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Ces stations suisses qui ont choisi l’été

Tout au long de l'été, Bilan explore les tendances du tourisme: sciences, musique, pèlerinages, architecture, oenologie, agritourisme, vélo,... Des focus à retrouver deux fois par semaine sur notre site web.

Confrontées à un enneigement capricieux et au déclin du ski, certaines stations se réorientent avec succès vers le tourisme estival. Trottinettes tout terrain, moutainboard, expériences gastronomiques au sommet, elles rivalisent d’inventivité pour faire vivre la montagne durant la belle saison.

Le Moléson consacre 70% de son budget marketing annuel aux beaux jours.

Crédits: Fribourg Region Tourisme

L’été peut-t-il sauver les stations suisses, victimes de l’érosion de la fréquentation des skieurs? L’analyse proposée par la faîtière Remontées mécaniques suisses laisse entrevoir une ouverture en ce sens. Alors que les produits de transports ont connu un affaissement de 20% entre l’hiver 2008 et l’hiver 2018 dans le pays, ils ont connu une hausse de près de 120% sur la même période durant les mois chauds.

Si en valeur absolue, Bruno Galliker du département communication de Remontées mécaniques suisses relève que «la tendance observée sur l’été ne suffit pas pour le moment à compenser la baisse en hiver», le tourisme estival, encore largement marginal il y quelques années, compte aujourd’hui pour près de 28% du chiffre des remontées en Suisse. Certaines stations tessinoises comme Monte Tamaro ont même fermé l’accès hivernal au domaine pour cibler en priorité une clientèle de randonneurs. «Le Tessin est historiquement plus orienté vers l’été, rappelle Bruno Galliker. Ce modèle passait encore pour farfelu il y a 15 ans, mais aujourd’hui la plupart des stations le regardent de près.»

De nouvelles activités trouvent leur public

La Robella. (Jura 3 Lacs)
La Robella. (Jura 3 Lacs)

En Suisse romande, certaines stations de moyenne montagnes comme La Robella dans le Jura neuchâtelois ont été pionnières en la matière. Culminant à 1450 mètres, La Robella a souffert plus tôt que d’autres de difficultés d’enneigement et fait le choix de mettre l’accent sur les activités estivales. Lancée il y a 13 ans, la luge d’été sur rail attire chaque année entre 70 000 et 75 000 personnes. En plus de la classique randonnée pédestre, le télésiège ouvre sur différentes activités, avec en particulier de la trottinette tous terrains sur plusieurs niveaux de difficulté. Une piste de descente de VTT est également à disposition. Sur réservation, une route goudronnée offre aux plus téméraires la possibilité de s’essayer au mountainboard, cette robuste planche à roulettes destinée à dévaler les montagnes.

Avec 21'000 transports enregistrés le dernier été contre 11'000 en hiver, Vincent Bouquet, chef d’exploitation du télésiège Buttes-La Robella, estime le choix gagnant et relève une stratégie plus rentable : «L’hiver les frais sont plus importants. Il y a la préparation des pistes, du personnel supplémentaire pour la sécurité, et deux téléskis de plus sont en fonction. La location de matériel nous rapporte directement l’été, en hiver, c’est un magasin privé qui se charge de la location.» En termes de marketing, La Robella s’est associée à plusieurs stations du Val-de-Travers pour cibler un public plus large : «On vend la région. Alors qu’en hiver la clientèle est essentiellement locale, on touche en été des Suisses allemands, le nord vaudois, et même jusqu’à Lausanne.»

