Bilan

Ces pays européens qui manqueront de bras

Le déficit de croissance en Europe par rapport aux Etats-Unis pourrait s’expliquer par la démographie. A l’avenir, il pourrait s’aggraver en raison de la baisse du nombre d’actifs sur le vieux continent.

La natalité trop faible en Europe inquiète certains économistes pour le long terme.

Crédits: AFP

La Suisse n’est pas le seul pays qui devra affronter une pénurie de main d’œuvre qualifiée en raison du vieillissement de la population et du recul de la natalité. Dans la dernière édition de Question d’Europe publiée par la Fondation Robert Schuman, Jean-Michel Boussemart* et Michel Godet* s’inquiètent du «silence assourdissant face au suicide démographique de l’Europe à l’horizon 2050!» Une année après la publication d’un premier article paru en mars 2017 dans le Rapport Schuman sur l’Europe, ils reviennent à la charge: «Personne n’en parle, surtout à Bruxelles. Nous devons remplir notre fonction d’alerte.»

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D’abord, les deux auteurs rappellent les prévisions démographiques pour 2050 basées sur les travaux de l’ONU. Dans les prochaines décennies, l’Europe devrait enregistrer non seulement une stagnation de sa population autour de 500 millions d’habitants, mais elle risque de perdre 49 millions de personnes en âge de travailler dans la tranche des 20-64 ans: -11 millions pour la seule Allemagne et entre -7 à -8 millions pour l’Espagne et l’Italie. A l'inverse, de l’autre côté de l’Atlantique, le nombre d’habitants de l’Amérique du Nord augmenterait de 75 millions et les actifs potentiels pourraient croître de 20 millions aux Etats-Unis.

La pression migratoire: problème ou solution?

Dans le même temps, la pression migratoire s’accentuera sur le vieux continent en raison de la forte hausse de la population de l’Afrique qui devrait progresser de 1,3 milliard d’individus dont 130 millions pour la seule Afrique du Nord. «Ce choc démographique (implosion interne et explosion externe), l’Europe ne s’y prépare pas. Tout se passe comme si le tsunami démographique était moins important que la vague numérique», constatent Jean-Michel Boussemart  et Michel Godet. 

Selon les prévisions démographiques, le nombre de jeunes actifs diminuera d’environ un tiers en raison du recul de la natalité. Or, l’immigration ne pourra pas combler cette baisse. «D’aucuns pourraient arguer que le déficit de naissances en Europe et son impact négatif sur la croissance économique à venir et l’élévation des niveaux de vie pourraient être compensés par des flux migratoires d’ampleur de plus en plus grande. Ils s’illusionnent comme les événements le montrent avec notamment la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et les réactions des populations dans la quasi-totalité des pays européens aux flux récents des migrants venus d’Afrique et du Moyen Orient.»

Le poids du multiplicateur démographique

La situation est inquiétante pour l’Europe car la démographie joue un rôle important pour la croissance. Les deux auteurs observent que la hausse du produit intérieur brut (PIB) aux Etats-Unis a été supérieure d’environ un point de pourcentage à celle de l’Europe au cours de ces deux dernières décennies.

«L’explication est essentiellement (pour plus de la moitié) démographique car l’écart de croissance du pib par habitant n’est que de 0,2 point plus élevé outre- Atlantique qu’en Europe sur les mêmes périodes. En effet, la croissance démographique, de l’ordre de 1% par an aux Etats-Unis, est depuis le début des années 60, deux à trois fois plus élevée qu’en Europe», assurent-ils.

Jean-Michel Boussemart  et Michel Godet estiment également que le multiplicateur démographique serait à l’origine d’une part importante des gains de productivité plus élevés aux Etats-Unis que de ce côté-ci de l'Atlantique. «Cette hypothèse éclairerait pourtant mieux le décrochage de croissance du PIB par actif, constaté depuis le début des années 2000 entre les Etats-Unis et l’Europe, que le seul retard dans les technologies de l’information et de la communication. La croissance à long terme des pays développés est commandée par la démographie: sans capital humain, la croissance est bridée faute d’oxygène.»

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*Jean-Michel Boussemart est délégué général de l'Institut de recherche et de prévision macro-économiques COE-Rexecode. Michel Gobet est du comité scientifique de la Fondation Robert Schuman.

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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