Bilan

Ces banquiers qui nous font rire

Pièces de théâtre, sketchs, fictions: les banquiers suisses sont devenus une source d’inspiration pour les scénaristes et comédiens de la région. Décryptage.
  • Matthias Leonhard et Derek Robin interprètent «Les banquiers». Et racontent leur spectacle en vidéo sur bilan.ch.

    Crédits: Philippe Houdebert
  • L’humoriste Laurent Nicolet aime se moquer «des absurdités du système bancaire».

    Crédits: Di Matteo
  • Lionel Rudaz, alias Charles-Edouard, explique l’économie pour les nuls sur «TTC».

    Crédits: Von Siebenthal

Mort du secret bancaire, poursuites américaines, échange automatique d’informations, taux plancher, affaire Cahuzac ou encore liste Falciani... Les thèmes sensibles autour du secteur bancaire sont pléthores depuis la crise de 2008. De quoi inspirer les scénaristes et les comédiens pour cette nouvelle rentrée théâtrale. 

Ainsi, du 8 au 24 octobre, le two-men-show Les banquiers sera joué à la Comédie de la Gare à Genève. Associés à la plume de Nicolas Haut, les deux anciens banquiers Matthias Leonhard et Derek Robin illustrent avec humour et sans complaisance le monde de la finance et ses dérives. «Il ne s’agit pas de régler des comptes, mais plutôt de proposer notre vision de ce secteur d’activité qui se trouve depuis plusieurs années au centre de nombreuses polémiques», souligne l’un des deux acteurs.

Ainsi, avec la transparence qui devient un standard en Suisse, on peut désormais rire des banquiers et, surtout, avec eux, sans tabou. «Les banquiers sont assez friands de cet humour-là», confirme Laurent Nicolet. L’humoriste genevois, qui fait partie de la nouvelle équipe de la Revue, est régulièrement sollicité par les établissements bancaires pour animer les soirées du personnel ou même celles avec leurs clients: «Depuis la crise de 2008, le monde bancaire inspire les comédiens. Nous proposons donc d’en rigoler dans le cadre de soirées privées», explique celui qui a également commencé à rédiger un scénario pour un film sur les banquiers, aujourd’hui en attente.

Par ailleurs, il a écrit plusieurs sketchs sur le secteur bancaire pour l’émission satirique La soupe sur la RTS et pour son one-man-show coaCH. «L’idée n’a jamais été de casser du banquier mais plutôt de se moquer du système bancaire et de ses absurdités», rajoute Laurent Nicolet.

L’humoriste genevois n’est pas le seul à animer les soirées privées des établissements bancaires. Le metteur en scène Pierre Naftule écrit régulièrement des scénarios pour différents comédiens, présentés par la suite dans les banques. Ainsi, Le client patient, un sketch d’une quinzaine de minutes joué par trois acteurs en alternance – Laurent Deshusses, Jean-Luc Borgeat, Pierre-André Sand – a déjà été produit au sein de quelques instituts financiers, dont la Banque Gonet. Mais également au salon Invest l’an dernier, un événement dédié aux gérants de patrimoine. Cette année, c’est l’acteur et chroniqueur satirique de l’émission de Thierry Ardisson, le Franco-Suisse Gaspard Proust, qui est l’invité de ce forum de la finance helvétique. 

Selon Nicholas Hochstadter, initiateur du projet Le client patient, les banquiers savent rigoler d’eux-mêmes. «Notre objectif avec ce sketch était d’évoquer aux banquiers par l’humour le bénéfice de la transparence par la comparaison, un sujet encore délicat», indique le fondateur du site gratuit de comparaison de portefeuilles performance-corner.ch.

«Les vertus pédagogiques de l’humour et en particulier de l’autodérision sont sans égales pour faire passer un message», confirme Pascal Pupet en charge des RH et de la communication à la Banque Gonet. Le client patient sera par ailleurs prochainement joué dans un nouvel établissement bancaire. Et puis, pour continuer à rire, Nicholas Hochstadter
est sur le point de lancer, en collaboration avec la société Ramon + Pedro à Lausanne, une vidéo grand public sur le thème de la banque au ton forcément décalé.

«Les langues se délient quand il s’agit de fiction»

Lionel Rudaz, alias Charles-Edouard, est l’un des tout premiers comédiens romands à s’être glissés dans la peau d’un banquier pour expliquer l’économie aux téléspectateurs peu avertis. Après avoir collaboré avec Laurent Nicolet pour plusieurs émissions de la RTS, Lionel Rudaz est contacté en 2007 par Patrick Fischer qui lui propose une chronique didactique et rigolote afin d’expliquer l’économie aux «nuls» dans l’émission TTC.

Les caractéristiques de la chronique de deux minutes, validée par des experts, est d’être pertinente, drôle et sérieuse à la fois. D’ailleurs, le succès du personnage de Charles Edouard a entraîné la création d’un one-man-show joué en janvier 2014 au Petit-Casino de Genève puis diffusé sur la RTS le 19 septembre dernier.

La RTS apprécie particulièrement les sujets sur la finance. Elle vient d’acheter les droits de diffusion d’une série de 8 épisodes produite par la société genevoise Point Prod. La série, mêlant saga familiale et thriller bancaire, sera diffusée en prime time dès le printemps 2017.

«Nous cherchions des sujets ancrés en Suisse mais à portée internationale, indique Jean-Marc Fröhle, responsable du département fiction chez Point Prod. Dès lors, la série qui ne veut pas être à charge contre le secteur bancaire, abordera des thèmes tels que les liens et conflits familiaux, les mœurs dans les banques ou encore les rapports entre les clients et leur banquier.» 

«L’avantage, c’est que les langues se délient lorsqu’il s’agit d’une fiction», indique le producteur qui a consulté plusieurs banquiers pour être au plus proche de la réalité dans l’écriture du scénario. L’intérêt d’une fiction étant les personnages, la coproduction (dont l’objectif est la Suisse, la Belgique et la France) est à la recherche de têtes d’affiche pour ses personnages principaux. «Je m’voyais déjà», chantait Aznavour!

Chantal Mathez

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