Bilan

Carbone: la Suisse, un élève modèle

Une publication de l’OCDE montre que les prix du carbone sont encore trop bas dans beaucoup de pays pour avoir un impact notable dans la lutte contre le changement climatique.

L'OCDE demande que les Etats augmentent le prix du carbone pour lutter contre les changements climatiques.

Crédits: AFP

Les prix du carbone sont encore trop bas pour avoir un impact notable dans la lutte contre le changement climatique! Le constat de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est alarmant. «Le gouffre qui sépare aujourd’hui le prix du carbone et le coût réel des émissions pour notre planète est inacceptable», affirme Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, dans un rapport publié cette semaine.

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«Donner un prix correct au carbone est une manière concrète et efficace, par rapport à son coût, de ralentir le changement climatique. Nous laissons échapper une occasion de mettre les économies sur la voie d’une croissance bas carbone et nous perdons un temps précieux chaque jour qui passe», insiste-t-il.

Les Etats doivent rapidement augmenter les prix du carbone

Selon cette étude, le déficit de tarification du carbone s’élève à 76,5% en 2018. Il atteint seulement 21% dans le transport routier, mais 91% dans l’industrie. Ces résultats découlent de la différence entre le prix réel du carbone dans les 42 membres de l’OCDE et du G20 et les coûts réels du changement climatique qui sont estimés à 30 euros par tonne de CO2. 

«Au rythme actuel de diminution du déficit, le prix du carbone ne compensera les coûts réels qu’en 2095. Une action beaucoup plus énergique est nécessaire pour inciter les entreprises à innover et à rivaliser en vue de décarboner l’économie, et pour encourager les ménages à adopter un mode de vie bas carbone», insiste l’OCDE. Pour respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris pour réduire les émissions, les Etats doivent rapidement augmenter les prix du carbone.

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Selon les données publiées par pays pour l’année 2015, le déficit de tarification du carbone varie entre 27 % et 100 %: par exemple 52,5% en Allemagne, 75% aux Etats-Unis ou 100% en Russie. Il atteint 50% ou moins dans douze pays: par exemple 41% en France ou 34% en Norvège. Avec 27%, la Suisse est l’élève modèle. Les pays à faible déficit sont aussi ceux dont le produit intérieur brut (PIB) est moins intensif en carbone. La Suisse est dans ce cas. 

Dans son examen environnemental de la Suisse publié l’an dernier, l’OCDE indiquait qu’elle affichait l’intensité carbone la plus faible de ses membres grâce au rôle important joué par les énergies renouvelables, le nucléaire et à son économie tournée vers les services: «Les énergies fossiles y représentent moins de la moitié des approvisionnements en énergie primaire, ce qui est très inférieur à la moyenne (84%), et le charbon, dont la part n’atteint pas 1%, compte moins que dans  tous les autres pays.»

La Suisse pourrait étendre ses taxes liées à l'environnement

La Suisse pourrait néanmoins étendre ses taxes liées à l’environnement qui sont parmi les plus faibles de l’OCDE (en pourcentage du pib). Si la taxe sur le carbone est élevée (77 euros par tonne), elle ne touche toutefois ni les carburants ni les entreprises qui s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.   

L’OCDE estime que «le déficit de tarification du carbone peut être considéré (à l’échelle nationale) comme un indicateur de compétitivité à long terme. Un déficit nul ou très faible indique aux investisseurs que le pays est sur la voie de la décarbonation et que ses entreprises sont incitées à rivaliser et à prospérer dans une économie bas carbone.»

 

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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