Bilan

Cachemire et Ladakh: un pied de nez à la Chine

En reprenant le contrôle politique et économique direct de la région, New Delhi tente aussi d’enrayer les opérations d’influence de Pekin.

Narendra Modi a rallumé le feu qui couvait au Cachemire.

Crédits: AFP

Le premier ministre indien Narendra Modi aura donc réussi à faire révoquer, par une très large majorité parlementaire, le statut d’autonomie quasi complète dont bénéficiait l’Etat du Jammu-et-Cachemire depuis 1953. Après trois guerres avec le Pakistan et une insurrection djihadiste sanglante et ininterrompue depuis fin 1989, New Delhi a donc décidé de reprendre le contrôle politique et économique direct de la région. Dès le 31 octobre prochain, le Jammu-et-Cachemire deviendra un district fédéral, amputé du Ladakh bouddhiste, passant aussi au statut de district fédéral et s’émancipant du même coup de septante ans de tutelle islamique locale. 

Si les observateurs s’alarment d’un énième embrasement régional, ils se soucient généralement moins du sort des hindous majoritaires au Jammu, et moins encore de celui des Ladakhis, d’ethnie tibétaine, qui eux jubilent depuis l’annonce de leur nouveau statut. En se figeant sur un conflit exclusivement indo-pakistanais sur fond d’antagonisme religieux islamo-hindou, ils omettent en outre le rôle majeur du troisième protagoniste impliqué qu’est la Chine.

Rappelons que dans le prolongement de sa prise de contrôle militaire du Tibet, Pékin s’est également emparé, dès 1959, d’une partie importante de l’ancien Etat princier du Cachemire, dévolu à l’Inde en 1947, à savoir l’Aksai Chin. C’est en effet par cette région (de la taille de la Suisse) que passe le seul accès routier possible entre le Xinjiang (devenu chinois en 1881) et le Tibet, aux confins de l’Himalaya et du Karakoram. Pékin conforta ensuite sa prise de possession grâce à sa guerre éclair victorieuse de 1962, puis par l’acquisition de la vallée cachemirienne de Shaksgam (également dévolue à l’Inde) que le Pakistan lui attribua en 1963.

C’est donc un face-à-face direct avec la Chine que Narendra Modi organise, assorti d’un désenclavement rapide du Ladakh et d’un coup d’arrêt aux opérations d’influence et de grignotage territorial que Pékin y déploie. Si on y ajoute le grand départ de troupes américaines qui se prépare en Afghanistan et les fausses promesses de Donald Trump à Islamabad, le moment choisi par le premier ministre indien peut également se comprendre comme la nécessité d’une sécurisation urgente, à la veille de l’ouverture d’un nouveau front de pression locale de Washington sur Pékin. 

Arnaud Dotézac

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