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Ce que Trump reproche à Erdogan

Alors que la Turquie traverse une grave crise monétaire, qui s’est traduite par la chute record de sa monnaie, ses relations avec Washington sont très tendues. Voici les raisons de sa brouille.

Les prix à la consommation en Turquie ont augmenté de 16%.

Crédits: Yasin Akgul/AFP

Une livre turque qui perd 70% de sa valeur en deux ans, une inflation de 16%, un déficit chronique de la balance commerciale courante, une dette extérieure de 467 milliards de dollars, une bulle immobilière qui se traduit déjà par une augmentation de 37% des faillites dans ce secteur en 2017, et de 120% dans celui des travaux publics, outre la hausse des taxes à l’importation sur l’acier et l’aluminium turcs décrétée par Donald Trump au motif que la Turquie refuse de libérer Andrew Brunson, un pasteur américain maintenu en résidence surveillée depuis dix-huit mois en Turquie: voilà de quoi saper la confiance de plus d’un investisseur.

Mis à part le gage donné à son électorat de la droite chrétienne au sujet du pasteur, les réels reproches de Trump envers Erdogan sont plus à rechercher du côté géopolitique.

A Washington, on n’apprécie guère les relations privilégiées d’Ankara avec Pékin, qui va profiter de la crise actuelle pour s’approprier davantage d’infrastructures (ports, rails) et de parts de marché turcs, notamment dans l’électronique (Huawei), alors qu’Erdogan a déjà renoncé à soutenir les Ouïgours, ses frères turcophones de la province chinoise du Xinjiang. 

Les Etats-Unis n’apprécient pas davantage sa commande de batteries de missiles russes S400 dernier cri, ouvrant une sérieuse brèche au sein de la 2e armée de l’OTAN. Une transgression qui a contraint Washington à geler sa coopération de montage des F35 furtifs en Turquie et qui va coûter une fortune au Pentagone du fait de la rupture logistique qu’elle entraîne, sans parler du manque à gagner sur la commande turque des 100 F35  à 100 millions de dollars pièce qui faisaient partie du deal.  

Si on y ajoute la guerre sans merci d’Ankara contre les Kurdes, alliés nécessaires de Washington, on mesure la crise de confiance qui s’est installée, jusqu’à faire dire à d’anciens généraux américains que le maintien de la Turquie au sein de l’OTAN n’était plus garanti.  

Double jeu

Mais une sortie de l’OTAN serait ruineuse pour la Turquie et la couperait trop de l’Europe, son premier marché. Le président turc a d’ailleurs joué les bons élèves lors du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles, au point que la prise de commandement, par la Turquie, de la «Force fer de lance» de l’OTAN, prévue pour 2021, demeure à l’ordre du jour.

Alors pourquoi ce double jeu d’Erdogan? L’anticipation d’un conflit armé entre Washington et Téhéran pourrait expliquer le bras de fer actuel et l’acquisition des S400. Sinon, la Turquie devra très vite rentrer dans le rang. L’augmentation des taux d’intérêt et la libération du pasteur Brunson seraient alors incontournables.  

Arnaud Dotézac

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