«Chaque week end un événement»

Anzère mise sur le tourisme estival. (OT Anzère)
Anzère mise sur le tourisme estival. (OT Anzère)

Au-delà de la rentabilisation des installations de remontées, l’enjeu de la réorientation vers le tourisme estival est de faire tourner l’hôtellerie locale. Selon l’Office fédéral de la statistique, le nombre de nuitées d’été dans le pays a augmenté de 5,9% en 2017 et 3,1% en 2018. Certaines stations ont même largement surperformé la moyenne du secteur grâce à des stratégies marketing innovantes, à l’image d’Anzère en Valais. Spot couru pour la randonnée de haute montagne et les bisses, la station a ajouté à son spa une large palette d’activités, incluant Paddle, tir à l’arc ou encore mountainboard. En 2016, la station a lancé la carte «Anzère liberté» avec pour but avoué d’inviter le touriste à dormir sur place, ce que détaille Valentine Gaillet, chef de projet marketing pour Anzère tourisme : «Avec le programme Anzère liberté, une nuit sur la station donne accès aux remontées, spa wellness, mais également aux cars postaux et navettes en ce qui concerne le transport.

De 2016 à 2018, nous avons enregistré une hausse de 44% du nombre de nuitées sur la station.» Afin de maintenir une attractivité constante sur la saison d’été, une série d’évènements sont organisés, dont la randonnée gastronomique «le goût des alpages», «la Vinifête» mettant à l’honneur les vignobles d’Ayens, ou encore la brisolée sur le barrage de Tseuzier à 1700 mètres d’altitude. «On s’appuie également sur des évènements phares comme le trail alpin «Le tour des alpages» ou la course de vélo des stations, qui passe par Anzère. De juin à novembre, il y a chaque week end un événement.»

Faire vivre la montagne

Anzère n’est pas seule à axer sa communication sur l’été. C’est également le cas du Moléson, qui consacre 70% du budget marketing annuel aux beaux jours. Un choix historique qui fait de la station fribourgeoise un des pionniers de la stratégie, rappelle Antoine Micheloud, directeur opérationnel des activités touristiques de Moléson-sur-Gruyère : «Nous avons dû revoir le modèle il y a une vingtaine d’années parce que l’hiver ne marchait plus. On a la chance d’avoir un panorama exceptionnel depuis le Moléson, qui fait que nous réalisions déjà à l’époque 40% du chiffre l’été. Aujourd’hui, nous sommes montés à 70%.»

Le karting de descente, atout du Moléson en été. (OT Moléson)
Le karting de descente, atout du Moléson en été. (OT Moléson)

Minigolf, kart de descente, via ferrata, ainsi qu’une nouvelle luge d’été remplaçant l’autre vieille de 15 ans, s’ajoutent à la fromagerie d’alpage de démonstration et aux évènements tels que les tapas au sommet. L’objectif étant de fidéliser une clientèle familiale en proposant une variété d’activités ou chaque tranche d’âge puisse trouver son compte.

Pour autant, Antoine Micheloud reconnaît ne pas faire mieux que «couvrir les frais.» Il reconnaît l’indispensable engagement des collectivités publiques face à la hausse des coûts générés par les installations: «75% du coût des nouvelles installations a été financé par les collectivités, nous le reconnaissons bien volontiers. Notre téléphérique de 1964 avait coûté 700 000 francs, celui de 2012, 18 millions. 25 fois le prix, quand le billet n’a lui été multiplié que par 3,5. Dans ces conditions, nous ne sommes pas en mesure d’assurer par nous même le renouvellement.» Pour Antoine Micheloud toutefois, le jeu en vaut la chandelle pour continuer à faire vivre la montagne : «Au Moléson, l’activité touristique occupe 60 équivalents plein temps, ce qui est intéressant pour une station de taille modeste. Il faut garder en tête qu’un franc investi dans les remontées, ce sont 10 francs générés dans l’économie.»

Joan Plancade
Joan Plancade

JOURNALISTE

Lui écrire

Diplômé du master en management de l’Ecole supérieure de Commerce de Nantes, Joan a exercé pendant sept ans dans le domaine du recrutement, auprès de plusieurs agences de placement en France et en Suisse romande. Collaborateur externe pour Bilan, Il travaille en particulier sur des sujets liés à l’entreprise, l’innovation et l’actualité économique.

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