Bilan

Ces écolos qui prônent le nucléaire

Le documentaire «Pandora’s Promise» explique pourquoi des figures du mouvement écologiste se sont converties à l’atome, le considérant finalement comme un moindre mal.
  • La balade d’un compteur Geiger dans le monde a montré des résultats étonnants. Crédits: Dr
  • La balade d’un compteur Geiger dans le monde a montré des résultats étonnants. Crédits: Dr
  • La balade d’un compteur Geiger dans le monde a montré des résultats étonnants. Crédits: Dr
  • La balade d’un compteur Geiger dans le monde a montré des résultats étonnants. Crédits: Dr

SFEN = assassins. Les stickers qui couvrent les vitres du cinéma L’Arlequin, rue de Rennes à Paris, annoncent le niveau de polémique qui entoure la projection en avant-première du documentaire Pandora’s Promise avant que le film ne soit diffusé (sur demande) dans les cinémas d’Europe et sur iTunes début décembre.

Il faut dire que cette promesse peut passer pour une trahison. Celle de figures historiques du mouvement écologiste américain, à commencer par le réalisateur Robert Stone, qui sont passées d’anti à pronucléaires. Elles considèrent que l’atome est un moindre mal que les hydrocarbures et les conséquences des émissions de CO2 sur le climat.

Bien sûr, on se dit que la SFEN, la Société française de l’énergie nucléaire, un lobby de l’atome qui a organisé cette avant-première, a vu dans ce film une aubaine.

C’est le cas, naturellement. Mais en même temps, ce film était dans la dernière sélection du Festival de Sundance, la Mecque des «liberals» (cela veut dire de gauche aux Etats-Unis). Pas exactement un endroit où l’atome est en odeur de sainteté.

Dès les premières images, on comprend que ce documentaire n’est pas le «canular sophistiqué» qu’a dénoncé l’avocat Robert Kennedy Jr. Catastrophe de Fukushima, travailleurs dérisoires avec leurs pelles sur le toit de Tchernobyl, essais atomiques…

Rien des dégâts du nucléaire n’est caché. Mais le montage d’images d’archives oublié, la promenade mondiale d’un compteur Geiger et surtout les témoignages d’écologistes historiques comme l’écrivain britannique Mark Lynas ou l’un des inspirateurs du mouvement hippie Stewart Brand les font voir sous un angle très éloigné de l’écologiquement correct.

Des vérités qui dérangent

On découvre ainsi de nombreux faits qui étaient restés dans l’ombre. Par exemple que le choix de la filière des réacteurs à eau pressurisée pour équiper la plupart des centrales remonte à la conférence Atoms for peace à Genève en 1956, après que le président Dwight Eisenhower eut ouvert l’accès des technologies nucléaires à un certain nombre de pays amis.

Un mauvais choix selon les pionniers de la recherche nucléaire interviewés parce que c’est aussi celui des déchets alors qu’il eût été possible dès cette époque de sauter quatre générations avec des réacteurs plus petits mais consommant pour l’essentiel leurs propres résidus.

On apprend aussi que l’énergie qui connaît la croissance la plus rapide (et de loin) depuis 2000 n’est ni le solaire ni l’éolien, mais le charbon. Ou bien encore que les villes américaines sont aujourd’hui éclairées en grande partie par la combustion des ogives atomiques de l’ex-URSS.

Pandora’s Promise dénonce les contradictions des écologistes. Selon les antinucléaires, le nombre de morts suite à Tchernobyl serait ainsi d’un million.

Quand on leur présente le chiffre de 4000 auquel arrive l’ONU, ils crient à la conspiration. Les mêmes accordent pourtant une foi de charbonnier à l’organisation quand elle conclut au changement climatique.

Le film n’évite pas cependant quelques incohérences. Ce plaidoyer pour le nucléaire français, qui a rendu l’Hexagone deux fois moins émetteur de CO2 que l’Allemagne revenue récemment au charbon, oublie que la France a fait le choix de cette technologie à eau pressurisée fortement productrice de déchets.

Reste que les Helvètes seront confrontés à la question du choix entre gaz (importé ou de schiste) ou revirement sur la question de la sortie du nucléaire plus vite qu’ils ne le pensent. Ils devraient voir ce film pour se forger leur opinion.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."