Bilan

Brexit : des opportunités en or pour la Suisse

Le secteur financier pourrait bénéficier des incertitudes qui planent sur la City après la rupture avec l’UE. Des sièges de compagnies risquent aussi de migrer de Londres vers la Suisse.

Brexit: la Suisse a de nombreuses cartes à jouer dans la finance et l'accueil de sièges de groupes internationaux.

L’Union européenne a reçu une véritable gifle lorsque les citoyens britanniques se sont prononcés pour une sortie du Royaume-Uni à 52%, vendredi matin. Les milieux économiques helvétiques redoutent une détérioration de la conjoncture en raison du renforcement du franc, plus que jamais valeur refuge. Néanmoins, certains analystes et observateurs voient se dessiner des opportunités pour la Suisse. 

Des activités bancaires rapatriées de la City

Laurent Bakhtiari, analyste chez IG Bank, décrypte : « Londres était considéré comme le centre névralgique financier, parce que c’était le point d’accès pour l’Union européenne. Cette position va voler en éclat. Les acteurs financiers vont rechercher un autre hub. Quel site va s'imposer ? C’est trop tôt pour le dire. HSBC et Deutsche Bank envisagent déjà de quitter Londres et la Suisse a de nombreux atouts à faire valoir. »

L’analyste poursuit: « Un Brexit prive la City de son rôle de hub. Les banques devront procéder à des ajustements. » Des établissements comme UBS, Credit Suisse et Julius Baer pourraient alors rapatrier leurs activités londoniennes en Suisse, ce qui va doper les activités domestiques.

Des atouts dans le Forex et les hedge funds

La Suisse pourrait aussi profiter d’un affaiblissement de Londres au niveau du marché des changes et des hedge funds. Laurent Bakhtiari reprend : « Il pourrait y avoir un mouvement vers la Suisse, comme lorsque le gouvernement britannique a annoncé en 2009 une imposition de 50% sur les bonus des banquiers. La Suisse a signé de nombreux accords avec l’Union européenne, en matière de capitaux et de circulation de personnes. Des aménagements qui lui permettent de soutenir la comparaison avec  la place financière de Francfort. En outre, le Brexit pourrait entraîner d’autres sorties de l’Union européenne. Cette période d’incertitudes joue en faveur de la Suisse en raison de son environnement politique stable. »

Relocalisation dans la gestion de fortune 

« En matière de gestion de fortune, la Suisse a des cartes à jouer. A l’approche du referendum, il a déjà eu des mouvements de fonds de la City vers Genève. Le client private banking déteste l’incertitude et la Suisse en profite chaque fois qu’il y a une crise chez ses voisins », souligne Oscar Bartolomei, directeur d’un family office. La fin du secret bancaire et l’arsenal législatif en vigueur présentent un aspect positif. Avec l’échange automatique d’informations et la transparence sur les comptes, un client de la City peut déplacer son compte en 48 heures. Car si un compte est déclaré à Londres, il le sera à Genève. »

Oscar Bartolomei met toutefois un bémol : « Je vous rappelle que la Suisse n’a pas d’accès au marché européen, ce qui va décourager les gestionnaires de fonds de s’installer ici. » L’occasion pour la Suisse d’aller négocier avec l’Union sur ce point, selon le financier : « Il faudrait un coup de pouce du gouvernement avec l’objectif de vendre la place financière suisse comme le font les autorités du Luxembourg et de Monaco. La Suisse se montre bon élève au niveau OCDE et présente une situation bancaire assainie. Autant de bons arguments. »

Des sièges de multinationales à la recherche de stabilité

On peut aussi s’attendre à un afflux de groupe internationaux quittant la Grande-Bretagne. « De nombreuses compagnies pourraient déménager leur siège afin d’avoir accès au marché européen. Genève et Zurich seront bien sûr en concurrence avec Paris, Francfort ou Amsterdam. Mais la Suisse a de nombreux atouts reconnus dans son jeu, comme la qualité de vie, la position géographique et la sécurité. Sans oublier les avantages fiscaux », commente Cenni Najy, chercheur au Foraus (Forum suisse de politique étrangère).

L’arc lémanique héberge déjà de nombreuses sociétés britanniques ainsi que des sièges européens de multinationales qui l’ont préféré à Londres. Le label américain Ralph Lauren est ainsi installé à Genève. Il y a aussi l’américaine Shire à Eysins (biopharma), le siège européen de McDonald’s à Genève, l’anglaise Ineos à Rolle (pétrochimie), ou encore à Genève les hedge funds BlueCrest (Etats-Unis) et Brevan Howard (domicilié dans l’Ile de Jersey).

Lire aussi: Genève séduit à nouveau les entreprises

« Genève se profile déjà comme un pôle de compétence dans le négoce des matières premières ainsi que dans la finance. Elle présente un profil idéal pour accueillir des sociétés basées de la City londoniennes qui cherchent à se délocaliser », analyse le chercheur. L’exode qui s’annonce touche encore d’autres domaines. « Il est fort possible qu’une société comme EasyJet, pour qui l’accès au ciel européen est crucial, déplace son siège afin de conserver cet avantage. Car sans cela, elle ne pourra pas maintenir des prix low-cost. »

Pierre Jéronimo, CEO de Geneva Relocation renchérit: « Le Brexit va clairement renforcer l'attractivité de la Suisse. Certains groupes américains qui ont installé leur siège européen en Angleterre pourraient être tentés de les relocaliser en Suisse."

Afflux de résidents britanniques

Des résidents britanniques pourraient aussi affluer en Suisse. Guillaume Bédat, responsable du développement chez la société de relocalisation Welcome Service à Genève relate : « Le jour même du Brexit, un client britannique a appelé pour nous dire que la votation le confortait dans son choix de s'installer en Suisse. Il invoquait des raisons financière et aussi le fait qu’il ne se reconnait plus dans les choix de ses compatriotes. Nous sommes persuadés que la Suisse va vivre une arrivée importante de capitaux, d’entreprises et de particuliers. » 

 

Dino Auciello

ANCIEN RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Lui écrire

Dino Auciello a été rédacteur en chef adjoint à Bilan, responsable de bilan.ch, de novembre 2014 à juillet 2017. Il a rejoint Bilan en 2010, après avoir terminé ses études à l’Académie du Journalisme et des Médias de Neuchâtel.

Du même auteur:

Une PME en héritage: les clés d’une relève familiale réussie
Comment Cenovis s’attaque au marché alémanique

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."