Bilan

Ces avocats dans les coulisses du pouvoir

Juristes, ils sont présents dans les commissions d’experts, font du lobbying ou agissent dans les sphères discrètes de l’économie.
  • Philippe Kenel Crédits: Prêtre/Strates, Bally/Keystone, Parel
  • Rolf Watter Crédits: Prêtre/Strates, Bally/Keystone, Parel
  • Xavier Oberson Crédits: Prêtre/Strates, Bally/Keystone, Parel

Les informations divulguées par Offshore Leaks mettent à mal la réputation des avocats, soupçonnés depuis en tant que corporation de monter d’opaques montages financiers afin de cacher des fonds au fisc. Parallèlement à ce côté obscur, ils n’en exercent pas moins un rôle important dans les coulisses du pouvoir. Plusieurs avocats jouent un rôle-clé dans de nombreuses décisions comme Xavier Oberson et Philippe Kenel ou Rolf Watter outre-Sarine.

Si côté lémanique, les avocats se profilent sur la question de la fiscalité et du secret bancaire, leurs homologues zurichois sont tournés vers les grandes entreprises. Rien de surprenant à cela. En effet, la moitié des forfaits fiscaux est allouée dans la petite Romandie, alors que les trois quarts des sociétés du SMI (l’indice des valeurs vedettes de la Bourse suisse) sont concentrés entre Bâle, Saint-Gall et Berne. 

Professeur à l’Université de Genève et associé de l’étude éponyme fondée par son père, Xavier Oberson (51  ans) est l’un des experts en droit fiscal les plus écoutés du pays. Depuis une dizaine d’années, la Confédération fait régulièrement appel à ses connaissances lorsqu’elle doit légiférer. Avec l’abandon du secret bancaire vis-à-vis des autorités fiscales étrangères décidé en mars 2009, Xavier Oberson est devenu incontournable. Cette année-là, il participe aux réflexions sur la place financière et assiste les diplomates helvétiques qui négocient à Washington la révision de la convention de double imposition qui lie la Suisse et les Etats-Unis.

L’an dernier, le Genevois a livré un avant-projet de loi à la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Ses services planchaient sur les infractions fiscales qui doivent être considérées comme un crime préalable au blanchiment d’argent. «Mon objectif est de proposer des solutions adéquates pour défendre une place financière soumise à de fortes pressions, explique Xavier Oberson. C’est un défi passionnant, surtout dans la phase d’un avant-projet de loi où il est possible de lancer de nouvelles idées.»

Partenaire du cabinet Python & Peter fondé à Genève en 1981, Philippe Kenel (52  ans) fait, quant à lui, dans le lobbyisme, tant à Bruxelles qu’à Berne. Son créneau: la défense des intérêts de ses clients fortunés. Philippe Kenel participe activement à l’installation de résidents au bénéfice d’un forfait fiscal. Or les citoyens devront se prononcer sur deux initiatives qui exigent sa suppression, l’une sur le plan fédéral et l’autre sur le plan cantonal à Genève.

Président de la Chambre de commerce Suisse-Belgique, l’avocat cherche à faire passer des messages auprès des diplomates helvétiques. Au Palais fédéral, Philippe Kenel peut compter sur des parlementaires. Il essaie aussi de convaincre ceux qui ne partagent pas ses vues. «Mon approche est différente de celle de Xavier Oberson. Mais nos objectifs sont identiques. Il s’agit de défendre la Suisse, explique Philippe Kenel. Je préfère la voie du lobbyisme pour agir parce qu’il me permet de m’exprimer librement en toutes circonstances. Ce qui ne serait pas le cas si j’étais actif au sein de commissions fédérales d’experts.»

Les empereurs secrets zurichois

A Zurich, les locaux de grandes études comme Homburger ou Lenz & Staehelin, employant jusqu’à 120 collaborateurs, sont encore plus cossus que ceux des banques. «Les avocats sont les empereurs secrets de l’économie zurichoise. Voyez les conseils d’administration auxquels appartiennent les plus fameux d’entre eux», commente Lukas Hässig, auteur du blog Inside Paradeplatz.

Désigné «avocat le plus puissant de l’année» par le magazine Bilanz depuis 2009, Rolf Watter (55  ans) incarne cette concentration du pouvoir. Partenaire chez Bär & Karrer, il préside PostFinance depuis le début de cette année. Egalement président du fabricant d’implants dentaires Nobel Biocare, il siège aux conseils du groupe Zurich (assurances) et de Faber-Castell (produits d’écriture). Le Zurichois appartient encore à différentes instances internes de la bourse SIX Swiss Exchange et enseigne le droit à l’Université de Zurich.

A son palmarès professionnel: les dossiers des fusions Ciba-Sandoz (Novartis) et UBS-SBS, la création de Syngenta et Lonza, l’acquisition d’Alcon par Novartis et la vente de Swiss à Lufthansa. De quoi se constituer un enviable carnet d’adresses. Mais l’intéressé nie cependant avoir quelque autorité dans les coulisses: «Je ne mets que rarement des gens en contact les uns avec les autres. Mon apport, c’est de faciliter les transactions du point de vue juridique.»

L’influence des avocats se mesure plus facilement dans la sphère politique que dans l’économie, où règne le secret des affaires. Selon Xavier Oberson, «le rôle que peut jouer un juriste est plus important dans un avant-projet de loi aux contours très techniques que par exemple dans la politique fiscale. Pour cette dernière, les propositions avancées font ensuite l’objet de modifications importantes, souvent liées à des considérations idéologiques.»

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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