) et l’Association régionale la Gruyère (25%). La balle est désormais dans leur camp. Le dossier technique et financier pour son renouvellement doit être déposé auprès de l’Office fédéral des transports (OFT) au plus tard le 30 avril prochain. 

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Si les deux actionnaires se disent prêts à participer, sous conditions, au financement de la modernisation des installations évaluée à environ 1,1 million de francs, la législation cantonale leur interdit de subventionner les frais de fonctionnement des remontées mécaniques, lesquelles sont à la charge des sociétés exploitantes. Or, cette question est capitale et elle n’a pas été résolue en dépit des appels pressants de Val-de-Charmey depuis 2011. 

Aujourd’hui, le flou règne encore. Si le business plan, qui comprend à la fois le financement et la couverture des charges d’exploitation du Rapido Sky, n’est pas bouclé rapidement, la demande de concession ne sera pas remise à l’OFT. 

Parallèlement à cette situation qui devient périlleuse, les acteurs locaux planchent sur le développement touristique de la station. Comme à Château-d’Œx, l’objectif est d’axer les activités sur les quatre saisons. «L’été doit nous permettre de couvrir les charges de fonctionnement des installations, alors que l’hiver générerait un bonus bienvenu», souligne Sébastien Jacquat, conseiller communal et membre du conseil d’administration de la société qui exploite le Rapido Sky. 

Développer les collaborations au sein de chaque région

Les observateurs s’accordent pour dire qu’il n’y a pas un modèle économique unique et valable pour l’ensemble des stations de moyenne montagne. Les plus optimistes estiment que leur avenir dépend avant tout de leur capacité à imaginer leur potentiel de développement dans leur environnement propre. 

«Il faut trouver des solutions viables non par destination, mais par le biais de collaborations au sein de chaque région», insiste Dominique de Buman, conseiller national démocrate-chrétien et président des remontées mécaniques suisses. Autrement dit, il s’agit de surmonter l’esprit de clocher encore largement dominant. 

Reste que la fermeture de remontées mécaniques entraînerait une baisse de la fréquentation des stations, laquelle se répercuterait négativement sur l’ensemble de l’économie locale (hôtels, restaurants, magasins de sport, etc.). 

A moyen terme, elle affecterait également l’ensemble des Alpes. On commence en effet à skier sur les pistes qui sont proches du domicile familial. Puis on va dévaler celles des grandes stations. Si les installations disparaissent des régions de moyenne montagne, le nombre de skieurs continuera de baisser et l’ensemble de la branche en souffrira. Un véritable cercle vicieux! 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Du même auteur:

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