Bilan

Le dilemme des Européens face à un long report

Le président du Conseil européen Donald Tusk lance une nouvelle « idée » pour laisser du temps à Londres: la possibilité d'un long report - jusqu'à un an - qui pourrait être raccourci à tout moment en cas de feu vert des députés britanniques au traité de retrait.

Londres ne demande officiellement qu'un report au 30 juin de la date fatidique, fixée désormais au 12 avril.

Crédits: AFP

Les pays européens s'inquiètent des dommages collatéraux pour l'UE du scénario d'un long report du Brexit. Mais malgré les réticences de Paris, la plupart semblent prêts à l'accepter pour éviter la casse d'un divorce brutal.

Londres ne demande officiellement qu'un report au 30 juin de la date fatidique, fixée désormais au 12 avril. Mais l'UE a déjà rejeté cette option lors d'un sommet en mars et les 27 semblent avoir perdu espoir dans une issue rapide à la crise politique britannique.

D'où la nouvelle "idée" mise sur la table par le président du Conseil européen Donald Tusk pour laisser du temps à Londres: la possibilité d'un long report - jusqu'à un an - qui pourrait être raccourci à tout moment en cas de feu vert des députés britanniques au traité de retrait.

"C'est une position de M. Tusk, pas une position du Conseil européen", l'instance réunissant les dirigeants des 27, a commenté un diplomate européen à propos de l'initiative du Polonais, qui a semblé prendre de court les capitales européennes.

A quelques jours d'un sommet extraordinaire prévu le 10 avril à Bruxelles, l'accueil à Paris a même été cinglant. C'est un "ballon d'essai maladroit", a commenté une source diplomatique, rappelant qu'avant de parler de tout report, il revenait à Londres de présenter un "plan crédible" d'ici mercredi.

De fait, la "flextension" de M. Tusk n'a pas été assortie de conditions à ce stade, alors que les dirigeants européens avaient plusieurs fois affirmé qu'ils demanderaient des engagements fermes à la Première ministre britannique Theresa May pour accepter un long report.

Décision lourde

"Il faudrait une justification politique forte, comme de nouvelles élections au Royaume-Uni ou un nouveau référendum" et il faut que "Londres la demande", insiste une source diplomatique. "Sinon, pourquoi l'UE prendrait d'elle-même une décision aussi lourde", avec le risque de voir le Royaume-Uni perturber son fonctionnement s'il gardait un pied dedans et l'autre dehors pendant une période indéterminée?

Ces craintes sont largement partagées, mais pour autant "personne ne s'oppose vraiment à la +flextension+ de M. Tusk", assure un autre diplomate qui a assisté à une réunion entre représentants des 27 vendredi à Bruxelles.

"Cette option pourrait être un argument convaincant au Royaume-Uni et pourrait être intéressante pour Mme May", poursuit-il. La dirigeante conservatrice pourrait dire aux Brexiters de son camp que la "flextension" permet de sortir à tout moment de l'UE.

Il est "extrêmement improbable qu'un pays oppose son veto" à un report du Brexit, a estimé dimanche le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, jugeant que des pays qui utiliseraient leur veto "ne seraient pas pardonnés", étant données les graves conséquences d'un 'no deal'.

En se disant disposée à organiser les élections européennes au Royaume-Uni, Mme May a donné un signal positif à ceux qui redoutaient que la légalité du futur Parlement européen soit menacée en cas de nouveau report du Brexit au-delà du scrutin prévu du 23 au 26 mai.

Mais il reste des garanties à apporter pour lever les appréhensions de pays comme la France ou les Pays-Bas.

Trois fois par jour

"Il faudrait des garanties juridiquement contraignantes sur la manière dont l'UE fonctionnerait", insiste un diplomate.

Il suggère, en cas de long report, que Londres renonce notamment à participer au vote du prochain budget pluriannuel de l'Union ou au choix du successeur de Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission européenne.

Mais avant d'en arriver à ces scénarios, "nous n'excluons pas de nouveaux développements qui pourraient changer le tableau juste avant le sommet" du 10 avril, insiste un responsable européen.

"Les prochains jours ou les prochaines heures seront cruciaux pour savoir s'il existe enfin un accord qui permettra de résoudre le problème avant que le Parlement européen ne soit constitué" début juillet, a déclaré lundi le chef de la diplomatie espagnole Josep Borrell, en référence aux discussions entre Mme May et l'opposition travailliste.

Si ces tractations permettaient d'obtenir un feu vert du Parlement britannique à l'accord de retrait négocié par Mme May --conclu en novembre mais rejeté déjà trois fois par les députés--, les dirigeants des 27 ont déjà donné leur accord de principe pour un court report du Brexit jusqu'au 22 mai.

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